Réfugiés

Les temps deviennent plus difficiles pour les réfugiés syriens au Liban et en Jordanie

Nohad Topalian à Beyrouth

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Un employé du Programme alimentaire mondial vérifie les prix des produits alimentaires dans un magasin au Liban. [Photo fournie par le Programme alimentaire mondial]

Les réfugiés syriens qui vivent en Jordanie et au Liban étaient déjà confrontés à des circonstances difficiles avant le début de la crise économique du Liban et la crise sanitaire mondiale.

Mais ces difficultés supplémentaires, notamment les mesures de confinement imposées pour freiner la propagation du nouveau coronavirus (COVID-19), leur ont rendu la vie encore plus difficile, ont déclaré à Al-Mashareq des représentants des Nations unies.

La réfugiée syrienne Rahm al-Hussein, une native de Homs qui habite dans un camp de la vallée de la Bekaa au Liban, a fait savoir que sa famille de six personnes est confrontée à « des circonstances très difficiles en raison de la situation économique du Liban et du coronavirus ».

« Nous sommes devenus très pauvres après que mon mari a perdu son emploi il y a sept mois », a-t-elle raconté, ajoutant que la sécurité alimentaire de sa famille « est gravement menacée ».

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Des enfants syriens réfugiés partagent un repas dans leur tente dans la vallée de la Bekaa. [Photo fournie par le Programme alimentaire mondial]

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Des Syriens discutent devant leur tente dans le camp libanais de Majdal Anjar. [Mezyad al-Ali/Al-Mashareq]

La perte de revenus, associée à la hausse des prix, alors que le coût d’un kilo de bœuf est passé de 18 000 livres libanaises (12 USD) à 36 000 livres (24 USD), a contraint sa famille à supprimer la viande, le lait et le fromage de son alimentation.

La famille arrivait jusqu’alors à se débrouiller avec 25 000 livres (17 USD) par jour, a-t-elle indiqué, « mais aujourd’hui, cette somme ne suffit plus pour acheter à manger ».

Dans un rapport daté du 1er mai sur la vulnérabilité économique des réfugiés dans le monde arabe, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait savoir que plus de la moitié des réfugiés interrogés fin avril avaient perdu leur emploi.

Parmi les personnes interrogées, 70 % ont déclaré qu’elles avaient dû sauter des repas parce qu’elles n’avaient pas les moyens d’acheter à manger, a indiqué le HCR.

Une souffrance « réelle et profonde »

Selon Mezyad al-Ali, un réfugié syrien de Homs qui est responsable du camp libanais de Majdal Anjar, la situation économique « nous affecte particulièrement, nous les réfugiés, où que nous soyons au Liban ».

De nombreuses entreprises ont été contraintes de fermer, et de nombreux réfugiés se retrouvent sans travail et « ne savent pas comment ils vont survivre », a-t-il déclaré.

« La souffrance est réelle et profonde », a-t-il affirmé.

Les réfugiés syriens ont vu leur situation « davantage exacerbée par les mesures liées à la pandémie, comme la restriction des déplacements et la distanciation sociale », a déclaré Dalal Harb, porte-parole du HCR.

Ces mesures ont gravement entravé leur capacité à gagner leur vie et à couvrir leurs besoins essentiels, a-t-elle expliqué à Al-Mashareq, notant que de nombreux réfugiés considèrent la famine comme une plus grande menace que le coronavirus.

Avec la crise économique et sanitaire, la flambée des prix et l’augmentation du taux de change du dollar, le pouvoir d’achat des réfugiés « est en baisse constante », a déclaré Malak Jaafar, responsable de la communication du Programme alimentaire mondial (PAM).

Le pourcentage de familles souffrant d’insécurité alimentaire est passé de 55 en 2019 à 83 aujourd’hui, a-t-elle déclaré à Al-Mashareq.

« Nous aidons la moitié d’entre elles et nous nous efforçons de toutes les aider, mais tout dépend des contributions des pays donateurs », a ajouté Jaafar.

Le PAM a augmenté le montant versé aux particuliers de 40 500 (27 USD) à 50 000 livres (33 USD) par mois après une hausse des prix de 40 %, a-t-elle précisé.

Des défis similaires en Jordanie

« L’épidémie de coronavirus en Jordanie m’a contraint à arrêter de travailler », a raconté Mohsen Barhoum, un réfugié syrien, à Al-Mashareq.

« J’ai perdu mon emploi de menuisier et mon salaire mensuel, et j’ai épuisé mes économies en achetant des produits alimentaires de base pour nourrir ma famille », a-t-il déclaré.

Une récente enquête menée par le HCR, l’UNICEF et le PAM a révélé que plus de 90 % des réfugiés du royaume ont moins de 50 dinars jordaniens (70 USD) d’économies.

En plus de cela, de nombreux réfugiés qui dépendaient du marché du travail informel, soit environ 40 % des réfugiés en Jordanie, se sont retrouvés sans revenus.

« Plus d’un tiers des travailleurs réfugiés ont perdu leur emploi de façon permanente et luttent pour nourrir leur famille », a expliqué à Al-Mashareq Mohammad al-Hawari, porte-parole du HCR à Amman.

« Depuis le début de la crise du coronavirus, nous avons reçu plus de 300 000 appels sur notre ligne d’assistance, dont la plupart provient de personnes demandant une aide en espèces », a-t-il déclaré. « Nous estimons qu’environ 50 000 familles de réfugiés ont besoin d’une aide directe en espèces. »

Le HCR est en mesure d’aider 18 000 familles parmi les plus vulnérables, grâce à la contribution des États-Unis et au Fonds central d’urgence des Nations Unies.

« Depuis la deuxième semaine de mai, nous distribuons une aide ponctuelle d’urgence en espèces à ces 18 000 familles pour les aider à faire face à l’impact économique du coronavirus », a poursuivi al-Hawari.

Le programme régulier d’aide en espèces sert 33 000 familles de réfugiés et se poursuivra jusqu’en 2020, a-t-il indiqué.

Malgré les restrictions imposées pour freiner la propagation du coronavirus, « le HCR continue à travailler pour protéger les réfugiés dans toute la Jordanie en fournissant des services de conseil à distance », a-t-il conclu.

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