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Les analystes exhortent toutes les parties à poursuivre les pourparlers de paix au Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des habitants d'un camp improvisé de Yéménites déplacés par les combats entre les Houthis et les forces gouvernementales, dans le district d'Abs de la province de Hajjah le 23 janvier. [Essa Ahmed/AFP]

Les efforts des Nations unies visant à pousser les belligérants du Yémen vers de nouvelles négociations de paix sont des mesures bienvenues qui ravivent l'espoir d'arrêter la récente escalade, ont fait savoir des analystes yéménites à Al-Mashareq.

Mais ils ont souligné que les Houthis (Ansarallah) ne pourront pas respecter les conditions de paix tant qu'ils seront sous le patronage de l'Iran, un État étranger.

Le 30 janvier, le Conseil de sécurité des Nations unies a appelé à la « cessation immédiate » des hostilités au Yémen, affirmant que celles-ci menacent un processus politique destiné à mettre fin à la guerre.

« Les membres du Conseil de sécurité ont fait part de leur grave préoccupation face à l'importante escalade de la violence à Nahm et al-Jawf et son impact sur les civils, dont des milliers ont été déplacés ces derniers jours », a déclaré le Conseil.

Dans une déclaration adoptée à l'unanimité, le Conseil de sécurité a déclaré qu'il était nécessaire de maintenir un cessez-le-feu à al-Hodeidah, comme le demandait un accord historique signé en décembre 2018 à Stockholm, en Suède.

Les membres du Conseil ont également appelé à « l'arrêt immédiat de toute intimidation envers les travailleurs humanitaires » et à un « accès sûr et sans entrave » dans le nord du Yémen.

Cette déclaration fait suite à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité le 28 janvier à la demande du Royaume-Uni ,qui s'est déroulée à huis clos.

Le 27 janvier, l'ambassadeur du Royaume-Uni au Yémen, Michael Aron, a déclaré à la chaîne d'information al-Hadath que son pays soutenait les efforts de l'envoyé des Nations unies au Yémen.

L'Accord de Stockholm entre le gouvernement yéménite et les Houthis a été significatif et a permis de réaliser des progrès dans la mise en œuvre d'un cessez-le-feu à al-Hodeidah, a-t-il indiqué, mais un nouvel accord politique global est nécessaire.

Les membres du Conseil de sécurité ont trois priorités, a-t-il ajouté : mettre fin à l'escalade à Nahm, rétablir le calme entre l'Arabie saoudite et les Houthis, et appliquer l'Accord de Riyad.

Mise en œuvre de l'accord de Stockholm

Le gouvernement yéménite a déclaré qu'avant d'entamer des négociations en vue d'une résolution complète de la guerre, il convenait d'appliquer pleinement l'Accord de Stockholm.

Cet accord, signé le 13 décembre entre les Houthis et le gouvernement yéménite, prévoit un cessez-le-feu à al-Hodeidah et le redéploiement mutuel des forces présentes dans la ville et les ports de Salif, Ras Issa et al-Hodeidah.

L'expert en affaires yéménites Adel al-Ahmadi a déclaré à Al-Mashareq que les appels à la paix qui ignorent la Résolution 2216 des Nations unies restent en dehors du domaine de la réalité.

Cette résolution onusienne appelle toutes les parties à mettre fin immédiatement et sans condition à la violence. Elle demande aux Houthis de se retirer de toutes les zones prises pendant le conflit actuel, de remettre les armes saisies aux institutions militaires et de sécurité, et de cesser toute action relevant de l'autorité du gouvernement légitime.

Le problème est que les Houthis servent un État régional, a déclaré al-Ahmadi, faisant référence à l'Iran, et n'ont pas le plein contrôle de leurs décisions.

Il a souligné l'importance du rôle joué par le Conseil de sécurité en exerçant des pressions sur toutes les parties, en particulier les Houthis, pour qu'elles reprennent les pourparlers de paix.

Des concessions doivent être faites

Ceux qui parrainent les pourparlers de paix doivent « faire comprendre à toutes les parties la nécessité de faire des concessions afin de mettre un terme à cinq ans de guerre et aux souffrances du peuple yéménite », a déclaré le militant des droits de l'homme Abdoul Rahman Berman.

Plus le processus de paix au Yémen sera retardé et plus la guerre s'éternisera, plus le peuple yéménite souffrira, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Les organisations des droits de l'homme ont enregistré des violations de tous types commises par les Houthis soutenus par l'Iran contre le peuple yéménite », a-t-il déclaré, notant que mettre fin à la guerre dans des conditions équitables mettrait fin à ces exactions.

Les pourparlers de paix « doivent être abordés avec sérieux par toutes les parties, et dans le respect des intérêts du peuple yéménite, et non des intérêts des parties de la négociation », a déclaré Berman.

L'analyste politique Faisal Ahmed a quant à lui accusé les Houthis de « manipuler le processus de négociation » pour gagner du temps, soulignant que « leur processus de décision appartient à l'Iran ».

Il est dans l'intérêt de l'Iran que la région « reste instable », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

Les pourparlers de paix sont essentiels si l'on veut mettre un terme à la détérioration économique du Yémen et aux souffrances de son peuple, a expliqué pour sa part l'économiste Abdoul Aziz Thabet.

C'est particulièrement le cas au vu des récentes mesures prises par les Houthis, a-t-il indiqué à Al-Mashareq, parmi lesquelles l'interdiction d'utiliser la nouvelle monnaie émise par le gouvernement yéménite.

Afin de garantir le succès des pourparlers globaux entre le gouvernement et les Houthis, a-t-il conclu, l'Accord de Riyad entre le gouvernement et le Conseil de transition du Sud doit également être appliqué.

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