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Le Royaume-Uni étend les mesures de gel des avoirs du Hezbollah

Nohad Topalian à Beyrouth

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Des membres du Hezbollah libanais lors d'un défilé militaire. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Le gouvernement britannique a récemment étendu ses mesures de gel des avoirs à l'encontre du Hezbollah libanais, dans une démarche ciblant davantage les finances du groupe.

Cette mesure, entrée en vigueur le 17 janvier, vise l'ensemble du parti en vertu de la loi de 2010 sur le gel des avoirs terroristes, ce qui signifie que son aile politique sera désormais soumise à des mesures de gel des avoirs, en plus de son aile militaire.

Dans un arrêt du 28 février 2019, le Royaume-Uni a désigné l'ensemble du Hezbollah comme organisation terroriste, indiquant qu'il était impossible de faire la distinction entre les ailes politique et militaire du parti.

Il n'avait auparavant soumis que l'aile militaire du Hezbollah à un gel des avoirs.

Cette mesure du Royaume-Uni est « une décision logique compte tenu de la voie que le parti suit actuellement », a affirmé Moustafa Allouch, responsable du Mouvement du futur et ancien député de Tripoli.

Il ne devrait pas y avoir de distinction entre les ailes militaire et politique du Hezbollah, a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Le Hezbollah était et reste toujours étroitement lié au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran, a-t-il déclaré, notant que toute décision s'appliquant au CGRI doit également s'appliquer à la milice libanaise.

La décision du Royaume-Uni pourrait certes avoir un impact négatif sur l'économie du Liban, qui est déjà en difficulté, a-t-il fait savoir, mais elle est destinée à tarir les sources de financement de la milice.

Le pays « récolte les fruits des actions du Hezbollah depuis des années au Liban et dans le monde », a expliqué Allouch.

Tarissement des sources de financement

La décision du Royaume-Uni intervient dans un contexte d'escalade entre l'Iran et l'Occident, qui a vu « une pression accrue pour tarir les sources de financement du parti, ainsi que pour restreindre son activité politique », a déclaré Tony Farah, rédacteur économique d'al-Joumhouriya.

Le Hezbollah est un handicap pour l'économie et les marchés financiers libanais, a-t-il indiqué à Al-Mashareq, soulignant que l'économie du pays est fortement dépendante des investissements et du tourisme du Golfe.

La décision du Trésor britannique « s'inscrit dans un contexte de pression croissante sur le Hezbollah et ouvre la voie aux pays de l'Union européenne pour qu'ils prennent une décision similaire à l'avenir », a déclaré le journaliste et analyste politique libanais Tony Abi Najm.

Elle impactera gravement la capacité du parti à agir politiquement et financièrement, et ouvrira la voie à des mesures punitives ultérieures, a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Elle soumettra le Hezbollah à de nouvelles pressions, ce qui pourrait l'amener à un point de crise et forcer le parti et l'Iran à faire des concessions, a-t-il ajouté.

L'initiative du Royaume-Uni est conforme aux « mesures prises par les États-Unis », a-t-il poursuivi, qui vont de l'imposition de sanctions au Hezbollah et à l'Iran à la mise à mort de Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique.

Le Hezbollah subit des pressions pour faire marche arrière, a-t-il ajouté, « car la poursuite de ces politiques expose le Liban dans son ensemble à de nouvelles sanctions ».

Besoin d'aide de l'étranger

« Nous sommes aujourd'hui dans une impasse financière, économique et sociale », a déclaré mercredi 22 janvier le nouveau Premier ministre libanais Hassan Diab, après la première réunion de son nouveau cabinet.

Diab, universitaire de 61 ans et successeur de Saad al-Hariri, a été jeté dans le grand bain pour sa première expérience sur la scène politique et a admis que la situation dont il a hérité était très difficile, a rapporté l'AFP.

« Nous sommes confrontés à une catastrophe », a-t-il affirmé.

Les sanctions occidentales contre le Hezbollah s'accumulent et les économistes ont fait savoir que le nouveau gouvernement pourrait avoir du mal à obtenir l'aide dont il a tant besoin.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a appelé le nouveau gouvernement à mettre en place de sérieuses réformes pour répondre au double défi de l'effondrement économique et des manifestations.

« Seul un gouvernement capable et engagé à entreprendre des réformes réelles et tangibles pourra restaurer la confiance des investisseurs et débloquer l'aide internationale pour le Liban », a-t-il ajouté.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré qu'il ferait « tout pendant cette crise profonde qu'ils traversent, pour aider ».

Le Liban « a besoin d'une aide extérieure s'il veut surmonter sa crise », a déclaré Farah.

Le pays doit élaborer un plan, avec le FMI comme partenaire, pour sauver son économie, a-t-il affirmé.

Ce qu'il faut, c'est « un plan de sauvetage à long terme d'au moins cinq ans comprenant le plan financier général de l'État et la recapitalisation des banques et du secteur privé pour les remettre sur pied afin d'attirer les investissements ».

Cela devrait s'accompagner de réformes stipulées par la communauté internationale comme condition pour aider le Liban à sortir de sa crise, a conclu Farah.

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