Politique

L’armée iranienne manque de formation et de leadership

Sina Farhadi

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Un avion de ligne ukrainien a été abattu le 8 janvier par des missiles depuis les bases du CGRI autour de Téhéran. [Photo fournie par l’agence de presse IRNA]

L’appareil militaire iranien a régulièrement fait preuve d’un manque de discipline, de formation et de leadership qui a à la fois déçu et alarmé le peuple iranien et isolé davantage le pays, ont déclaré des analystes à Al-Mashareq.

Une série d’erreurs et de faux pas du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont contribué à cette perception d’incompétence chronique, ont-ils expliqué.

Récemment, le 9 mai, un navire de guerre iranien a été touché par un « tir allié » lors d’exercices navals au large des côtes méridionales de l’Iran, tuant 19 marins et en blessant quinze autres.

En janvier, les forces armées iraniennes avaient abattu par erreur un Boeing 737 à destination de Kiev peu après son décollage de Téhéran, tuant les 176 personnes qui se trouvaient à son bord.

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La frégate Jamaran a été inaugurée en 2010 par le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei. Cette frégate a accidentellement tiré un missile sur le navire Konarak lors d’un exercice à tirs réels le 9 mai, tuant 19 membres d’équipage. [Photo tirée du site officiel d’Ali Khamenei]

L’armée a fini par admettre une erreur catastrophique.

« L’incompétence et l’incapacité des responsables gouvernementaux et des membres de haut rang du CGRI ont même provoqué la colère des sympathisants du gouvernement », a rapporté à Al-Mashareq la journaliste Mina Bashiri, qui vit à Téhéran.

« Il ne se passe pas une semaine sans que des nouvelles de comportements irresponsables et de manque de professionnalisme des institutions gouvernementales en Iran ne soient rendues publiques», a-t-elle fait savoir.

« inaptitude et incompétence »

L’incident mortel de « tir allié » du 9 mai lors de l’exercice naval « n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’inaptitude et de l’incompétence des fonctionnaires », a déclaré Bashiri.

Cet incident a dans un premier temps été caché, a-t-elle noté, « et ce n'est qu’après que les vidéos enregistrées par les soldats présents sur place ont été diffusées sur les réseaux sociaux que la marine a reconnu qu’un incident s’était produit ».

Au début, le gouvernement a déclaré qu’une personne avait été tuée et plusieurs autres blessées, mais il est devenu évident par la suite que le nombre de morts était beaucoup plus élevé, a-t-elle ajouté.

La cause de l’incident (le tir d’un missile depuis la frégate Jamaran) a également été annoncée avec un certain retard, a-t-elle poursuivi.

Même une fois la vérité révélée, « la marine a affirmé dans un autre communiqué que la cause de l’événement pourrait être la guerre électronique de l’ennemi », a précisé Bashiri.

La façon dont cet incident s’est déroulé révèle un « modèle de gestion non professionnelle », a-t-elle déclaré. « Du déni à l’affirmation que l’ennemi est le coupable, ce schéma existe dans presque toutes les défaites et échecs de la République islamique. »

Dans le cas de l’avion de ligne ukrainien abattu, le régime a dans un premier temps imputé l’accident à un défaut technique, et continué à l’affirmer pendant plusieurs jours, a indiqué Bashiri.

Face à la pression internationale croissante, le CGRI a finalement admis être responsable de l'accident, « mais a fait état d’une erreur humaine pour l’expliquer », a-t-elle déclaré.

Par la suite, certains responsables ont affirmé que le système de navigation de l’avion avait été trafiqué, a-t-elle poursuivi.

« Quelques mois se sont écoulés depuis l’incident, et personne n’a été renvoyé pour cette incompétence, personne n’a été jugé, et la boîte noire de l’avion n’a été remise à aucune autorité internationale impartiale », a rappelé Bashiri.

Ces incidents et la manière dont ils ont été gérés reflètent un schéma de mauvaise gestion chronique, que l’on peut observer dans la gestion de la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) par le gouvernement, a-t-elle précisé.

« Comportement inhumain et cruel »

« Malheureusement, il ne se passe pas un jour sans que nous n'entendions des mauvaises nouvelles sur l’incompétence du CGRI en Iran », a déclaré à Al-Mashareq le militant politique et ancien prisonnier politique Ali Zanjani.

« Parfois, ces insuffisances suscitent des blagues et des rires », a-t-il déclaré, rappelant le nouveau détecteur de COVID-19 du CGRI, un appareil électronique pouvant soi-disant détecter le coronavirus dans un rayon de 100 mètres en cinq secondes.

Le 15 avril dernier, le major général Hossein Salami, commandant du CGRI, avait qualifié l’appareil de « progrès scientifique nouveau et singulier » et de « technique scientifique incroyable ».

« Parfois cependant, ces insuffisances conduisent à des tragédies et des catastrophes », a déclaré Zanjani, comme ce fut le cas début mai lorsque des réfugiés afghans ont été jetés dans le fleuve Helmand par les gardes-frontières iraniens après avoir été battus et torturés.

Plus de 20 d’entre eux se sont noyés, lors d’un incident qui « a révélé certains des comportements inhumains et cruels des forces affiliées au CGRI aux frontières orientales du pays », a ajouté Zanjani.

Ces forces tuent depuis des années les Baloutches d’Iran, la majorité ethnique de la région du Baloutchistan, a-t-il rapporté, et ont causé la mort de civils semaine après semaine lors d’attaques contre des véhicules personnels et non militaires.

Pendant ce temps, à la frontière occidentale de l’Iran, les gardes-frontières iraniens ont tué des dizaines de civils kurdes, connus sous le nom de Kolbers, a-t-il fait savoir, notant que la gestion des frontières de l’Iran par le CGRI a coûté la vie à des centaines de civils.

« En Iran, nous subissons ce gouvernement incompétent depuis plus de 40 ans, pour lequel la vie des citoyens, leur santé et leur richesse n’ont aucune valeur », a conclu Zanjani.

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