Économie

Le Liban a besoin du Premier ministre pour maîtriser le Hezbollah, affirment des experts

Nohad Topalian à Beyrouth

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Des Libanais écoutent Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, lors d'un discours télévisé le 30 août dans un café de la banlieue sud de Beyrouth. [Anwar Amro/AFP]

Pour que le Liban puisse se sortir de sa crise actuelle et se remettre sur la voie de la stabilité économique, il sera nécessaire que le Premier ministre désigné Saad al-Hariri freine le Hezbollah, ont déclaré les experts.

Le contrôle que le parti soutenu par l'Iran exerce sur le processus décisionnel du gouvernement libanais freine le pays, ont-ils affirmé, et pourrait encore lui coûter un soutien financier vital de la part du Fonds monétaire international (FMI).

En tant que principal bloc votant au sein du FMI, les États-Unis disposent d'un droit de veto effectif.

La demande d'aide financière du Liban est faite alors que son économie se dirige vers une contraction de 25 %. Elle intervient également à un moment où les États-Unis cherchent activement à affaiblir les canaux financiers du Hezbollah et à sévir contre le blanchiment d'argent.

Dans le cadre de sa lutte contre le Hezbollah, le Trésor américain a sanctionné le 22 octobre les membres du Conseil central Nabil Qaouk et Hassan al-Baghdadi.

« Le Conseil central est chargé d'identifier et d'élire la plus haute instance décisionnelle du groupe, le Conseil de la Choura, qui formule les politiques et exerce un contrôle sur tous les aspects des activités du Hezbollah », a-t-il précisé.

Cela inclut les activités militaires du parti.

La communauté internationale est bien consciente que le Hezbollah « contrôle le processus décisionnel du gouvernement », a déclaré l'économiste Violette Ghazal al-Balaa.

Le parti empêche la formation de tout gouvernement sans son approbation et contrôle également le processus de décision judiciaire, a-t-elle rapporté à Al-Mashareq.

La participation du Hezbollah dans « des activités corrompues, contrairement à ses slogans qui prétendent le combattre, maintient l'économie dans un état de crise perpétuelle », a-t-elle expliqué.

Les États-Unis, l'Union européenne et les États du Golfe ont désigné le Hezbollah comme un groupe terroriste, et les sanctions américaines ont ciblé les circuits financiers du parti.

Le Hezbollah met l'aide internationale en péril

L'annonce par le Liban de son défaut de paiement en mars a ébranlé la confiance dans ses performances, a déclaré al-Balaa, et a poussé les agences de notation de crédit à réduire sa notation souveraine.

Le pays a maintenant besoin de plus de 30 milliards de dollars pour compenser ses pertes financières, a-t-elle ajouté, notant que cela « ne viendra pas d'ailleurs que du FMI ».

Le redressement du Liban « ne sera pas réalisé tant que le Hezbollah continuera à jouer son rôle de bras militaire et de sécurité le plus important de l'Iran et à travailler à la réalisation du projet politique et économique de Téhéran dans la région », a-t-elle affirmé.

Grâce au Hezbollah, l'Iran et son Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont fait de Beyrouth un centre majeur pour leurs dirigeants et leurs opérations, a déclaré l'auteur politique Sam Menassa à Al-Mashareq.

Le contrôle politique et militaire du parti « empêchera les États-Unis de fournir une aide sérieuse pour sauver le Liban », a-t-il déclaré. « Il empêchera également tout organisme international et le FMI de fournir une quelconque assistance. »

« Il est possible que des compromis soient conclus pour permettre le passage de l'aide humanitaire et de certaines aides économiques pour permettre au Liban de survivre, mais pas de se remettre, afin que le Hezbollah puisse maintenir le statu quo », a déclaré Menassa.

Le Liban ne sera pas abandonné

Les États-Unis « empêcheront le FMI ou toute autre partie de fournir une aide au Liban pour relancer son économie tant que l'État et ses leviers de pouvoir seront contrôlés par le Hezbollah », a déclaré le chercheur et militant politique Luqman Salim.

Le parti a torpillé les pourparlers du Liban avec le FMI, a-t-il fait savoir à Al-Mashareq.

Mais le Liban « ne sera pas abandonné au Hezbollah, comme en témoignent les pressions, sanctions et restrictions américaines imposées à ses réseaux financiers », a-t-il ajouté.

Il a souligné le soutien continu apporté par les États-Unis à l'armée libanaise.

Dans le même temps, a déclaré Salim, le projet régional de l'Iran s'effondre, ce qui aura de toute évidence un impact sur la capacité du Hezbollah à fonctionner.

L'Iran n'a plus d'argent à dépenser pour ses intermédiaires, a-t-il déclaré, ce qui le forcera à « s'étendre aussi loin que ses ressources le lui permettent et à tirer le tapis petit à petit sous [le Hezbollah] ».

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