Analyse

Le CGRI met la main sur des secteurs nationaux en Iran, nuisant à la population et affaiblissant les institutions

Ardeshir Kordestani

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Le Guide suprême iranien Ali Khamenei lors d'un défilé du CGRI en 2019. [Photo de Tasnim News]

Depuis sa création il y a 41 ans au lendemain de la révolution iranienne, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) cherche à s'enrichir et à renforcer son pouvoir aux dépens du peuple iranien.

Il a sapé les tentatives de l'Iran de s'orienter vers un marché libre, domine l'économie du pays et s'immisce dans presque tous les aspects de la société civile, de la gouvernance et des affaires militaires, ont rapporté des observateurs à Al-Mashareq.

Depuis le début, l'objectif du CGRI est de remplacer l'Artesh, l'armée conventionnelle iranienne, que les révolutionnaires soupçonnent d'être déloyale envers le régime, car de nombreux officiers ont été formés en Occident.

Composé en grande partie de partisans volontaires de la ligne dure ayant peu ou pas d'entraînement militaire, le CGRI a entrepris de « protéger la révolution » en mettant l'armée sur la touche et, dans plusieurs cas, en exerçant un contrôle sur elle aux plus hauts niveaux.

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Les forces du CGRI participent à un défilé en 2019. [Photo de Fars News]

Les efforts du CGRI pour prendre la place de l'armée iranienne et dominer l'économie du pays ont été aidés dans les années 80 par Ali Khamenei, qui a ensuite gravi les échelons du clergé presque du jour au lendemain, est devenu « ayatollah » et a été choisi comme dirigeant de la République islamique.

Les liens profonds de Khamenei avec le CGRI

Figure relativement jeune mais éminente, Khamenei a été le président de l'Iran pendant la guerre de huit ans avec l'Irak et a été l'un des rares responsables religieux de premier plan à se rendre sur les lignes de front pendant la guerre. Cela lui a valu le soutien de nombreux membres de la base du CGRI, dont certains sont devenus célèbres dans les années suivantes.

En plus de 30 ans de règne en tant que « Guide suprême » de l'Iran, Khamenei a supervisé et approuvé l'expansion de l'influence du CGRI dans tous les domaines du pays, ainsi qu'à l'étranger par le biais de sa Force al-Qods.

En 1989, Khamenei a nommé son ami proche Hassan Firouzabadi, un diplômé d'école de médecine sans formation ou expérience militaire, au poste de chef de l'État-major des forces armées (EMFA), lui conférant le grade de major général.

En 2016, Firouzabadi a été remplacé par le major général Mohammad Bagheri, qui était commandant du CGRI jusqu'à ce qu'il prenne ce poste dans les forces armées.

Quelques médias iraniens expatriés et américains ont noté que bien que Bagheri ait été le principal responsable du renseignement de l'EMFA pendant des décennies, sa nomination au poste de chef d'État major était une indication très visible de la « primauté » du CGRI sur l'armée.

Le général de brigade du CGRI Abdolali Pourshasb y a également fait référence dans une déclaration de 2015. Lorsque des soldats des forces armées conventionnelles iraniennes ont été déployées en Syrie fin 2015, il a fait savoir qu'elles « servaient sous le commandement du CGRI ».

Le CGRI prend le contrôle de l'armée

D'autres signes montrent que le CGRI exerce un contrôle sur l'armée conventionnelle plus souvent et de manière plus flagrante qu'au cours des années précédentes.

Le porte-parole de l'EMFA, Abolfazl Shekarchi,par exemple, est un général de brigade du CGRI.

Dans les années 80 et même 90, « il était reconnu que les militaires formés professionnellement avaient une expertise que le Corps des Gardiens n'avait pas », a déclaré à Al-Mashareq un ancien analyste de la marine iranienne vivant désormais aux États-Unis, sous couvert d'anonymat.

Les responsables ont reconnu que les membres du CGRI n'étaient pas correctement formés en communication maritime, en navigation et d'autres aspects militaires, a-t-il indiqué.

Malgré cela, a-t-il ajouté, le CGRI a tenté de « trouver un moyen d'entrer » dans la structure militaire conventionnelle, même s'il était tenu à l'écart des questions opérationnelles.

Le CGRI a pris en charge les opérations de contre-espionnage et a envoyé certains de ses jeunes membres dans la marine et dans d'autres branches de l'armée pour identifier les militaires en désaccord avec le régime ou qui n'assistaient pas régulièrement aux services de prière.

Il envoie des observateurs pour observer les exercices navals et des représentants aux réunions au sein de la marine iranienne et d'autres branches militaires, a fait savoir l'analyste.

L'emploi est déterminé par le CGRI

Sur le territoire iranien, le CGRI détermine le sort des demandeurs d'emploi et des entrepreneurs.

« J'ai demandé un permis pour ouvrir une école privée dans les années 90 », a indiqué Farideh Nabovvat, une professeure d'anglais et administratrice scolaire qui vit maintenant aux États-Unis.

Elle devait passer un examen national pour obtenir un permis, a-t-elle rapporté à Al-Mashareq, qui comprenait des questions sur la jurisprudence chiite.

Elle avait révisé pour cela, a-t-elle raconté, et son score était parmi les meilleurs.

Nabovvat est une Iranienne kurde née dans la région occidentale de l'Iran, à prédominance sunnite. Elle a déclaré que lors de son dernier entretien, un examinateur idéologique lié au CGRI l'a disqualifiée sans explication valable.

Pirouz Moslem, un autre Kurde sunnite diplômé en génie civil ayant postulé à des emplois dans le gouvernement, a vécu une expérience similaire.

« J'ai eu les meilleures notes dans mes évaluations techniques, a-t-il déclaré à Al-Mashareq, mais quand je suis arrivé à l'entretien, ils ne m'ont pas posé de questions sur l'ingénierie. Le CGRI m'a interrogé sur la loi chiite, et j'ai échoué. »

L'influence du CGRI sur la politique

L'influence du CGRI sur la société iranienne va jusqu'au sommet.

Mohammad-Bagher Ghalibaf, président du Madjles (parlement) iranien, est un ancien commandant du CGRI, et l'ancien président, Ali Larijani, avait également servi dans les rangs du CGRI.

D'anciens officiers de haut rang du CGRI, comme Esmail Kosari, représentent une part importante de la ligne dure du parlement.

Mohsen Rezai, le plus haut fonctionnaire du Conseil de déontologie de l'Iran, l'une des institutions les plus puissantes du pays, est un ancien commandant du CGRI.

En 2016, Javad Mansouri, un ancien commandant du CGRI, a déclaré que le CGRI a un « contingent » au sein du ministère iranien des Affaires étrangères depuis 1985, et que certains des plus grands diplomates iraniens appartenaient à la Force al-Qods, la branche du CGRI à l'étranger.

La Force al-Qods arme et soutient des milices violentes en Irak et en Syrie.

Mansouri a par ailleurs indiqué que plusieurs membres de la Force al-Qods avaient servi ou servent encore d'ambassadeurs en Irak, en Syrie et dans d'autres pays, et qu'Abbas Araghchi, l'un des plus grands diplomates iraniens, « est originaire » de la Force al-Qods.

L'économie iranienne est aux mains du CGRI

L'expression la plus frappante de l'influence du CGRI est peut-être l'étendue du contrôle qu'il exerce sur l'économie iranienne. Il domine le marché noir iranien, fournit des marchandises étrangères interdites ou difficiles à obtenir par le biais d'une soixantaine de jetées illégales qu'il exploite depuis les années 90.

Son Quartier général de la construction de Khatam-al Anbiya domine les industries iraniennes de la construction, du pétrole et du gaz. Le CGRI est également l'un des principaux acteurs du secteur bancaire et des télécommunications en Iran.

Ces activités commerciales fournissent au CGRI des flux de financement importants, en plus des 5,5 milliards de dollars annuels en moyenne qu'il a reçus du Majles ces dernières années.

Rien qu'en 2017, le CGRI aurait augmenté les dépenses de son programme de missiles et de la Force al-Qods d'au moins 300 millions de dollars chacun.

Shahin Mohammadi, un journaliste iranien basé aux États-Unis, a déclaré à Al-Mashareq que ces sommes paraissent faibles, mais qu'étant donné la crise économique en Iran, elles seraient mieux dépensées pour financer l'éducation, les soins de santé et d'autres nécessités.

« En tant qu'Iranien, je regarde les priorités du régime et je pense aux torts qu'ils font, et j'imagine les problèmes qu'ils pourraient régler, si seulement ils dépensaient l'argent pour répondre aux besoins du peuple », a-t-il poursuivi.

Les preuves du malaise économique de l'Iran sont abondantes. L'inflation annuelle en Iran était supérieure à 31 % pour le mois de septembre, et la valeur de la devise nationale a chuté de plus de 200 % depuis 2018.

Les prix des produits de base sont à des niveaux si élevés que le CGRI a récemment déclaré qu'il allait commencer à « aider le gouvernement à faire respecter le plafonnement des prix des produits essentiels ». Mais à la mi-novembre, aucun détail n'a encore été fourni.

L'influence iranienne est-elle une bonne chose pour le Moyen-Orient ?
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