Environnement

Yémen : l'ancienne ville de Shibam menace de s'effondrer

AFP

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Une photo aérienne de la ville de Shibam, dans la province centrale de l'Hadramaout au Yémen, prise le 17 octobre. [AFP]

L'ancienne ville yéménite de Shibam, connue pour ses gratte-ciel vieux de plusieurs centaines d'années, a échappé aux dégâts de la guerre, mais elle risque des effondrements à cause des pluies et des inondations.

Sur fond de falaises, ce site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO est stratégiquement construit sur un éperon rocheux au-dessus du Wadi Hadramaout, dans le centre aride du Yémen.

Certaines des centaines de tours fantastiques en briques de terre séchées s'élèvent sur sept étages, et beaucoup remontent au XVIe siècle, toutes rassemblées à l'étroit dans l'enceinte d'un mur fortifié traditionnel construit pour les protéger.

Les Nations unies décrivent la ville, qui était autrefois un oasis d'étape pour les caravanes de chameaux sur les routes des épices et de l'encens qui traversaient le sud de l'Arabie, comme « l'un des plus anciens et des meilleurs exemples d'urbanisme basé sur le principe de la construction verticale ».

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Une photo aérienne de Shibam prise le 17 octobre. La ville a été globalement épargnée par le conflit direct, mais elle n'a pas échappé aux effets de la guerre. [AFP]

Mais Shibam est en difficulté.

Les constructions en briques de terre ont besoin de réparations constantes, mais l'économie yéménite s'est effondrée lors de la guerre brutale qui fait rage depuis que les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran ont organisé un coup d'État à Sanaa.

Le conflit qui s'en est suivi, entre le gouvernement yéménite et ses alliés et les Houthis, a créé ce que l'ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde.

Victime du conflit

« La ville semble avoir été frappée par une catastrophe sans précédent », a déploré Abdoulwahab Jaber, un responsable local de Shibam.

Jaber a déclaré qu'au moins quatre tours ont été complètement détruites, et quinze autres endommagées lors des récentes inondations qui ont tué des dizaines de personnes dans tout le Yémen.

Les murs de terre cuite s'effritent.

Hassan Aidid, chef de l'Organisation générale pour la préservation des villes historiques au Yémen, a déclaré que les toits et l'extérieur des tours de boue avaient subi le plus de dégâts.

« Les habitants de la ville n'ont pas pu les restaurer à cause de la guerre et de la situation difficile dans laquelle ils vivent », a fait savoir Aidid.

Shibam est contrôlée par le gouvernement yéménite reconnu internationalement, mais si elle a été largement épargnée par le conflit direct, la ville n'a pas échappé aux effets de la guerre.

Les combats ont presque complètement stoppé les dépenses publiques.

La ville, avec ses tours denses et ses ruelles souvent trop étroites pour les voitures, a été inscrite sur la liste du patrimoine de l'UNESCO en 1982 ; et en 2015, elle a été ajoutée à la « Liste du patrimoine mondial en péril ».

Lente restauration

Aidid a indiqué qu'un plan d'intervention d'urgence en coopération avec l'UNESCO est en cours, portant sur environ 40 bâtiments qui sont en cours de restauration, pour un coût de 194 000 dollars.

Des donateurs privés ont également offert leur aide, dont un homme d'affaires saoudien qui a fait don d'environ 54 000 dollars, a fait savoir Aidid.

Mais bien que les plans de restauration se déroulent, aidés par un financement partiel de l'Union européenne, ils ne vont pas assez vite, a affirmé Barak Baswitine, responsable de l'association d'architecture en briques de terre à Shibam.

« Il y a eu quelques difficultés », a-t-il indiqué. « Le travail est lent, à cause du manque de main-d'œuvre locale qualifiée répondant aux normes. »

Shibam est l'un des trois sites historiques qui témoignent du passé architectural en briques de terre de la région de l'Hadramaout au Yémen.

Ces sites anciens irremplaçables, qui représentent le patrimoine historique unique du Yémen, sont également menacés.

À une vingtaine de kilomètres à l'est de Shibam se trouve l'une des plus grandes tours de briques de terre du monde, le palais Seiyun, qui risque de s'effondrer à cause des fortes pluies et d'années de négligence.

La troisième est la ville de Tarim, à environ 40 kilomètres à l'est de la ville, connue pour ses 365 mosquées, notamment Al-Mehdar, qui possède le plus haut minaret du Yémen.

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