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La crise libanaise frappe durement les réfugiés syriens

Nohad Topalian à Beyrouth

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Yousef Fares, un réfugié syrien d'Hama, a dû retirer sa fille Ghada (sur cette photo) de l'école à cause de la crise économique. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

La pomme de terre est le plat quotidien de la famille de Yousef Fares, un réfugié syrien d'Hama qui habite désormais depuis près de trois mois à Mazraat Yachouh, dans la région de Metn dans le nord du Liban.

Comme beaucoup d'autres réfugiés syriens qui ont perdu leur emploi à cause de la crise économique au Liban, il ne peut plus assurer l'alimentation de base de sa famille.

Si les réfugiés enregistrés auprès d'organisations internationales continuent de bénéficier de programmes offrant une aide et un soutien de base, ceux qui ne peuvent prétendre à une telle assistance sont confrontés à des temps difficiles et des difficultés.

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De nombreuses familles syriennes au Liban ont dû retirer leurs enfants de l'école en raison de la crise économique du pays. Sur cette photo, Hammoudi al-Khalil (à droite) joue avec des enfants syriens devant son appartement dans la ville de Deek el-Mehdi. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

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La réfugiée syrienne Rimas al-Khalil (à droite) est assise par terre avec son cousin Alaa dans le petit appartement de ses parents, dans la ville libanaise de Deek el-Mehdi. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

La crise économique au Liban n'a pas épargné ces personnes, qui dépendent pour leur subsistance du travail dans l'agriculture, la construction, la menuiserie ou la plomberie.

Les réfugiés au Liban sont « dans une situation très difficile », a déclaré le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans une déclaration de janvier.

« Nous appelons tout le monde à travailler ensemble à des solutions constructives et réalisables », a fait savoir l'agence. « Il est essentiel de ne pas aggraver leur situation».

Pendant ce temps, le HCR « continue de fournir une aide en espèces aux familles de réfugiés syriens les plus nécessiteuses », a déclaré à Al-Mashareq Lisa Abou Khaled, responsable de l'information publique.

« Pour alléger et répondre à la difficile crise économique, le HCR a élargi la portée du programme d'aide hivernale afin de fournir un soutien durant cette période critique de l'année », a-t-elle déclaré.

Cela a permis à plus de 900 000 réfugiés de bénéficier de ce programme, a-t-elle indiqué, et notamment plusieurs nouvelles familles.

Abou Khaled a fait savoir que l'agence s'efforce d'étendre la portée du programme, mais ses ressources limitées l'obligent à donner la priorité aux réfugiés les plus vulnérables.

Chômage et accumulation des dettes

Alors que des réfugiés des camps de la vallée de la Bekaa bénéficient des programmes d'aide gérés par les organisations internationales, une partie d'entre eux ne reçoivent aucune assistance.

« Bien que je sois enregistré auprès du HCR, je n'ai jamais reçu de nourriture ou d'aide pour le chauffage en hiver, ce qui m'oblige à brûler des boîtes en plastique pour le chauffage afin que nous ne mourions pas de froid », a déclaré Fares, âgé de 37 ans.

« Je travaillais dans la plomberie avec un patron libanais, mais quand la crise a frappé et que le travail a cessé, je me suis retrouvé au chômage et sans argent », a-t-il poursuivi.

« Je travaille maintenant à peine deux jours par mois pour un salaire qui n'est pas suffisant pour acheter du pain », a-t-il raconté, notant qu'il avait dû retirer de l'école sa fille Ghada, âgée de 10 ans, car il ne pouvait pas payer le bus scolaire.

« Je ne peux même pas payer le loyer de la modeste chambre dans laquelle nous vivons », a-t-il déclaré, car les dettes « commencent à s'accumuler ».

« Notre plat quotidien est désormais constitué de pommes de terre, et la viande est absente de notre table».

Prix élevés des aliments

Layla al-Khalil, une réfugiée de la campagne d'Alep qui vit maintenant à Deek el-Mehdi avec sa famille, a commencé à travailler hors de la maison pour « aider [son] mari à répondre aux besoins de base de [sa] famille, après la hausse folle du prix des aliments ».

« Je me suis retrouvée obligée de travailler après la réduction du salaire de mon mari, qui travaille chez un grossiste en fruits et des légumes », a-t-elle indiqué.

« Personne ne nous aide, parce que nous ne vivons pas dans un camp », a-t-elle déclaré. « La seule aide que nous avons reçue a été celle de Caritas, qui nous a donné 60 000 livres (40 dollars) pour couvrir le coût du bus scolaire de ma fille pendant deux mois ».

« Mon fils n'a pas reçu cette aide », a déclaré al-Khalil.

Yassin Abdel Qadir Steif, un réfugié de Maaret Misrin, ville de la province d'Idlib, qui vit maintenant à Beit al-Shaar, travaillait dans une menuiserie.

« Mais la crise a obligé le propriétaire de l'atelier à me licencier moi et un grand nombre d'employés, parce que les commandes se sont taries », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Steif, sa femme Zohour et leurs deux filles vivent dans une petite maison depuis plusieurs années, où ils paient un loyer de plus de 500 dollars.

« C'est le cinquième mois où je ne peux pas payer le loyer », a-t-il indiqué. « Le propriétaire a compris ma situation pendant un certain temps, mais aujourd'hui il m'a donné jusqu'à la fin de ce mois pour payer le loyer en retard ou quitter la maison».

« C'est un désastre, car je ne sais pas où aller avec ma famille », a-t-il continué.

Steif ne reçoit pas non plus d'aide de la part des organisations internationales qui aident les réfugiés syriens au Liban, bien que, dit-il, « j'essaie depuis des années de m'enregistrer avec ma famille auprès du HCR, mais sans succès ».

Il a déclaré qu'il essayait aujourd'hui de répondre aux besoins minimums de sa famille, ajoutant que si la crise au Liban « n'a montré aucune pitié aux Libanais, imaginez ce qu'est la situation pour nous, les réfugiés ».

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