Éducation

Les Houthis privatisent certaines écoles pour les revenus et la propagande

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

image

Élèves yéménites à Sanaa le jour de la rentrée scolaire, le 17 octobre. [Mohammed Huwais/AFP]

Les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran auraient retenu plusieurs écoles publiques de Sanaa pour en faire des établissements privés afin d'augmenter leurs revenus.

Hussein al-Houthi, frère du chef de la milice et ministre de l'Éducation du gouvernement houthi, a désigné le mois dernier 20 écoles publiques de la capitale pour qu'elles commencent à fonctionner comme des écoles privées ou communautaires et à demander des frais de scolarité élevés.

Ces écoles, soutenues et financées par les membres de la communauté, « fourniront une éducation exceptionnelle », a affirmé à Al-Mashareq Waleed Ali, du Bureau de l'éducation d'Amanat Sanaa.

Des responsables et des experts yéménites ont toutefois prévenu que cette initiative est « une forme de corruption » et qu'elle ne sert qu'à étendre l'influence au Yémen des Houthis et de leur commanditaire, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Des bâtiments publics utilisés comme écoles privées

Ali a fait savoir que le ministère avait désigné deux écoles dans chaque district de Sanaa, soit un total de 20 écoles, pour qu'elles fonctionnent de façon privée.

« Dans ces écoles privées, les cours auront lieu le soir, tandis que les écoles publiques continueront à offrir un enseignement gratuit pendant la journée », a-t-il déclaré. « Les enseignants des écoles privées seront choisis parmi les plus compétents, car l'enseignement dans ces écoles n'est pas gratuit. »

Les écoles communautaires feront payer 65 000 riyals (260 dollars) pour l'enseignement de la première à la sixième année, 85 000 riyals (340 dollars) de la septième à la neuvième année et 95 000 riyals (380 dollars) pour l'enseignement secondaire, selon Ali.

Bien que la nouvelle année scolaire ait commencé le 17 octobre dans les zones contrôlées par les Houthis, les écoles communautaires continuent d'inscrire des élèves et de préparer l'année scolaire 2020-21.

Pour familiariser le public à ce concept, des activistes affiliés aux Houthis ont fait campagne pour les écoles privées en utilisant les réseaux sociaux, des brochures et des campagnes dans la rue.

Mohammed al-Maqtari, responsable du Syndicat des écoles privées du Yémen, a déclaré à Al-Mashareq que l'utilisation des bâtiments des écoles publiques pour l'enseignement privé « est une forme de corruption, car elle exploite des bâtiments que le gouvernement a construits avec des fonds publics, sans en allouer les revenus à l'État ».

Une partie des recettes servira à payer les salaires des enseignants de ces écoles et une autre partie servira à couvrir les dépenses opérationnelles, a-t-il précisé. « Mais la plus grande partie ira aux Houthis pour financer leurs projets. »

Les écoles houthies enseignent le « programme du CGRI »

Le ministre yéménite de l'information, Mouammar al-Eryani, a mis en garde le public contre les « conséquences catastrophiques de l'altération du système éducatif par les Houthis ».

Al-Eryani a déclaré que la milice, soutenue par le CGRI, lance des écoles privées pour en faire des centres de propagande pour le programme du CGRI.

Les messages diffusés dans ces écoles seront extrémistes, prônant le chaos et la violence dans le Yémen et la région, a-t-il affirmé.

Le ministre a également expliqué que les efforts des Houthis pour éliminer la gratuité de l'éducation et « faire payer des frais de scolarité pour financer la guerre » constituent un lavage de cerveau des étudiants et visent à leur enseigner une Histoire fausse.

L'analyste politique Faisal Ahmed a déclaré à Al-Mashareq que la destruction continue de l'éducation est une conséquence du coup d'État des Houthis.

Plus de 3 500 écoles au Yémen ont été totalement ou partiellement détruites par des bombardements houthis, ou utilisées comme dépôts d'armes, a-t-il indiqué.

Plus de deux millions d'élèves n'ont pas pu aller à l'école à cause de la guerre au Yémen, a-t-il fait savoir. Les Houthis exploitent la situation pour envoyer ces enfants au front en attirant leurs parents avec un salaire mensuel régulier.

Pendant ce temps, la plupart des enseignants n'ont pas été payés, et la pression financière qu'ils subissent a rendu difficile l'exercice de leurs responsabilités d'enseignement.

Arafat Mohammed, un enseignant yéménite de Sanaa, a indiqué à Al-Mashareq que les Houthis utilisaient les fonds alloués à l'éducation et fournis par les organisations internationales pour développer des programmes modifiés qui servent leur programme soutenu par le CGRI.

Mohammed a déclaré que des enseignants comme lui ne seraient pas autorisés à enseigner dans les nouvelles écoles communautaires, car les Houthis préfèrent les enseignants qui servent leur propagande et encouragent le sectarisme et les idées de division et de non-tolérance.

Aimez-vous cet article?

0 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire * INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE 1500 / 1500