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Le Yémen prépare la réponse au COVID-19 alors que le nombre de cas augmente dans la région

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden et AFP

Vingt femmes yéménites ont fait revivre la plus ancienne usine de ce pays déchiré par la guerre, plus de dix ans après sa fermeture, pour fabriquer des masques en prévision d'une épidémie du nouveau coronavirus. [AFP]

Bien que le Yémen n'ait encore enregistré aucun cas de nouveau coronavirus (COVID-19), ce n'est qu'une question de temps avant que la pandémie mondiale n'atteigne ce pays déchiré par la guerre, ont déclaré des experts de la santé.

Après cinq ans de guerre, suite au coup d'État de septembre 2014 organisé par les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran, les infrastructures sanitaires du pays sont en ruine, impliquant qu'une telle flambée pourrait être catastrophique.

Des millions de personnes luttent pour survivre sans aide et trois millions sont déplacées, dont beaucoup dans des camps particulièrement vulnérables aux maladies comme le COVID-19.

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Un employé, portant un masque de protection contre le COVID-19, passe la serpillière dans une pâtisserie de Sanaa le 19 mars. [Mohammed Huwais/AFP]

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Des femmes yéménites fabriquent des masques dans une usine textile de Sanaa le 16 mars. [Mohammed Huwais/AFP]

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Des gens se rassemblent sur un marché de qat à Sanaa que les Houthis ont laissé ouvert, malgré la crise sanitaire imminente, alors que des infections au nouveau coronavirus se propagent dans la région. [Haitham Mohammed/Al-Mashareq]

Selon une analyse de 2016 de la Rand Corporation, le Yémen est l'un des 25 pays du monde les plus vulnérables aux épidémies infectieuses. Parmi les autres, 22 sont de l'autre côté de la mer, en Afrique.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé mardi 17 mars qu'aucun cas de coronavirus n'avait encore été enregistré au Yémen.

Elle a déclaré qu'elle travaillait avec les autorités de Sanaa et de la capitale provisoire, Aden, où se trouve le gouvernement légitime, pour contrôler les personnes entrant dans le pays.

« Le virus ne respecte pas les frontières », a fait avoir le représentant de l'OMS au Yémen, Altaf Musani.

Dans l'Arabie saoudite voisine, 274 cas de COVID-19 ont été signalés jusqu'à présent, et le royaume a fermé des cinémas, des centres commerciaux et des restaurants, interrompu les vols et suspendu le pèlerinage de la oumra et les prières dans les mosquées.

Plus de 1000 cas de virus ont été enregistrés à ce jour dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Les Yéménites se mobilisent pour aider

Au Yémen, « il y a une pénurie du nombre de tests », a rapporté Musani.

L'OMS a distribué un kit de protection, comprenant des masques et des gants, mais « pas suffisamment », et s'efforce d'en obtenir davantage, a-t-il ajouté.

Dans le même temps, 20 femmes yéménites ont relancé une usine à Sanaa plus de 10 ans après sa fermeture pour fabriquer des masques, en prévision d'une épidémie.

Les combats entre les forces yéménites et les Houthis ont paralysé l'économie et le système de santé, rendant leur intervention particulièrement opportune.

« Nous travaillons sur les masques depuis lundi et, grâce à Dieu, nous avons commencé à le faire par mesure de précaution avant que la maladie ne nous atteigne, sans qu'il soit nécessaire de les importer de l'extérieur », a déclaré Faten al-Masoudi, une fabricante de masques.

« Je suis prête à travailler ici gratuitement pour la santé de nos enfants, des nourrissons et des femmes », a ajouté al-Masoudi qui, comme toutes les femmes, ne perçoit pas de salaire régulier, mais est payée au masque.

« Nous avons transformé une section du département de couture qui fabrique des vêtements en une section qui produit des masques », a fait savoir Abdoullah Shaiban, le directeur de l'usine.

Il espère qu'avec 80 machines, l'usine pourra fabriquer entre 8000 et 10 000 masques par jour.

Une autre usine de Sanaa fabrique maintenant du désinfectant pour les mains.

La réponse des Houthis est critiquée

Les Houthis ont déclaré samedi qu'ils suspendraient les vols de passagers de l'aéroport de Sanaa pendant deux semaines afin d'empêcher l'introduction du nouveau coronavirus.

Ils ont annoncé lundi qu'ils fermaient les écoles, les instituts, les universités, ainsi que les salles d'événements, les toilettes publiques et les clubs de sport.

Pourtant, alors même qu'une crise sanitaire majeure menace, la milice a poursuivi ses efforts pour mobiliser ses partisans, a déclaré le ministre yéménite de l'Information, Mouammar al-Eryani, à Al-Mashareq.

« Les Houthis continuent de mobiliser les citoyens [...] pour leurs réunions et événements politiques et religieux, et de les envoyer se battre sur les différents fronts », a-t-il déclaré.

On craint que les Houthis n'exploitent la situation « pour régler leurs comptes avec ceux qui s'opposent à leur coup d'État », a-t-il ajouté, notant qu'à Taez, « ils ont durci leur siège sous prétexte de mesures de précaution ».

« Les Houthis se contredisent de manière flagrante », a-t-il déclaré. « Alors qu'ils parlent de mesures de précaution pour faire face à la pandémie de coronavirus, ils tiennent des réunions, organisent des événements politiques et religieux et mobilisent les gens sur les fronts dans toutes les provinces sous leur contrôle. »

L'analyste politique Faisal Ahmed a noté que les préparatifs des Houthis « battent leur plein » pour organiser des rassemblements le 26 mars, qui marque le sixième anniversaire de l'opération Tempête décisive, lorsque la coalition arabe est entrée dans le conflit.

« Les Houthis n'ont pas fermé les marchés de qat, qui attirent les plus grandes concentrations de personnes, bien que le gouvernement légitime les ait fermés dans le cadre de mesures de précaution », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

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