Sécurité

Qaani visite les fronts en Syrie alors que les milices soutenues par l'Iran perdent des combattants

Sina Farhadi

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Une photo publiée le 6 mars 2020 sur une chaîne de l'application Telegram associée au commandant de la FQ-CGRI, le général de brigade Esmail Qaani (à gauche), le montre saluant l'ancien parlementaire iranien Ali Mohammad Bozorgvari, probablement lors d'une visite en Syrie en février. [Archive]

Le commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI), le général de brigade Esmail Qaani, cherche à être vu chez les milices soutenues par l'Iran qui combattent en Syrie.

Après une période de désorientation suite au décès de Qassem Soleimani, l'ancien commandant de la FQ-CGRI le 3 janvier, Qaani a effectué un récent voyage sur les fronts de Syrie pour tenter de rétablir la cohésion perdue des milices, rapportent des analystes

Les récents affrontements à Alep sont probablement la raison de la présence de Qaani en Syrie, venu pour superviser et diriger les opérations militaires des milices soutenues par l'Iran.

Qaani s'est rendu dans la campagne de l'ouest d'Alep, près des villages de Nubul et Zahraa, dans la campagne du sud près de la ville de Khan Tuman, et à Jabal Azzan au sud d'Alep, selon les médias.

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Des personnes en deuil pleurent sur le cercueil d'un combattant de la brigade Fatemiyoun tué en Syrie, lors de ses funérailles, le 20 février à Mashhad en Iran. [Archive]

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Le commandant de la FQ-CGRI Esmail Qaani participe à un rassemblement le 11 février 2020 à Téhéran pour commémorer l'anniversaire de la révolution islamique en Iran. [Photo diffusée en ligne]

Il aurait également visité les lignes de front à Idlib, Hama et Latakia.

Une chaîne de l'application Telegram associée à Qaani a diffusé le 6 mars une photo de lui en Syrie, affirmant que l'image avait été prise récemment.

Le lendemain, le site The New Arab (Al-Araby Al-Jadeed) a publié un article sur la visite de Qaani en Syrie, qui s'est peut-être déroulée début février, ainsi qu'une photo de Qaani et de l'ancien parlementaire iranien Ali Mohammad Bozorgvari.

Le 4 mars, Bozorgvari a révélé la présence de Qaani en Syrie en publiant un article sur la bataille d'Alep et une photo des deux hommes s'embrassant sur le site d'informations local Baztab Dena.

Dans cet article, il a reconnu que 21 combattants de la Brigade Fatemiyoun et de la Brigade Zainabiyoun, soutenues par le CGRI, avaient été tués dans la bataille pour la ville proche d'Idlib.

Deux agents du CGRI ont également trouvé la mort dans ces combats : Asghar Pashai, qui était proche de Soleimani, et un autre connu sous le nom d'Haj Ibrahim qui était responsable des opérations de la Division Mohammad Rasulallah.

Cela montre que le plus gros des pertes dans ces affrontements est toujours subi par les forces non iraniennes affiliées à la Force Qods, notamment Fatemiyoun, composé de combattants afghans, et Zainabiyoun, composé de combattants pakistanais.

Débuts hésitants pour Qaani

« Le premier voyage de Qaani en Syrie a été effectué pour participer à la bataille d'Alep et a coïncidé avec la mort d'un grand nombre de membres afghans et pakistanais de la Force al-Qods lors des combats à Idlib », a indiqué à Diyaruna le journaliste Hossein Rajabi, qui réside à Téhéran.

« Avant la mort de Soleimani, Qaani avait servi comme commandant adjoint de la Force al-Qods et opérait principalement dans les pays à l'est de l'Iran, dont l'Afghanistan", a-t-il précisé.

« Il a joué un rôle important dans la création et l'organisation de la Brigade Fatemiyoun, et plus tard de la Brigade Zainabiyoun », a ajouté Rajabi.

« Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, lors du premier voyage de Qaani pour diriger une opération militaire, il ait fait le plus grand usage de ces forces », a déclaré Rajabi.

« Un autre point important est que la présence très visible de milices non arabes en [Syrie] renforce les rumeurs précédentes sur le mécontentement des milices arabes alliées à la Force al-Qods », a-t-il ajouté.

« Quelques jours après la mort de Soleimani, des nouvelles ont circulé sur le mécontentement des milices arabes alliées à l'Iran au sujet d'un nouveau commandant de la Force al-Qods », a-t-il expliqué. « Au Moyen-Orient, l'autorité de ces commandants est davantage liée à leur caractère individuel et à leurs relations passées qu'à leur position officielle. »

« Qaani n'a pas une telle influence dans la région arabe, même s'il a essayé d'inverser cela après la mort de Soleimani », a déclaré Rajabi.

« Il continuera à s'appuyer sur les brigades Fatemiyoun et Zainabiyoun, même si le massacre inattendu de membres de ces brigades affaiblit davantage sa position », a-t-il ajouté.

« On ne fait toujours pas entièrement confiance à Qaani en tant que chef des milices soutenues par l'Iran », a-t-il affirmé.

Les combattants afghans et pakistanais sont sacrifiés

Le mécontentement des membres de la brigade Fatemiyoun face à leur envoi sur le front en Syrie sans grande préparation militaire a déjà fait la une des journaux, a déclaré Amir Reza Taghipourian, militant politique vivant en Iran.

« Les membres de la milice se sont plaints d'avoir été envoyés en première ligne avec peu d'équipement et avant d'avoir terminé leur formation de base, et d'avoir enregistré les plus fortes pertes », a-t-il indiqué à Diyaruna.

« Selon une étude publiée en 2018, 45 combattants de Fatemiyoun sont tués en moyenne chaque mois », a-t-il déclaré. « Comme beaucoup de ces individus n'ont rejoint ces brigades qu'en échange d'un petit salaire mensuel et d'une garantie de résidence de leur famille en Iran, de telles pertes peuvent mettre à mal leur moral. »

« J'ai entendu certains Afghans qui ont des liens avec ces individus dire avec colère et mécontentement qu'ils sont devenus de la chair à canon », a rapporté Taghipourian.

« Ils s'estiment maltraités et que leur vie n'a aucune valeur pour le haut commandement. »

« Ils disent que généralement, lors de violents affrontements, les combattants étrangers de la Force al-Qods sont envoyés au début [de la bataille] pour laisser suffisamment de temps [aux commandants] pour mesurer l'étendue de la menace, » a-t-il indiqué. « Ce n'est qu'après, dans la deuxième phase, que les forces iraniennes entrent sur le champ de bataille. »

« C'est la raison pour laquelle le nombre de victimes de Fatemiyoun est très élevé », a-t-il conclu.

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Politique Commentaire

L'Iran devrait défendre ses propres frontières. Dépenser de l'argent supplémentaire n'est pas dans l'intérêt de l'Iran.

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