Médias

Le Yémen, un pays dangereux pour les journalistes en 2018, selon un rapport

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des journalistes yéménites brandissent des pancartes en soutien à leurs collègues détenus dans des prisons houthies, lors d'une conférence de presse de l'envoyé spécial des Nations unies au Yémen le 5 mai 2016, au ministère de l'Information à Koweït. [Yasser al-Zayyat/AFP]

Un nouveau rapport sur les atteintes à la liberté des médias au Yémen a conclu que le journalisme est resté en 2018 une profession dangereuse dans ce pays ravagé par la guerre.

Ce rapport annuel, publié le 1er janvier par l'Observatoire des libertés des médias du Centre d'études et de médias économiques (CEME), a documenté 144 violations contre des journalistes et des organisations médiatiques, dont douze meurtres.

En plus de ces meurtres, ces violations ont inclus des blessures, des agressions, des enlèvements et des attaques contre les organisations médiatiques, a fait savoir le rapport.

Tous les belligérants sont coupables de mauvais traitements infligés aux journalistes, a affirmé le rapport, les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran arrivant en tête de cette liste, avec 84 violations sur tous les cas recensés.

Les belligérants pro-gouvernementaux ont commis 30 violations contre les médias, des individus non identifiés en ont commis quatorze, et les forces de la coalition arabe se sont rendues coupables de cinq violations. Onze autres ont été attribuées à d'autres parties.

Violations contre les médias

En plus des douze meurtres, les violations contre les médias ont compté 43 cas d'enlèvements et de tentatives d'enlèvements, onze cas de blessures, six tentatives de meurtre, seize emprisonnements, dix agressions et neuf licenciements, a précisé le rapport.

Il y a également eu sept menaces, cinq incursions et fouilles de logements de journalistes, douze atteintes contre les institutions médiatiques, et treize autres violations, a-t-il ajouté.

L'augmentation des violations contre les libertés de la presse a rendu le travail des journalistes au Yémen dangereux, a indiqué le rapport, les empêchant de rapporter librement les événements.

Selon le rapport, 18 journalistes étaient toujours détenus par les Houthis au moment de la publication, et l'un d'eux par le gouvernement yéménite.

Le journaliste Mohammad Mokri a été arrêté par al-Qaïda en 2015 dans l'Hadramaout, et on ne sait toujours pas ce qu'il est advenu de lui, a fait savoir le rapport.

« Le journalisme reste une profession très dangereuse au Yémen », a déclaré à Al-Mashareq Moustafa Nasr, président du CEME.

« Il semble que les dangers auxquels sont confrontés les journalistes ne sont pas près de diminuer, car le nombre de journalistes tués augmente, avec plus de 10 journalistes tués chaque année au Yémen », a-t-il poursuivi.

« L'atteinte à l'expression [des journalistes] au Yémen, en particulier dans les zones contrôlées par les Houthis, est terrifiante, certains étant arrêtés pour un simple message [sur les réseaux sociaux] », a-t-il déclaré.

« Nous espérons que le monde libre prêtera attention à la tragédie que les journalistes yéménites subissent seuls », a confié Nasr.

« Mauvais traitement délibéré » des journalistes

« Malgré le fait qu'elles ont fermé la plupart des journaux et organes de presse, les milices houthis veulent toujours commettre d'autres violations », a indiqué Nabeel al-Osaidy, membre du Syndicat des journalistes au Yémen.

« Les Houthis maltraitent de façon délibérée les journalistes, parce qu'ils considèrent qu'ils sont plus dangereux que les combattants, comme l'a dit à plusieurs reprises leur leader », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

« Pour la troisième année consécutive, les milices houthies sont en tête de la liste des groupes enfreignant les libertés de la presse au Yémen », a-t-il déclaré.

Les coupables « seront jugés un jour », a-t-il ajouté, soulignant que l'indignité de leurs violations envers la liberté de la presse restera dans les mémoires.

Les journalistes sont « les premières victimes des conflits militaires », a affirmé le politologue Waddah al-Jalil, et « ils sont pris pour cible par tous les camps, car ces derniers les considèrent comme plus dangereux que les hordes militaires qu'ils affrontent ».

« Aucun belligérant ne prête une attention particulière à la protection des journalistes », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

« Les Houthis considèrent les journalistes comme des cibles légitimes et commettent diverses violations contre eux, parmi lesquelles le meurtre », a-t-il fait savoir.

« Les autres parties commettent moins de violations contre les journalistes [...], mais ce n'est pas suffisant », a-t-il ajouté, soulignant le besoin de plus d'efforts pour protéger les journalistes et garantir leur sécurité dans les zones de conflit.

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