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Qaani peut-il être aussi influent que Soleimani ?

Faris al-Omran

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Le nouveau commandant de la Force al-Qods du CGRI, Esmail Qaani (à droite) à côté de son prédécesseur, Qassem Soleimani, sur une photo diffusée en ligne après la mort de Soleimani.

S'il semble évident que le nouveau commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI), le général de brigade Esmail Qaani, aura du mal à prendre la place de son prédécesseur, les analystes indiquent qu'il est susceptible de suivre une voie similaire.

Qassem Soleimani, tué le 3 janvier à Bagdad dans un raid aérien américain, était globalement perçu comme l'homme le plus puissant d'Iran, après le guide suprême Ali Khamenei.

Qaani, qui a été nommé par Khamenei immédiatement après la mort de Soleimani et qui doit assurer la continuité plutôt que le changement, n'a pas le même statut à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Iran, et n'est pas susceptible de l'atteindre, ont fait savoir des analystes à Al-Mashareq.

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Le nouveau commandant de la Force al-Qods du CGRI, Esmail Qaani, sur cette photo postée en ligne après la mort de Soleimani le 3 janvier.

Malgré la poigne de fer et l'autorité qu'il exerce dans la poursuite du programme extérieur du régime iranien, Qaani ne sera probablement pas capable de faire face aux défis croissants auxquels le CGRI et ses intermédiaires sont confrontés dans les conflits dans lesquels ils sont impliqués, ont-ils déclaré.

Soleimani était un personnage extraordinaire dans la mesure où il ne répondait à personne d'autre que Khamenei, a expliqué à Al-Mashareq l'analyste militaire et stratégique Hatem al-Falahi.

Il était considéré comme très puissant en raison de sa relation étroite et de confiance avec le guide suprême, et il a pu utiliser cette influence pour construire un vaste réseau d'agents pro-iraniens dans la région qui suivaient ses ordres.

La mort de Soleimani « a causé beaucoup de confusion, en particulier dans les relations et la gestion des milices affiliées à l'Iran », a déclaré al-Falahi.

Qaani doit « combler le vide laissé par son prédécesseur et trouver comment garder le régime intact face à l'opposition populaire à son influence en Irak, au Liban et en Syrie », a-t-il poursuivi.

Il doit également trouver le moyen de maintenir un contrôle ferme sur les milices, a ajouté al-Falahi, soulignant que l'on peut douter de la capacité de Qaani à unir les milices.

Le régime face à la colère du peuple

Alors que la situation économique se détériore en Iran à cause de la mauvaise gouvernance et des sanctions, le peuple iranien est confronté à une dégradation rapide de ses conditions de vie.

Or les manifestations contre ces conditions ont fait l'objet d'une répression brutale qui n'a fait qu'accroître le ressentiment envers le régime, a rapporté al-Falahi.

Face à la colère du peuple, les dirigeants iraniens, y compris Qaani, ont maintenu un ton hostile envers l'Occident, a rapporté Issam al-Fayli, qui enseigne la politique à l'université al-Mustansiriya.

Ils espèrent ce faisant que les références constantes à l'assassinat de Soleimani détourneront les Iraniens de leurs problèmes et feront gagner du temps au régime pour éviter « une spirale descendante », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Bien que les dirigeants iraniens préfèrent éviter une escalade avec la communauté internationale en ces temps difficiles, a déclaré al-Fayli, les relations de l'Iran avec ses agents extérieurs sont toujours sur la même voie que celle suivie par Soleimani.

Qaani, qui est connu pour son approche extrémiste de l'idéologie du régime, à laquelle il a adhéré et qu'il a défendue pendant des décennies, essaie maintenant de remplir la mission de Soleimani, a déclaré al-Fayli.

Des milices poussées à la loyauté

Le 13 janvier, Qaani et Mouqtada al-Sadr, un religieux irakien devenu milicien, ont rencontré à Qom les plus hauts dirigeants des milices irakiennes soutenues par l'Iran, dans le but de former un « conseil de résistance » contre la présence étrangère dans la région.

Les dirigeants iraniens, et en particulier Qaani, souhaitaient que cette réunion de « réconciliation » signale que le régime iranien est « toujours influent et contrôle les factions armées [loyales] », a indiqué al-Fayli.

Ces factions, qui sont toutes confrontées à des pressions similaires dans le contexte de la récente escalade régionale, ont répondu rapidement à Qaani dans ce qui a été le premier test de sa capacité à poursuivre la mission commencée par Soleimani, a-t-il déclaré.

Ce sont ces agents que l'Iran utilise dans la lutte pour défendre son existence selon son prisme idéologique et politique, a expliqué le politologue Khattab al-Azzawi à Al-Mashareq.

Il est évident que ces factions ont assumé le fardeau de cette responsabilité et ont pris la décision de rester sous les auspices de l'Iran, a-t-il indiqué, car la chute d'une partie signifie la chute de toutes.

« Comme son prédécesseur, Qaani est un partisan de la ligne dure, qui rejette l'idée de capituler et de sacrifier des gains ou encore de faire des concessions », a conclu al-Azzawi.

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