Terrorisme

Les journalistes sont réduits au silence et opprimés dans la guerre au Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Saad, frère du journaliste yéménite Nabil Hasan al-Quaety, collaborateur de l'AFP, est assisté par des personnes en deuil pour porter son corps lors de son cortège funèbre dans le quartier de Mansoura à Aden le 4 juin. [AFP]

Les journalistes et les médias ont été réduits au silence dans le long conflit au Yémen, et ceux qui font leur travail dans les zones tenues par les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran sont les plus opprimés, ont fait savoir des observateurs.

La disparition des opinions d'opposition dans les médias est une conséquence directe des exactions dont les journalistes ont été victimes de la part de tous les belligérants, a déclaré Nabil al-Asidi, membre du bureau du Syndicat des journalistes yéménites.

Dans un rapport daté du 30 octobre, la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a indiqué que 44 journalistes avaient été tués au Yémen entre 2010 et le 30 septembre.

Les auteurs de ces crimes doivent être tenus pour responsables, a déclaré la FIJ, et ne doivent pas être autorisés à échapper à la justice.

Le conflit au Yémen, l'instabilité politique et la multiplicité des acteurs en l'absence d'autorité étatique ont contribué à créer une situation où l'impunité est la norme, a-t-elle indiqué, notant que s'y ajoute un climat d'hostilité envers la presse.

La plupart des auteurs de ces crimes sont impliqués dans la guerre en cours au Yémen, a-t-elle ajouté, soulignant également l'absence d'un pouvoir judiciaire indépendant.

« Les médias yéménites sont devenus très polarisés selon des lignes politiques et sectaires, et les professionnels des médias sont considérés par les factions belligérantes comme l'ennemi », a déclaré la FIJ.

La « guerre oubliée » au Yémen

La FIJ a déclaré que la situation au Yémen pouvait s'apparenter à une « guerre oubliée », car la faible couverture internationale du conflit a entraîné un déficit d'informations.

De nombreux journalistes ont fui le pays, mais certains de ceux qui restent continuent de rappeler au monde les ravages que le conflit continue de faire subir à la population civile, parfois au prix de leur vie, a-t-elle indiqué.

Les journalistes locaux sont les plus vulnérables au danger, et ils sont plus susceptibles de faire face aux dangers de la couverture de la guerre, a expliqué la FIJ, notant qu'à ce jour pour cette année, deux journalistes ont été tués au Yémen.

Le cameraman Badil al-Buraihi a été tué dans un attentat à la bombe des Houthis le 18 janvier, et le photojournaliste de l'AFP Nabil Hasan al-Quaety a été attaqué et assassiné par des hommes non identifiés le 2 juin devant son domicile.

Le 29 janvier 2019, le journaliste Ziyad al-Sharabi a été tué dans un attentat à la bombe alors qu'il était en reportage à al-Mokha, les Houthis étant suspectés d'être derrière l'attaque. Le photographe Ghaleb Balhach a été tué en mai.

Selon la FIJ, 20 journalistes kidnappés sont toujours portés disparus.

« Tout journaliste qui essaie de faire son travail et de remplir ses fonctions en découvrant les faits et en les rendant publics devient une cible privilégiée, pour empêcher que la vérité soit connue », a fait savoir al-Asidi.

Les Houthis sont en tête de liste pour ce qui est des exactions contre les journalistes, a-t-il déclaré.

Les Houthis en tête de liste des agresseurs

Le nombre de journalistes tués au Yémen « reflète l'hostilité de toutes les parties envers les journalistes, ce qui en fait des cibles parfaites », a indiqué à Al-Mashareq Moustafa Nasr, président du Centre d'études et des médias économiques.

Les journalistes sont visés par des assassinats directs, des meurtres ou d'autres exactions comme les disparitions forcées, les emprisonnements ou les condamnations à mort, a-t-il déclaré.

L'Observatoire des libertés des médias a enregistré les différents types de violations commises à l'encontre des journalistes, a-t-il rapporté, et les Houthis sont en tête de la liste des agresseurs.

Moustafa a appelé les organisations internationales de défense des droits de l'homme à poursuivre en justice devant les tribunaux internationaux ceux qui violent la liberté de la presse, afin de dissuader ces crimes.

L'analyste politique et journaliste Rashad al-Sharaabi a déclaré à Al-Mashareq que même si toutes les parties commettent des violations contre les journalistes, les Houthis les visent directement, sur ordre de leur chef, Abdoul Malik al-Houthi.

Al-Houthi a demandé à ses partisans de « cibler les journalistes, parce qu'ils représentent un plus grand risque [pour la milice] que les combattants sur le terrain », a-t-il rapporté.

Les exactions contre les journalistes, « vont du meurtre, de l'enlèvement et de la torture à la privation de leurs salaires », a-t-il poursuivi, notant que la plupart des journalistes travaillent pour des établissements de presse et de médias affiliés au gouvernement.

Ces organes de presse « ont été saisis par les Houthis, qui en ont pris le contrôle », a-t-il conclu.

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