Droits de l'Homme

Un an après la répression des manifestations, le chagrin et la colère persistent en Iran

Par l'AFP

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Dans cette photo d'archive prise le 17 novembre 2019, un homme iranien examine une station d'essence incendiée pendant une manifestation suite à la hausse des prix de l'essence à Eslamshahr, près de Téhéran. Un an après la répression implacable des manifestations par les autorités iraniennes, le chagrin sur des centaines de vies perdues est accompagné de colère face à l'absence d'imputabilité pour une répression dont l'ampleur commence à peine à émerger. [AFP]

Un an aprèsla répression implacable des manifestations par les autorités iraniennesle chagrin sur des centaines de vies perdues est accompagné de colère face à l'absence d'imputabilité pour une répression dont l'ampleur commence à peine à émerger.

Les manifestations, d'une ampleur rarement vue en Iran après la révolution islamique en 1979 et les plus grandes depuis les rassemblements de 2009 sur des élections contestées, ont été déclenchées à travers le pays en novembre 2019 après une hausse soudaine des prix de l'essence.

Les militants disent que les autorités ont réussi à imposer le contrôle seulement après une répression implacable, qui selon Amnesty International, a fait au moins 304 mortsdans une politique délibérée de tirer sur les manifestants.

La sévérité de la répression et le nombre de victimes ont été camouflés par une coupure d'internet dénoncée par les militants comme une tentative d'empêcher la diffusion de l'information.

Entretemps, aucun responsable en Iran n'a été introduit en justice pour la répression au milieu allégations que les familles qui ont perdu leurs proches avaient subi une pression pour garder le silence.

Ceux arrêtés pendant les manifestations, ont cependant fait face à des condamnations allant jusqu'à la peine de mort.

« Les autorités iraniennes n’ont assumé aucune responsabilité et continuent à harceler les familles de ceux qui ont été tués durant les manifestations », dénonce Tara Sepehri Far, chercheuse iranienne de Human Rights Watch.

'Usage excessif et illégal de la force'

Dans un rapport publié cette semaine, Amnesty a affirmé que l'Iran a appliqué « une coupure presque totale d'internet » du 16 novembre, le jour suivant le début des manifestations, donnant les ordres aux opérateurs d'internet de couper le service.

L'accès a été rétabli seulement progressivement après le 21 novembre.

Elle a précisé que la coupure a empêché les gens de voir des vidéos choquantes prises par les citoyens iraniens avec leurs téléphones, dans ce que le groupe a qualifié d'un « web d'impunité ».

Même maintenant l'ampleur de la répression n'est toujours pas claires, et Amnesty avertit que le nombre de victimes pourrait dépasser les 304 morts vérifiées.

Le groupe a posté en ligne ce qu'il appelle plus de 100 vidéos vérifiées prises dans 31 villes en novembre 2019 révélant « l'utilisation répétée d'armes à feu » contre les manifestants non armés et les passants.

Au moins 23 tués avaient moins de 18 ans, selon Amnesty, y compris des adolescents comme Mohammad Dastankhah,15 ans, abattu par des forces de sécurité postés sur un toit alors qu’il rentrait de l’école à Sadra, Shiraz.

Une autre passante innocente à trouvé la mort, Azar Mirzapour, une infirmière de 49 ans, mère de 4 enfants, abattue à Karaj, près de Téhéran, alors qu’elle rentrait de son travail selon Amensty.

« Les forces de sécurité iraniennes ont fait un usage excessif et illégal de la force », selon Raha Bahreini, chercheuse iraniennes à Amnesty International.

« Dans la plupart des cas, elles ont tiré à balles réelles en visant la tête ou le corps, ce qui indique qu'elles utilisaient la stratégie de tirer à vue », ajoute-t-elle.

'Poursuivis en justice'

Les militants disent qu'au lieu d'aider les proches des victimes à obtenir justice, les autorités poursuivaient les manifestants, et Amnesty allègue que ceux arrêtés ont subi la torture, y compris la simulacre de noyade et l'abus sexuel.

Les peines de mort imposées en juin contre trois jeunes hommes ont été interrompues seulement après une campagne pour épargner leurs vies à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iran.

Manouchehr Bakhtiari, dont le fils Pouya, 27 ans, a été abattu, a été emprisonné après avoir critiqué les autorités, selon les médias en langue perse basés à l'extérieur de l'Iran.

Le refus de l'Iran à poursuivre les responsables -- et l'absence de réponse à des appels pour une enquête internationale menée par l'ONU -- a poussé les militants à créer leur propre « tribunal » pour déterminer les crimes qui avaient été commis sous la loi internationale.

Le tribunal d'Aban, nommé après le mois iranien où les manifestations de l'année dernière ont eu lieu, a été créé par des ONG dont Justice pour l'Iran basée à Londres et Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo.

Les avocats défenseurs des droits et autres membres du tribunal écouteront les preuves des témoins et victimes du 10 au 12 février à La Haye, et les jugements seront prononcés en avril 2021.

Le tribunal enverra un « message fort aux auteurs de ces atrocités qu'ils seront surveillés et qu'un jour ils seront poursuivis pour les crimes qu'ils ont commis», a confié Mahmood Amiri-Moghaddam, directeur exécutif d'IHR.

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