Économie

Démission du ministre libanais des Affaires étrangères alors que la crise économique s’aggrave

Nohad Topalian à Beyrouth

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Le ministre libanais des Affaires étrangères Nassif Hitti portant un masque à cause du coronavirus dans son bureau à Beyrouth le 3 août, le jour où il a annoncé sa démission. [Anwar Amro/AFP]

Nassif Hitti, ministre libanais des Affaires étrangères, a démissionné lundi 3 Août pour protester contre la mauvaise gestion par le gouvernement d’une crise économique qui s’aggrave, avertissant que faute de volonté de réforme, « le navire va couler ».

« J’ai décidé de démissionner aujourd’hui de mon poste de ministre des Affaires étrangères », a déclaré Hitti dans un communiqué, accusant le gouvernement de n’avoir montré aucune volonté pour initier les changements exigés par le Fonds monétaire international (FMI), a rapporté l’AFP.

Le Liban doit conclure un accord avec le FMI afin d’accéder aux fonds promis lors de la conférence Cèdre de 2018, qui dépendent de la mise en œuvre de certaines réformes.

« J’ai participé au gouvernement dans la logique de servir un seul patron, le Liban », a déclaré Hitti. « Mais j’ai découvert que dans mon pays, il y a de nombreux patrons et des intérêts contradictoires. »

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Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, rencontre le président libanais Michel Aoun à Beyrouth le 23 juillet. [Photo fournie par l’Agence nationale de l'information]

« S’ils ne s’unissent pas dans l’intérêt du peuple libanais, [...] alors le navire, Dieu nous en préserve, coulera avec tout le monde à bord », a-t-il ajouté, avertissant que le Liban risquait de devenir un « État en faillite ».

L’annonce de Hitti fait suite à la récente visite au Liban du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, globalement considérée comme un effort de dernière minute pour inciter le pays à prendre des mesures concrètes pour adopter les réformes nécessaires.

La visite de Le Drian était la première de ce genre d’un responsable politique étranger de haut niveau depuis plusieurs mois.

« Pas d’alternative au programme du FMI »

Lors d’une visite de deux jours qui s’est achevée le 23 juillet, le ministre français a exprimé sa déception face à la vitesse de mise en place des réformes et a prévenu que toute aide internationale dépendait d’une action urgente.

« Des actions concrètes sont attendues depuis trop longtemps », a déclaré Le Drian, ajoutant qu’il était « urgent et nécessaire de s’engager concrètement sur la voie des réformes ».

« Il n’y a pas d’alternative au programme du FMI pour permettre au Liban de sortir de la crise », a-t-il mis en garde.

Le gouvernement libanais affirme avoir besoin de plus de 20 milliards de dollars de financement extérieur, dont 11 milliards promis par les bailleurs de fonds lors de la conférence Cèdre qui n'ont jamais été versés faute de réformes.

« La France est prête à se mobiliser pleinement aux côtés du Liban et à mobiliser tous ses partenaires, mais pour cela des mesures de redressement sérieuses et crédibles doivent être mises en œuvre », a déclaré Le Drian.

« La France cherche à aider le Liban en raison de leur relation historique et du fait qu’elle ne veut pas le voir s’effondrer », a indiqué le journaliste Bchara Charbel à Al-Mashareq.

Mais dans ce projet, les actions du Hezbollah ont été une entrave, a-t-il poursuivi, et ont « empêché le Liban de parvenir à la stabilité et au statut d’un véritable État ».

Les armes du Hezbollah sont un « fardeau pour le Liban », a-t-il déclaré, soulignant que ses dirigeants « ont déclaré à plusieurs reprises que leur combat allait au-delà des intérêts du Liban ».

L’implication de la milice pro-iranienne dans les guerres régionales et son contrôle des postes-frontières libanais « exposeront le pays à des risques », a affirmé Charbel.

« Dernier avertissement » pour le Liban

Le message de Le Drian était « le dernier avertissement de la communauté internationale aux responsables libanais pour réparer les dégâts » causés par le défaut de paiement de la dette du Liban en mars, a déclaré Violette Ghazal al-Balaa, rédactrice en chef d’Arab Economic News.

Cela a conduit à « l’effondrement du système économique dans son ensemble, en raison de l’incapacité du gouvernement à prendre des mesures pour résoudre les crises », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq.

La clef pour résoudre les crises politique, sécuritaire et économique commence par l’affirmation de la souveraineté du Liban, a-t-elle déclaré, soulignant que le pays a payé un lourd tribut pour les actes du Hezbollah.

Des sanctions américaines, européennes et des pays du Golfe ont touché le Hezbollah et ses soutiens financiers comme une punition pour son « implication dans des guerres régionales comme l’un des bras militaires de l’Iran », a déclaré al-Balaa.

Les fonds du Cèdre sont directement liés à l’aval du FMI, a-t-elle indiqué, car cela servirait de garantie internationale que le Liban peut utiliser pour réintégrer les marchés mondiaux, négocier avec des créanciers extérieurs et obtenir de l’aide, des prêts et des subventions.

Le gouvernement sait, mais ne déclare pas publiquement, « en raison des obstacles évidents placés par le Hezbollah, que le chemin du salut commence par la mise en œuvre de réformes internes », a-t-elle poursuivi.

La communauté internationale « en a assez »

La communauté internationale « en a assez des promesses sans lendemain de réforme et de dissociation », a fait savoir l’analyste politique Tony Issa, qui travaille pour le journal al-Joumhouria.

C’est pourquoi Le Drian a donné au Liban ce qui peut être considéré comme le dernier avertissement, a-t-il indiqué à Al-Mashareq, soulignant les relations étroites que la France entretient depuis longtemps avec le Liban.

La crise libanaise ne sera pas résolue tant que les réformes ne seront pas mises en œuvre et que le pays ne se dissociera pas des ambitions régionales, a-t-il expliqué à Al-Mashareq, faisant référence au soutien du Hezbollah pour le programme expansionniste de l’Iran.

Pour Issa, il n’existe « absolument aucun moyen d’éviter la catastrophe de l’effondrement et de la faim sans que le Liban ne parvienne à un accord avec le FMI ».

Mais cela nécessitera de poser « des bases de réforme solides et de prouver que les ressources de l’État seront gérées par lui et n’iront pas à d’autres », a-t-il conclu.

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