Économie

Le régime iranien achète des armes alors que les citoyens sont en difficulté

Adeshir Kordestani

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En septembre, le CGRI a dévoilé un nouveau missile antinavire, le Zolfaghar-Basir. [Photo de Tasnim News]

Alors que les citoyens iraniens sont écrasés sous le poids de la stagflation économique, le régime dépense des millions de dollars dans un programme de missiles inutile, dont l'inefficacité a été prouvée à plusieurs reprises.

Le 28 septembre, le régime a dévoilé ce qu'il a décrit comme un « missile balistique antinavire d'une portée de 700 km ». Les médias affiliés au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont affirmé que ce missile doublait la portée des précédents missiles terre-mer et mer-mer du CGRI.

Le site d'information conservateur modéré Khabar Online a précisé que ce missile, baptisé Zolfaghar-Basir, intègre « toute une gamme de missiles, dont certains ont été présentés au monde et d'autres ont été gardés secrets », destinés à affronter « l'ennemi ».

Le 22 avril, le CGRI a lancé un satellite militaire en orbite basse. Les États-Unis affirment que le programme de satellites de l'Iran sert en fait de couverture à son programme de développement de missiles.

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En octobre, le député iranien Shiva Ghasemipour a déploré l'incapacité des Iraniens à se procurer des produits de première nécessité. [Photo de Hamsharionline.ir]

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Le missile Zolfaghar-Basir du CGRI en septembre aux côtés du Dezfoul, un ancien missile du CGRI. [Photo de Alef.ir]

« De mauvaises armes hors de prix »

La République islamique « aurait pu progresser après l'accord nucléaire » conclu avec les puissances mondiales en 2015, a déclaré un ancien analyste de la marine iranienne basé aux États-Unis, qui a demandé à rester anonyme.

« Au lieu de cela, le CGRI a choisi de se livrer à une provocation presque immédiatement après l'entrée en vigueur de l'accord », a-t-il indiqué à Al-Mashareq, faisant référence aux essais de missiles à moyenne et longue portée que l'Iran a effectués en 2015 et 2016.

Il a expliqué que les commandants du CGRI et d'autres dirigeants iraniens condamnent la présence et les activités des États-Unis dans le Golfe et en Asie du Sud. Cependant, ils n'ont pas d'objection à ce que la Chine et la Russie exercent leur influence sur l'Iran et d'autres pays, sans recourir à des slogans anti-impérialistes.

« L'Iran paye trop pour des armes venues de Chine, de Corée du Nord, et parfois même de Russie, tout cela au nom de la lutte contre l'impérialisme », a rapporté l'analyste, « alors que ce qui se passe réellement, c'est que la République islamique obtient des armes de qualité inférieure à des prix exorbitants et en fait de mauvaises copies ».

Le 28 novembre, Journée de la Marine, l'Iran prévoit de dévoiler un porte-hélicoptères équipé de technologies de guerre électronique, qui serait capable d'emporter sept hélicoptères et plusieurs drones.

Ce bâtiment semble avoir été conçu sur le même modèle qu'un navire chinois du même type. Le CGRI a également annoncé qu'il travaillait au dévoilement d'un navire similaire, mais n'a pas révélé de date.

Mépris du peuple

L'économie iranienne est paralysée par les actions du CGRI et par les sanctions internationales contre le pays qui ont suivi.

Les données publiques disponibles montrent que l'inflation d'année en année en Iran est passée à 41,4 % en octobre, contre 34,4 % en septembre et 30,4 % en août.

L'inflation a augmenté le plus rapidement pour les biens ménagers, suivis par les produits alimentaires et les boissons. Un article d'Eghtesad Online, un des principaux sites d'informations économiques iranien, renseigne sur l'inflation actuelle.

Cet article compare les données de la Banque mondiale et les statistiques officielles publiées par le gouvernement iranien, montrant qu'un habitant rural en Iran gagne en moyenne 1,70 USD jour, contre 3,20 USD en moyenne pour un citadin. La Banque mondiale fixe le seuil de pauvreté absolue à un revenu de 1,90 USD par personne et par jour.

Depuis la publication de ces données, la valeur de la devise iranienne a chuté d'environ 200 % par rapport au dollar américain. À titre de comparaison, le site internet iranien semi-officiel d'informations ISNA a estimé le prix du beurre à 150 000 rials (soit environ 3,56 USD) le kilo à la mi-septembre 2020.

Le prix de la viande rouge est tout aussi prohibitif, le prix du bœuf ayant augmenté de plus de 4 % au cours de la seule semaine qui s'est terminée le 12 octobre. Au cours de cette semaine, le prix du bœuf a atteint 1 100 000 rials (environ 26 USD) le kilo.

« Ce régime ne se soucie pas du bien-être de ses citoyens », a affirmé Farideh Nabovvat, une ancienne enseignante et administratrice scolaire iranienne vivant aux États-Unis.

« Je parle à ma famille en Iran plusieurs fois par mois ; ils ne peuvent pas acheter de produits de base : les produits laitiers, la viande rouge, et maintenant même le poulet ou le riz », a-t-elle rapporté à Al-Mashareq. « Beaucoup d'autres familles sont encore plus mal loties. »

Le Majles réfléchit au rationnement des produits essentiels

Le parlement iranien, le Majles, qui s'est penché ces dernières années sur le rationnement des produits de base, dont les denrées alimentaires et les médicaments, débat de cette question avec une urgence croissante depuis juillet.

Le Centre de recherche du Majles, qui fournit aux législateurs iraniens des rapports politiques, a récemment déclaré que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue ou en dessous à Téhéran a augmenté de près de 80 % au cours des deux dernières années, et que quelque 30 à 40 % des habitants d'Iran vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue.

« Les gens n'ont pas les moyens d'acheter de la viande ou des œufs », a déclaré début octobre Shiva Ghasemipour, membre du Majles. « A ce rythme, ils ne pourront bientôt même plus s'acheter du pain rassis. »

Soulignant l'impact des sanctions sur l'économie iranienne, elle a plaidé auprès du président Hassan Rohani et d'autres responsables pour « insister un peu moins sur [la nécessité] de la résistance populaire ».

Mais il semble que le CGRI et d'autres figures puissantes ont l'intention de poursuivre dans la voie de la « résistance » contre les États-Unis, ce qu'ils appellent sans cesse à faire.

Le CGRI continue d'investir dans des missiles et d'autres équipements militaires malgré les preuves indéniables des propres experts de l'Iran selon lesquelles la population paie un coût de plus en plus insupportable.

Les États-Unis estiment que l'Iran dépensera plus de 20 milliards de dollars pour ses diverses activités militaires d'ici fin 2020. Selon cette estimation, le CGRI devrait recevoir près de 7 milliards de dollars de financement du budget 2020. Pendant ce temps, près de 2,7 milliards de dollars ont été alloués à l'Artesh, l'armée conventionnelle iranienne.

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