Politique

Khamenei s’embourbe dans les erreurs de calcul, affirment les experts

Sina Farhadi

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Le Guide suprême iranien Ali Khamenei avec Qassem Soleimani, ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI, sur cette photo non datée. [Photo fournie par le site internet d’Iran International]

La dépendance excessive du Guide suprême Ali Khamenei au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a transformé l’Iran en une dictature « théocratique et militaire » pendant les plus de 30 ans de son règne, ont affirmé des experts.

La République islamique est devenue une véritable dictature théocratique sous son règne, ont-ils indiqué, notant que sa méthode de gouvernance a échoué, comme en témoignent le mécontentement intérieur généralisé et l’instabilité dans la région.

« Le régime iranien ne peut plus être considéré uniquement comme une autocratie religieuse », a déclaré le politologue Karim Samadian à Al Mashareq, ajoutant que la dépendance de Khamenei au CGRI l’a transformé en un régime « théocratique et militaire ».

La décision prise par Khamenei d’impliquer le CGRI dans les questions politiques et économiques de son pays est ancrée dans une incapacité à combler le vide laissé par son prédécesseur, Rouhollah Khomeini, a affirmé Samadian.

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Le 17 novembre 2019, des Iraniens passent devant une banque à Ispahan incendiée par des manifestants pendant la hausse du prix de l’essence. [AFP]

Les experts comme Samadian estiment que les actions du CGRI à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran, qui ont conduit à l’échec du pays au niveau national et mondial, relèvent de la responsabilité directe de Khamenei, qui autorise son activité.

Priorité aux ambitions militaires

Les activités du CGRI ne sont pas le seul aspect de l’échec de Khamenei, a déclaré Samadian.

Beaucoup considèrent le développement d’une arme nucléaire comme la clé de la survie du régime, a-t-il noté, de sorte qu’il a négligé les besoins de la population en poursuivant cet objectif, en dépensant des millions de dollars dans les efforts pour acquérir un armement nucléaire.

Cela s’est fait au détriment des demandes nationales, a-t-il déclaré.

Faisant référence aux politiques ratées de Khamenei, Samadian a déclaré que la Force al-Qods du CGRI, qui travaille sous les ordres et la supervision directs du Guide suprême, a causé la mort de milliers de personnes du fait de son intervention dans des conflits régionaux.

Cette Force al-Qods a coûté des milliards de dollars aux Iraniens et entraîné l’isolement complet du pays sur la scène internationale, a-t-il poursuivi.

Le régime iranien a arrêté des milliers de manifestants et en aurait tué au moins plusieurs centaines lors des manifestations de novembre, déclenchées par une forte hausse du prix de l’essence.

Bien que la fixation de ces prix ait été une décision du gouvernement de Rohani, elle a été soutenue par Khamenei, tout comme la répression des manifestations, a déclaré Samadian.

Citant des rapports publiés, Samadian a déclaré à Al Mashareq que c’est en fait Khamenei qui avait exhorté le CGRI à « mettre fin immédiatement aux manifestations publiques ».

« Le vrai président de l’Iran »

« Contrairement à l’image mise en avant par le ministère iranien des Affaires étrangères, que certains Occidentaux pourraient croire, l’ayatollah Khamenei n’est pas un leader religieux ou spirituel », a déclaré à Al-Mashareq la journaliste Mina Bashiri, qui vit à Téhéran.

« Il détient plutôt la totalité du pouvoir politique et militaire de l’Iran », a-t-elle précisé.

Selon Bashiri, Khamenei doit être considéré comme le président à vie de l’Iran.

Même le rédacteur en chef du quotidien intégriste Kayhan a un jour explicitement déclaré que Khamenei est « le vrai président de l’Iran », a-t-elle indiqué.

Khamenei a affirmé à plusieurs reprises que les sanctions occidentales, et surtout américaines, n’affectaient pas les ventes de pétrole de l’Iran. Or, ces ventes ont fortement chuté.

Bashiri a ajouté que Khamenei estime qu’au lieu de dépendre de l’Occident, l’Iran devrait se rapprocher de la Russie et de la Chine, même si ces deux pays n'ont jamais été de véritables alliés de l’Iran.

La folie des grandeurs

« Le résultat de l’autoritarisme iranien n’a été qu’un échec, dont la raison tient aux erreurs de calcul de Khamenei », a affirmé Bashiri. « Il sous-estime la puissance des États-Unis et de ses alliés et se fait des illusions sur les pouvoirs de l’Iran. »

« Khamenei et le CGRI ont mal calculé le conflit militaire et par intermédiaire contre les États-Unis dans la région », a-t-elle ajouté.

Ils pensaient que les attaques de missiles des milices irakiennes soutenues par l’Iran contre les intérêts américains « ne conduiraient pas à une réponse directe des États-Unis, une erreur qui s’est avérée fatale avec la mort de Qassem Soleimani », a-t-elle déclaré.

Bashiri a déclaré que Khamenei semble toujours penser qu’un conflit militaire sérieux avec les États-Unis est impossible, et il ne réalise pas que le comportement irresponsable du régime iranien pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Elle a souligné le harcèlement des navires américains par le CGRI dans le golfe Persique comme un exemple des erreurs de calcul de Khamenei, ajoutant en conclusion que ce genre de comportement pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour l’Iran.

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