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L'interdiction de la monnaie nationale par les Houthis entraîne la suspension des salaires

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des sympathisantes des Houthis récoltent de l'argent pour soutenir les milices houthies qui combattent les forces gouvernementales yéménites dans la ville portuaire d'al-Hodeidah, lors d'un rassemblement à Sanaa le 10 novembre 2018. [Mohammed Huwais/AFP]

La décision des Houthis soutenus par l'Iran d'interdire l'utilisation de nouveaux billets de banque a entraîné la suspension des salaires de milliers de fonctionnaires.

La milice a publié le 19 décembre un décret interdisant l'utilisation des nouveaux billets imprimés par la Banque centrale légitime contrôlée par le gouvernement à Aden dans les provinces sous son contrôle.

Environ 100 000 fonctionnaires de Sanaa, dont les salaires sont versés par la Banque centrale à Aden, ont été touchés par cette décision, car leurs salaires sont payés avec les nouveaux billets.

Le décret des Houthis a également fixé un délai d'un mois pour que les citoyens se débarrassent des nouveaux billets en leur possession, car le groupe compte les confisquer après le 18 janvier.

En réponse, le gouvernement yéménite a suspendu le 2 janvier le versement des salaires aux fonctionnaires de cinq agences gouvernementales dans les zones contrôlées par les Houthis.

Il a également gelé les procédures pour résoudre la crise des salaires suspendus dans de nombreux secteurs, qui existe depuis 2016.

Le gouvernement, par l'intermédiaire de la Banque centrale d'Aden, a régulièrement payé les salaires des employés du ministère de la santé, des retraités civils, des employés de la justice et des professeurs de l'université de Sanaa, en plus des employés de l'Agence de contrôle et de comptabilité.

En plus de dizaines de milliers d'employés, 40 000 retraités dans les zones contrôlées par les Houthis ne reçoivent plus leur retraite, a déclaré le ministre de l'Information Muammar al-Eryani le 30 décembre.

C'est l'une des premières conséquences de l'interdiction imposée par la milice sur l'utilisation de la nouvelle monnaie nationale, a-t-il fait savoir.

Les Houthis ont pris cette mesure pour pouvoir acheter des devises fortes et les utiliser pour spéculer sur le marché noir, a-t-il expliqué, preuve supplémentaire que la milice « poursuit une politique d'appauvrissement et de famine systématique des citoyens ».

Répercussions importantes

« Ce décret est catastrophique et aura des répercussions humanitaires, économiques et politiques importantes », a déclaré à Al-Mashareq Moustafa Nasr, président du Centre des études et des médias économiques.

Cela conduira à une plus grande stagnation économique et à la spéculation sur les devises, ainsi qu'à une augmentation du coût opérationnel des biens et services, et par conséquent à de nouvelles hausses de prix, a-t-il indiqué.

Cela « ouvrira également la porte à l'extorsion et revitalisera le marché noir pour le commerce des devises », a-t-il ajouté.

La suppression du salaire de milliers d'employés « aggravera le problème humanitaire au Yémen et entraînera une nouvelle détérioration à tous les niveaux », a affirmé Nasr.

La milice houthie aggrave encore le fardeau et la souffrance humaine des habitants des zones qu'elle contrôle « afin d'atteindre les objectifs de l'Iran et de son Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans la région », a déclaré l'économiste Abdel Aziz Thabet à Al-Mashareq.

Les Houthis « pillent les économies des Yéménites » avec leur dernier décret sur la confiscation des nouveaux billets de banque, a-t-il poursuivi.

L'objectif de la milice est de « manipuler l'économie et de se livrer à la spéculation monétaire, comme en témoigne le fait que son décret appelle à la confiscation et non à la destruction [des nouveaux billets] », a-t-il déclaré.

Elle cherche à récupérer ces billets pour acheter des devises fortes dans les provinces contrôlées par le gouvernement afin d'y accroître l'offre monétaire, ce qui entraîne une baisse de la valeur du riyal yéménite par rapport aux devises étrangères, a-t-il expliqué.

Ce décret a étouffé les banques locales et mis beaucoup d'entre elles, ainsi que de nombreux entrepreneurs, en danger de suspendre leurs activités commerciales, a déclaré l'économiste Abdoul Jalil Hassan.

L'une des premières répercussions négatives est « la grande différence du taux de change des devises étrangères entre Sanaa et Aden, qui encourage la spéculation sur les devises et perturbe l'économie », a-t-il conclu.

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