Analyse

Le Hezbollah mène le Liban à sa pire crise économique en empêchant les réformes

Nohad Topalian à Beyrouth

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Un kilo de café coûtait 28 000 livres libanaises à Beyrouth en juillet 2020, dans le contexte d'une crise économique majeure et d'une augmentation drastique du prix des produits. [Joseph Eid/AFP]

Le Hezbollah empêche le Liban de mettre en œuvre les réformes requises par le Fonds monétaire international (FMI) pour recevoir l'aide dont le pays a besoin de toute urgence afin de se sortir de la pire crise économique qu'il ait connue depuis des décennies, ont déclaré des experts à Al-Mashareq.

Les pourparlers entre le Liban et le FMI sont dans l'impasse depuis des mois, les dirigeants étant réticents à mettre en place des réformes.

La demande d'aide financière du Liban intervient alors que son économie se dirige vers une contraction de 25 %. Elle intervient également au moment où les États-Unis cherchent activement à affaiblir les canaux financiers du Hezbollah et à sévir contre le blanchiment d'argent.

Le FMI exige notamment que le Liban fasse un audit de sa banque centrale. Mais vendredi 20 novembre, la firme internationale chargée de l'audit s'est retirée faute d'avoir reçu les données dont elle avait besoin pour sa mission, a déclaré la présidence libanaise.

La société new-yorkaise Alvarez et Marsal avait prorogé de trois mois la date limite du 3 novembre pour que les autorités libanaises lui remettent les informations nécessaires après ne pas les avoir fournies à temps, a rapporté l'AFP.

Mais « le ministre des Finances, Ghazi Wazni, a informé le président qu'il a reçu une lettre d'Alvarez et Marsal, mettant fin au contrat signé avec le ministère des Finances », a fait savoir la présidence dans un communiqué.

Selon une autre déclaration du ministère des Finances, cette firme n'était toujours pas certaine d'avoir accès aux données nécessaires même avec le nouveau délai.

Le Hezbollah « entrave les réformes »

Le contrôle exercé par le Hezbollah sur le processus décisionnel du gouvernement a empêché la formation d'un nouveau gouvernement pendant près d'un an.

Dans un discours prononcé le 29 septembre, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré : « Nous devrions avoir une présence dans le gouvernement pour protéger la résistance [...] nous ne pouvons pas accepter la mise en place d'un gouvernement qui signera aveuglément les conditions fixées par le FMI. »

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré le 14 octobre que le Liban « connaît une situation économique catastrophique due au manque de volonté politique [...]. Nous avons besoin d'un partenaire désireux et capable de s'engager avec le FMI [...] pour mener un audit des comptes des institutions financières et formuler un plan économique crédible pour les investisseurs et les créanciers du Liban ».

Le Hezbollah « est le seul obstacle à toute réforme qui sauverait le Liban d'un effondrement total », a affirmé l'ancien député Fares Souaid à Al-Mashareq. « Il ne permet la mise en place de réformes que si elles correspondent à ses propres intérêts, et non à ceux du peuple libanais. »

Souaid a déclaré que le Hezbollah « est responsable de la crise financière dans le pays, de l'effondrement de la classe moyenne et de l'obstruction aux réformes exigées par le FMI comme conditions de l'aide ».

« Tant que le Hezbollah contrôlera le pays, l'aide financière internationale sera difficile à obtenir et les Libanais continueront à souffrir », a-t-il déclaré.

« Un État en faillite »

Pour l'analyste économique Tony Farah, le Liban « est désormais un État en faillite en raison du déclin économique effrayant ».

Selon le FMI, le produit intérieur brut (PIB) à la fin de cette année fiscale pourrait n'atteindre que 18 milliards de dollars, en baisse par rapport aux 52 milliards de dollars de l'année dernière, a-t-il rapporté. Cela entraînerait un taux de chômage et de pauvreté plus élevé et la poursuite de la crise de l'électricité au Liban.

Dans certains quartiers de Beyrouth, les coupures de courant dépassent 20 heures par jour. De plus, la livre libanaise a perdu 80 % de sa valeur depuis octobre dernier.

Le Hezbollah est le principal responsable de la crise financière actuelle, en partie parce qu'il contrôle les passages frontaliers et s'adonne à des trafics. Il contrôle essentiellement une économie parallèle à l'économie libanaise légitime, a expliqué Farah.

Si la situation actuelle devait se poursuivre, a-t-il indiqué, le FMI ne débloquerait aucune aide pour le Liban, car la communauté internationale considère que ce pays est contrôlé par le Hezbollah et que c'est ce dernier qui bénéficie de toute aide destinée à Beyrouth.

Beaucoup craignent maintenant que, tout comme les négociations initiales avec le FMI ont échoué, le Hezbollah ne crée des obstacles pour la suite des négociations. Déterminé à faire partie du gouvernement, Hassan Nasrallah a rejeté les idées de privatisation et de taxation, provoquant la colère de nombreux responsables politiques et simples citoyens, a rapporté Farah.

Les aspirations du Hezbollah sont contraires aux intérêts du Liban

Pour le journaliste politique et figure de l'opposition chiite Ali al-Amin, le Hezbollah est « le principal responsable de l'effondrement du Liban ».

« Sans la mise en œuvre de mesures extraordinaires, il sera très difficile de sauver le pays, compte tenu de l'ampleur de la crise et des défis existentiels », a-t-il affirmé.

Les priorités du Hezbollah vont au-delà du Liban, a-t-il indiqué à Al-Mashareq. Le parti a des aspirations militaires et régionales qui vont à l'encontre de l'amélioration du Liban.

Les intérêts du Hezbollah, en particulier ceux qui contribuent à faire avancer les plans expansionnistes du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran, contrastent avec les intérêts du Liban, a-t-il ajouté.

« Les dirigeants du Hezbollah pensent que changer les règles du jeu n'est pas dans leur intérêt et pourrait même mettre en danger leur existence, et ils feront donc tout pour stopper les réformes dans le pays », a-t-il poursuivi.

La tentative de mettre en place un gouvernement qui n'apporterait aucun changement tangible prouve qu'aucun effort réel n'est fait pour instaurer des réformes, a déclaré al-Amin.

Tout nouveau gouvernement contrôlé par le Hezbollah dirigerait très probablement le pays de la même manière que celle qui a conduit à son effondrement, a-t-il conclu. jouté.

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