Terrorisme

Les entreprises liées au Hezbollah ont détourné l'argent de l'État

Nohad Topalian à Beyrouth

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Les Libanais sont descendus dans les rues après l'explosion dans le port de Beyrouth le 4 août pour rejeter la classe dirigeante et le Hezbollah. Le 17 septembre, de nouvelles sanctions américaines ont visé deux entreprises libanaises liées au Hezbollah pour avoir abusé des ressources libanaises au profit des responsables du parti. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

Les nouvelles sanctions visant deux entreprises libanaises liées au Hezbollah et un responsable lié à celles-ci font clairement comprendre que les transactions corrompues du parti seront révélées, ont indiqué des analystes libanais à Al-Mashareq.

Le 17 septembre, le Trésor américain a sanctionné Arch Consulting et Meamar Construction pour avoir été détenues, contrôlées ou dirigées par le Hezbollah.

Le sultan Khalifah Assad, membre du conseil exécutif du Hezbollah étroitement lié aux deux sociétés, a également été désigné.

« Grâce à l'exploitation de l'économie libanaise par le Hezbollah et à la manipulation de responsables libanais corrompus, les entreprises associées à l'organisation terroriste obtiennent des contrats gouvernementaux », a expliqué le secrétaire au Trésor Steven T. Mnuchin.

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Des manifestations ont éclaté contre l'élite politique, y compris le Hezbollah, après l'explosion du 4 août dans le port de Beyrouth. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

« Les États-Unis restent déterminés à cibler le Hezbollah et ses soutiens qui abusent de manière corrompue des ressources libanaises afin d'enrichir leurs dirigeants, alors que le peuple libanais souffre à cause de services inadéquats », a-t-il fait savoir.

Dans un communiqué annonçant les sanctions, le Trésor a noté que les activités du Hezbollah imprègnent tous les aspects de l'économie libanaise, y compris les secteurs de la construction et des infrastructures.

Le Hezbollah s'appuie sur Arch et Meamar pour dissimuler des transferts d'argent vers ses propres comptes, ce qui enrichit ses dirigeants et ses partisans et prive le peuple libanais de fonds dont il a grandement besoin, a-t-il annoncé.

Cela est fait en conspirant avec des responsables libanais pour diriger des contrats gouvernementaux d'une valeur de plusieurs millions de dollars vers ces sociétés, qui sont supervisées par le conseil exécutif du Hezbollah, qui reçoit également les bénéfices de ces sociétés.

L'un des responsables libanais impliqués dans ces transactions était l'ancien ministre des Transports Yousef Fenianos, qui a été sanctionné le 8 septembre, ainsi que l'ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil.

« Foyers de la corruption »

Avec leurs sanctions contre le Hezbollah, les Etats-Unis sont en mesure d'exercer une pression sur le réseau financier du parti, a fait savoir l'analyste politique Simon Abou Fadel à Al-Mashareq.

Les sanctions montrent à quel point les États-Unis « connaissent les foyers de la corruption et les opérations de contrebande d'argent en faveur du Hezbollah », a-t-il déclaré.

Khalil et Fenianos ont utilisé leurs positions pour canaliser des fonds et des contrats vers le parti « grâce à des mesures corrompues », a-t-il ajouté.

Cela permet de souligner l'ampleur de la corruption du Hezbollah, a déclaré Abou Fadel.

Les sanctions ont été imposées aux deux sociétés pour « avoir été une artère vitale pour l'acheminement de fonds vers le parti », a-t-il précisé, ajoutant que « les États-Unis s'efforcent de tarir les sources de financement du parti ».

L'analyste économique Tony Farah a déclaré à Al-Mashareq que la dernière série de sanctions « est la continuation [d'une campagne américaine de] sanctions contre toutes les personnes morales et physiques qui contribuent directement ou indirectement au financement du Hezbollah ».

Il est à noter que la dernière série de sanctions visait deux entreprises et un dirigeant du parti directement lié au chef de l'exécutif du Hezbollah, Hashem Safieddine, a-t-il indiqué.

En mai 2017, les États-Unis et l'Arabie saoudite ont publié une « désignation terroriste commune », mettant Safieddine sur liste noire.

Assad dirige l'une des deux sociétés accusées d'obtenir illégalement des contrats de l'État et d'envoyer les bénéfices générés au Hezbollah, contournant ainsi les sanctions américaines imposées au parti, a déclaré Farah.

Le peuple libanais « attache de l'importance aux sanctions, car il les considère comme un moyen viable de récupérer les fonds pillés », a-t-il ajouté.

Diminution du soutien

« Les sanctions américaines imposées aux sociétés Arch et Meamar ont révélé que les deux sociétés appartiennent à Mirage for Waste Management and Environmental Services », a indiqué l'analyste politique Rabih Tlais à Al-Mashareq.

Cette société libanaise de services environnementaux spécialisée dans le traitement des déchets appartient à Mohammed Abdoul Amir Farhat, qui a été désigné par le Trésor américain en 2017, a-t-il ajouté.

Il est également apparu qu'Arch, Meamar et Mirage sont supervisés et dirigés par Hassan Dehghan Ebrahimi, un Iranien habitant à Beyrouth chargé de faciliter les transferts de fonds vers ces sociétés, a déclaré Tlais.

Ebrahimi travaille également pour Waad Construction et Maher Trading and Construction, qui opèrent en tant que sociétés de commerce et de construction, mais qui sont utilisées pour faire de la contrebande de marchandises vers le Hezbollah, a-t-il fait savoir.

Quant à Assad, Tlais a déclaré qu'il est responsable des municipalités contrôlées par le parti, et son, travail consiste à collecter l'argent généré par les entreprises liées au Hezbollah, parmi lesquelles Arch et Meamar.

Il fait cela en obtenant des contrats du ministère des Travaux publics, notamment pour le revêtement des routes, les travaux d'assainissement, les infrastructures, l'éclairage et la restauration des antiquités dans les zones administrées par les municipalités affiliées au parti, a expliqué Tlais.

Dans les zones comme les banlieues sud, où le Hezbollah a de l'influence, les habitants commencent à exprimer leur aversion pour le parti dans des conversations privées, a-t-il rapporté, ajoutant que certains se taisent par crainte de représailles.

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