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Politique |

Le « Mouvement de réforme chiite » lutte contre le Hezbollah

Un gros plan montre les mains des chiites libanais qui se rassemblent la veille des rituels de l'Achoura dans le complexe Sayyed al-Shuhadaa, dans une banlieue sud de Beyrouth le 1er octobre 2016. [Anwar Amro/AFP]

Fin juillet, les opposants chiites au Hezbollah ont lancé le « Mouvement de réforme chiite » pour contrer l'hégémonie de la milice sur la communauté chiite du Liban.

Ce mouvement représente les chiites qui estiment que le Hezbollah est devenu un instrument du régime iranien et qui veulent restaurer le statut de la communauté qui a souffert en raison de la politique et des actions du parti.

« La situation déplorable dans laquelle nous sommes plongés nous oblige à ne pas rester les bras croisés alors que le Liban, et en particulier la communauté chiite, s'effondre », a déclaré Cheikh Mohammed al-Hajj al-Ameli, cofondateur du mouvement.

« C'est pour cela que nous avons lancé notre mouvement pour exiger des réformes dans la communauté chiite », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

« Nous cherchons à remplir nos devoirs moraux en rejetant l'état actuel de dégradation », a-t-il déclaré, expliquant que bien que le mouvement ne cherche pas à être un parti politique, il vise à obtenir un large soutien populaire.

« Nous ne voulons pas de polarisation, mais nous aspirons à attirer l'attention sur les problèmes, les préoccupations et les aspirations des gens », a-t-il fait savoir. « Cela renforcera les liens d'interaction et de confiance entre nous, en tant que groupe modeste et naissant. »

Opposition à l'hégémonie du Hezbollah

Hussein Ezzedine, figure de l'opposition chiite, attribue le lancement du mouvement au « mécontentement d'une grande partie des personnalités et des jeunes chiites quant à ce qu'est devenue la communauté chiite du fait de l'hégémonie du Hezbollah ».

Le parti a alimenté les tensions au Liban et dans la région, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, et a entravé les efforts du Liban pour devenir un État démocratique moderne.

« Le mouvement vise à corriger la direction que prennent les institutions chiites, d'autant plus que nous savons très bien que les décisions chiites sont contrôlées par l'Iran et la force des armes du Hezbollah », a-t-il ajouté.

Il cherche également à rassembler les chiites avec un point de vue différent de celui du Hezbollah, a-t-il déclaré, et à montrer au Liban une autre facette de la communauté chiite.

Le lancement du mouvement « est devenu un devoir national et un besoin urgent pour mettre de l'ordre dans les affaires de la communauté, d'autant plus que les chiites qui ne sont pas affiliés au parti sont plus nombreux que ceux qui le sont », a affirmé Ezzedine.

Le succès du mouvement dépend de la quantité de couverture médiatique qu'il reçoit, a-t-il déclaré, ajoutant que cela montrera à la population libanaise que la communauté chiite n'a pas peur d'appeler à la réforme.

Briser la barrière de la peur « est le seul moyen d'inciter les chiites refoulés à abandonner leur peur et à dire 'NON' à voix haute », même si les moyens de subsistance de la plupart d'entre eux dépendent de la tyrannie du Hezbollah.

Bien que le mouvement soit encore limité, « il résiste à un parti qui est [établi] dans le pays depuis 40 ans, et qui fait partie de l'autorité libanaise depuis 15 ans », a-t-il poursuivi.

Agitation au sein de la communauté chiite

« Les pressions exercées par le [Hezbollah] et l'exclusion de personnalités éminentes, instruites et bien informées du processus de prise de décision politique nous ont poussés, en tant que chiites libres, à nous rebeller », a expliqué à Al-Mashareq le politologue Rabih Tlais.

Ce nouveau mouvement est dirigé « contre l'hégémonie du Hezbollah sur les décisions politiques et l'autorité chiite dans son ensemble, parce qu'elle n'a bénéficié qu'au régime iranien », a déclaré Tlais, membre du mouvement.

Le Hezbollah n'a fait « que contribuer à la mort, au manque d'éducation et à la perversion de nos jeunes et à la vaste prolifération des drogues, qui sont entrées dans toutes les maisons », a-t-il déclaré.

« Cette situation préoccupe beaucoup, en particulier dans l'environnement d'incubation du Hezbollah, qu'il est désormais possible de démanteler », a-t-il expliqué.

Avant même le lancement du mouvement, a-t-il fait savoir, les chiites libanais « avaient commencé à se rendre compte que le parti n'est rien d'autre que des gants portés par le régime iranien pour accomplir des actes et des tâches ignobles ».

Cette prise de conscience commence à se répandre, a conclu Tlais.

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