Droits de l'Homme

Après six mois, les activistes craignent que justice ne sera pas rendu pour les meurtres de manifestants

AFP

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Les manifestants iraniens se rassemblent autour d'un feu lors d'une manfestation contre la hausse des prix du carburant à Téhéran le 16 novembre 2019. [AFP]

Six mois après les manifestations qui ont fait d'après l'Iran plus de 200 morts, les groupes de défense des droits de l'homme craignent quele nombre réel de victimes de la répression ne soit beaucoup plus élevé et que personne ne sera traduit en justice.

Les manifestations ont fait éruption à travers l'Iran du 15 au 19 novembre après une hausse soudaine des prix du carburant, dans l'éruption la plus ardente de la contestation publique depuis que le « mouvement vert » de 2009 avait secoué la république islamique suite aux élections contestées.

Les activistes disent que la dernière répression des manifestations, accompagnée d'une coupure presque totale de l'internet, a été encore plus féroce que celle datant de plus de 10 ans.

Pour la première fois ce mois, l'Iran a reconnu qu'il y avait eu des morts civils sur une grande échelle.

Mojtaba Zolnour, chef du comité de la sécurité nationale et des affaires étrangères au parlement iranien, a affirmé le 1e juin que 230 personnes ont été tués -- y compris six membres des forces de sécurité.

Mais Amnesty International a émis un rapport en mai détaillant 304 morts vérifiés de manifestants, précisant qu'il ne s'agissait pas du bilan final et a appelé le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à ouvrir une enquête sur les meurtres de novembre 2019.

« Nous croyons que le nombre réel de morts est beaucoup plus grand que ce qu'elles ont annoncé, » a affirmé Raha Bahreini, chercheur iranien à Amnesty International.

« Notre rapport détaille les cas d'hommes, femmes et enfants que nous avions pu documenter. Les autorités suppriment toujours la vérité», a-t-elle confié.

Les autorités iraniennes, poursuit-elle, n'ont pas fourni de détails -- les noms, âges ou sexes des victimes.

« Le dernier communiqué officiel reflète la continuation de la stratégie des autorités à nier et à déformer la vérité et fuir l'imputabilité et à la justice», a-t-elle martelé.

« L'impunité en Iran est très ancrée qu'il n'y a pas de perspective à l'avenir proche que les enquêtes criminelles locales pourraient être menées», a souligné Bahreini.

'Enquêter sur chaque cas'

Un examen de la manière dont l'Iran aborde les suites des protestations survient à un moment critique pour ses dirigeants.

Son économie est en crise, exacerbée par les sanctions; la destruction d'un avion ukrainien en janvier a provoqué d'autres manifestations; et la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) a causé des pertes de vies et plus de souffrance économique.

Les groupes de défenses de droits de l'homme à l'extérieur de l'Iran se plaignent qu'aucune personne d'aucun rang n'a été interrogé jusqu'à présent.

D'après Amnesty, toutes les victimes à l'exception de quatre ont été abattus par les forces de sécurité.

Les tirs à la tête ou au coup étaient la cause la plus fréquente de mort.

« En annonçant ce chiffre, il n'ont pas reconnu leurs abus et violation du droit à la vie», a fait savoir Shadi Sadr, une avocate qui mène le groupe d'imputabilité Justice pour l'Iran (JFI).

« Elles n'ont pas ouvert d'enquête pour chaque cas», a-t-elle dit.

Une directive émise par le Bureau du leader suprême Ali Khamenei a classé les victimes comme passants, manifestants avec armes ou sans.

La directive a considéré tous les meurtres légitimes et n'a pas recommandé d'enquête, a signalé Sadr.

« La seule chose qui reste pour les autorités est de déterminer quelle victime est classée dans chaque catégorie de personnes légitimement tuées comme répertorié dans les lois iraniennes», a indiqué un rapport de JFI.

Les passants tués sont considérés des martyrs et leurs familles recevront des paiements réguliers de l’État.

Les familles de ceux morts en manifestant sans armes recevront l'argent de sang -- ou diyeh -- une pratique courante en Iran.

Sadr a précisé que « plusieurs familles ont été réduites au silence par le gouvernement en utilisant différentes méthodes », qui comprenaient le chantage des gens à signer un aveu de silence avant d'être autorisés à voir le corps de leur proche.

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