Santé

Les Yéménites s’interrogent sur les motivations des Houthis qui assouplissent les restrictions liées au virus

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des Yéménites partagent un repas dans un restaurant de Sanaa le 16 juillet, suite à l’assouplissement des mesures de lutte contre le coronavirus. [Mohammed Huwais/AFP]

Les Yéménites des zones contrôlées par les Houthis (Ansarallah) soutenus par l’Iran ont critiqué la récente décision de la milice de permettre la réouverture de certains commerces, l’accusant de privilégier le profit sur la santé publique.

Le 13 juillet, les Houthis ont approuvé un programme annulant certaines des mesures de précaution mises en place pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus (COVID-19), alors que le virus continue de faire des victimes au Yémen.

Ils ont ordonné la réouverture des salles de mariage, des restaurants, des hammams, des parcs et des stades de sport, tout en continuant à exiger la distanciation sociale dans ces installations.

Alors que le gouvernement yéménite a fait état de 1681 infections au coronavirus au 27 juillet, le nombre de cas dans les zones contrôlées par les Houthis n’est pas connu, la milice ayant imposé un black-out médiatique sur cette information.

« Il est difficile de faire respecter la distance sociale dans les salles de mariage », a déclaré à Al-Mashareq Burhan Saleh, responsable d’une salle de mariage à Sanaa.

Saleh a déclaré que la décision de rouvrir ces installations semble être motivée par les recettes provenant des amendes qui peuvent être imposées aux propriétaires qui ne se conforment pas entièrement aux mesures réduites, plutôt que par souci de santé publique.

Motivés par le profit

La réouverture des salles et des clubs « est strictement motivée par l’appât du gain », a déclaré l’analyste politique Adel al-Shujaa à Al-Mashareq, ajoutant que « chaque fois que les [Houthis] peuvent profiter de quelque chose, ils sont prêts à sacrifier toute la population yéménite ».

Il a souligné « qu’avant que la décision ne soit communiquée, la milice avait rouvert des colonies de vacances et rassemblé des enfants pour une mobilisation idéologique ».

« Les Houthis mettent les gens en danger de mort, les poussent sur les fronts de bataille et stockent des armes près de leurs maisons, et ils n’hésiteront donc pas à ouvrir des salles et des clubs si cela génère des profits pour eux », a affirmé al-Shujaa.

Les Houthis ont assoupli les restrictions imposées à certains commerces après avoir reçu de grosses sommes d’argent de la part des propriétaires lors d’une récente réunion, a rapporté l’agence de presse Khabar.

« Cette réunion, à laquelle ont participé des représentants de salles de fêtes, de clubs, de restaurants et de hammams, est à l’origine de leur réouverture et de la reprise de leurs activités », a indiqué l’économiste Abdoul Aziz Thabet à Al-Mashareq.

Il semble que le paiement de taxes leur a permis de reprendre leurs activités commerciales, a-t-il ajouté.

« Si la décision de permettre à ces établissements de reprendre leurs activités était basée uniquement sur des critères liés à l'épidémie de coronavirus, elle se serait appliquée à tous les établissements des secteurs privé et public », a-t-il déclaré.

Les Houthis ne prennent en compte « que leurs intérêts et les revenus qu’ils espèrent tirer de ces établissements, comme les marchés de qat, sans se soucier de la vie des citoyens », a affirmé Thabet.

Manque de transparence

« La décision des Houthis ne tient pas compte des préoccupations de l’Organisation mondiale de la santé, qui a mis en garde contre une deuxième vague d’infections », a déclaré le Dr Arafat Mohammed, médecin dans un hôpital privé de Sanaa.

« Les hôpitaux et les centres désignés pour le traitement des personnes infectées par le coronavirus à Sanaa regorgent de patients », a-t-il fait savoir à Al-Mashareq.

La plupart des habitants de Sanaa ne parlent pas ouvertement des personnes soupçonnées d’être infectées par le virus, de peur que les Houthis n’exercent des représailles contre eux ou leur famille, a-t-il indiqué.

« Beaucoup [de personnes infectées] préfèrent rester chez elles et se mettre en quarantaine jusqu’à ce qu’elles se rétablissent ou meurent », a déclaré Mohammed.

Il s’est dit surpris par la décision des Houthis de rouvrir certains lieux publics, déclarant que c’était une « décision étrange ».

« Même si le nombre d’infections a diminué, pourquoi les Houthis ne révèlent-ils pas leur nombre ? », s'est-il interrogé.

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