Analyse

Une affaire de famille : Zeinab Soleimani reprend le flambeau de son père et se rapproche du Hezbollah

Al-Mashareq

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Zeinab Soleimani, la fille de l'ancien commandant de la Force al-Qods Qassem Soleimani, vue ici en novembre. Zeinab est de plus en plus visible sur la scène régionale au lendemain de la mort de son père, début janvier. [Photo via Eqtesad en ligne]

Zeinab Soleimani, la fille de l'ancien commandant de la Force al-Qods Qassem Soleimani, est de plus en plus visible sur la scène régionale au lendemain de la mort de son père, début janvier.

Zeinab avait parfois été vue aux côtés de son père, sans aucun doute la personnalité la plus en vue du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), alors qu'elle l'accompagnait lors de ses nombreux voyages dans le monde arabe, notamment en Irak, au Liban et en Syrie.

Depuis la mort de son père, tué par une frappe américaine sur l'aéroport de Bagdad, elle s'est fait connaître comme étant la voix de son père et parle beaucoup de l'organisation qu'elle dirige : la Fondation pour la préservation et la publication des œuvres de Qassem Soleimani, communément appelée la « Fondation Qassem Soleimani», fondée après sa mort.

Les efforts de Zeinab pour s'imposer et continuer dans la voie tracée par son père sont apparus encore plus manifestes lors de son mariage en juin avec le fils du commandant en second du Hezbollah libanais.

De nombreux observateurs ont interprété cette union comme un mariage de convenance, qui démontre qu'une relation encore plus étroite se forge entre le Hezbollah et l'Iran.

Une fille non traditionnelle

Il est encore difficile de dire si Zeinab Soleimani a une quelconque influence au sein du CGRI, mais elle a clairement fait savoir qu'elle centrera tous ses efforts sur la poursuite « des objectifs et de l'école de pensée » de son père.

Active sur les médias sociaux, Zeinab publie ses posts à la fois en farsi et en arabe. Un examen de son activité sur les réseaux sociaux montre qu'elle a à ce jour essentiellement posté des déclarations qu'elle attribue à son père, ainsi que des slogans anti-américains, qu'elle lui attribue également pour la plupart.

Certains de ses messages sont une défense du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, dont elle affirme qu'il n'est pas présenté de manière appropriée dans les manuels iraniens. Sans surprise, elle adopte une position très clairement radicale en politique.

Mais pour une radicale, et en tant que fille d'une personnalité radicale en apparence traditionnelle, Zeinab a cependant rompu avec la tradition. Des sources proches de la famille Soleimani l'ont décrite comme l'enfant la plus proche de son père.

Bien que l'on ait pu s'attendre, dans le droit fil de la tradition, à ce que les enfants de Soleimani suivent les traces de leur père, sa proximité avec Zeinab, la plus jeune de ses quatre enfants, la destinait de toute évidence à lui succéder.

« Zeinab ressemble à Haj Qasem plus que quiconque dans le monde », a raconté Nasrollah Jahanshahi, un compagnon au sein du CGRI et chauffeur personnel de Soleimani depuis les années 1980, dans un entretien avec Sobh-e Sadegh, une publication du CGRI. « Dans son attitude et son comportement, elle est très semblable à Qassem Soleimani. »

Zeinab a été la principale oratrice lors des funérailles de son père. Elle parle couramment plusieurs dialectes arabes et connaîtrait également l'anglais.

Le 3 décembre, les agences de médias iraniens ont indiqué que l'administration du président Hassan Rouhani avait alloué près de 340 000 dollars à sa fondation sur le budget 1400 (1400 étant la prochaine année iranienne, qui commencera le 21 mars 2021.)

Le 5 décembre, Zeinab a publié un communiqué indiquant qu'elle n'accepterait pas cet argent, qui serait mieux utilisé s'il était consacré à répondre aux besoins de la population. Elle a ajouté que « nous [la Fondation et la famille Soleimani] n'avons jamais sollicité de l'argent auprès du gouvernement ».

Toutefois, une lecture plus poussée a montré que sa fondation avait reçu près de 400 000 dollars de financement du gouvernement pour l'année 1399 (l'année iranienne en cours), et que cet argent avait été alloué à la Fondation Qassem Soleimani au titre de sous-catégorie du budget du CGRI de cette année.

L'Iran est aux prises avec une crise économique très dure, que de nombreux observateurs imputent au pillage de la richesse du peuple iranien à l'étranger pour permettre au CGRI de poursuivre ses ambitions régionales.

Mariage de convenance

Âgée de près de 30 ans, et bien qu'elle ait l'âge d'un mariage traditionnel, Zeinab est restée célibataire jusqu'en juin dernier, lorsqu'elle épousa Reza Safieddine, le fils du cousin de Hassan Nasrallah, Hashem Safieddine.

Hashem, qui dirige le Conseil exécutif du Hezbollah libanais, est considéré comme le numéro 2 au sein de l'organisation. Beaucoup le voient comme le futur successeur de Nasrallah.

Salah Mansour, une source proche d'un déserteur du Hezbollah, a expliqué à Al-Mashareq que l'on dispose de peu d'informations sur Reza Safieddine.

On sait toutefois que cet homme de 36 ans a grandi dans le sud du Liban et a fréquenté des écoles dans le sud du Liban et à Beyrouth. On dit aussi qu'il est proche du fils de Hassan Nasrallah, Jaouad.

Reza serait un membre essentiel du réseau qui gère les activités financières du Hezbollah au Liban, a ajouté Mansour. Il supervise directement les entrepôts de Karout, ainsi que l'association al-Qard al-Hasan, qui prête de l'argent aux membres du Hezbollah et à leurs associés à des taux très bas.

« C'est la principale raison de la popularité de Reza et de son père dans les cercles rapprochés du Hezbollah », a poursuivi Mansour.

Fathi al-Sayed, spécialiste des affaires iraniennes, a expliqué à Al-Mashareq que ce mariage transmet un double message : il est la réaffirmation de la profondeur des relations entre l'Iran et le Hezbollah, et le témoin de l'intention du CGRI de continuer à soutenir le groupe.

Ce message, a-t-il conclu, intervient à un moment où le Hezbollah se retrouve à la fois isolé et sous pression, en particulier du fait que le CGRI n'est plus en mesure de lui apporter le soutien financier adéquat dans le contexte des dures sanctions américaines contre l'Iran.

Waleed Abou al-Khair a contribué à cet article depuis Le Caire.

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