Droits de l'Homme

Les réfugiés syriens en proie aux difficultés dans le contexte de la crise économique au Liban

Nohad Topalian à Beyrouth

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Les réfugiés d'Arsal travaillent à améliorer les structures des tentes avant l'hiver. [Photo fournie par l'ONG Syrian Refugee Voice]

Le Liban était aux prises avec une crise financière majeure lorsque l'explosion survenue dans le port de Beyrouth en août a exaspéré les effets du COVID-19 et plongé dans une plus grande pauvreté encore une partie de la population déjà en proie à de graves difficultés.

Beaucoup de citoyens libanais et de réfugiés syriens sont confrontés à une situation économique et sociale très difficile qui les empêche de mener une vie normale, car ils n'ont pas accès à la nourriture ou au carburant avant l'arrivée de l'hiver.

Le Liban accueille 892 000 réfugiés syriens enregistrés et compte la plus forte population de réfugiés par habitant au monde, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Beaucoup craignent de revenir dans leur pays, par crainte du service militaire obligatoire. D'autres ont perdu leur maison aux mains du gouvernement ou de ses milices affiliées, dont le Hezbollah et d'autres groupes liés au CGRI, qui s'efforcent de modifier la démographie selon des lignes sectaires dans les anciens bastions de l'opposition.

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Le camp de réfugiés syriens de Majdal Anjar, dans la vallée de la Bekaa au Liban. [Photo fournie par Mezyad al-Ali]

Mezyad al-Ali, un réfugié syrien de Homs vivant dans un camp à Majdal Anjar, dans la Bekaa, a expliqué à Al-Mashareq que les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour les réfugiés syriens, non seulement à Majdal Anjar, mais dans tout le Liban.

« Nos rêves sont perdus »

Al-Ali, qui supervise les camps de Majdal Anjar, a ajouté que « la chute libre de la livre libanaise face au dollar a un effet sur notre sécurité alimentaire en raison de la hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires. De nombreuses familles doivent se contenter de céréales et de légumes bon marché ».

Outre cette insécurité alimentaire, le coût des soins de santé est élevé et de nombreux médicaments ne sont pas disponibles, a-t-il poursuivi. Le taux de chômage a également augmenté, car de nombreuses entreprises ont fermé leurs portes en raison de la pandémie de coronavirus.

L'hiver apporte une difficulté supplémentaire, a-t-il ajouté. Les tentes doivent être renforcées avec de la toile, des bâches en nylon et du bois, dont les prix ont tous augmenté, pour pouvoir résister aux tempêtes et à la neige.

De plus, le combustible de chauffage est rare et le prix du bois de chauffage a augmenté de 200 %, a-t-il rapporté.

Al-Ali a fait savoir que plusieurs réfugiés syriens « envisagent de rentrer en Syrie, mais [que] des obstacles les en empêchent. Nos rêves sont perdus ».

« Même trouver un emploi décent est devenu un rêve, alors que c'est un droit. Mon seul rêve est devenu de ne pas rêver de belles choses, parce qu'elles me causent des soucis et de la douleur. »

Le HCR évalue les besoins

Selon Mohammed Khaled Sabia, directeur de l'ONG Syrian Refugee Voice, la crise du Liban a aggravé les conditions de vie de près de 12 000 familles de réfugiés syriens.

Il a expliqué que 80 % de ces familles vivent dans 146 camps de fortune d'Arsal et le reste dans des maisons et des chambres en construction.

L'allocation alimentaire fournie par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ne répond pas aux besoins des réfugiés, a-t-il fait savoir à Al-Mashareq, notant que 1 100 familles de réfugiés ne reçoivent plus cette allocation.

Sabia a ajouté que les réfugiés, qui vivent dans des conditions difficiles, sont contents « qu'au moins leurs enfants puissent poursuivre leurs études grâce au système éducatif libanais ».

Le HCR a augmenté le montant de l'allocation alimentaire mensuelle par membre de famille, la faisant passer de 40 000 livres libanaises (27 $) à 70 000 livres (46,14 $), sur la base du taux de conversion de 1 500 livres pour un dollar.

La porte-parole du HCR, Dalal Harb, a indiqué que « 75 % des réfugiés vivent actuellement sous le seuil de pauvreté extrême ; une augmentation par rapport aux 55 % de l'année dernière ».

« Les réfugiés souffrent, car ils ne peuvent pas subvenir à leurs besoins essentiels », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq. « L'hiver est particulièrement difficile, encore plus pour ceux qui vivent dans les régions montagneuses. »

« Conformément à ses plans annuels, le HCR se prépare à évaluer les besoins des réfugiés. L'objectif de cette évaluation est de déterminer les besoins essentiels pour l'hiver à venir », a-t-elle indiqué.

Cela se fait en coopération avec tous les partenaires régionaux des Nations unies, a-t-elle précisé, ajoutant que « nous devons obtenir le soutien de la communauté internationale, ainsi que le soutien des bailleurs de fonds dans la région ».

Harb a déclaré à Al-Mashareq que le HCR se prépare à lancer sa campagne d'hiver pour les réfugiés afin de constituer des stocks de vêtements d'hiver, de couvertures, de nourriture et d'argent pour les aider à faire face à la rude saison hivernale.

Le nouveau plan du HCR couvre les familles de réfugiés syriens et irakiens les plus nécessiteuses ainsi que les familles libanaises en difficulté, a-t-elle conclu.

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