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Piraterie, collisions, missiles : les pétroliers en eaux troubles

AFP

Une photo obtenue par l'AFP auprès de l'Agence iranienne de presse estudiantine (ISNA) le 13 juin montrerait un incendie et de la fumée sur le pétrolier norvégien Front Altair, qui aurait été attaqué dans le golfe d'Oman. [ISNA/AFP]

Des pétroliers comme ceux qui ont apparemment été attaqués jeudi 13 juin dans le golfe d'Oman naviguent dans des eaux de plus en plus dangereuses et sont confrontés à des dangers croissants de piraterie et de collision, ainsi qu'à des risques géopolitiques.

Selon l'Energy Information Administration (EIA) des États-Unis, environ 60 millions de barils de produits pétroliers circulent chaque jour sur les mers du globe.

Et environ un tiers de ce volume passe par le détroit d'Ormuz, un passage maritime critique.

Cette voie navigable est la voie principale pour les exportations de pétrole brut en provenance d'Arabie saoudite, d'Iran, des Émirats arabes unis, du Koweït et d'Irak. C'est aussi une voie essentielle pour les exportations de gaz naturel du Qatar.

Parmi les autres voies navigables hautement stratégiques se trouvent le détroit de Malacca, entre Singapour et l'Indonésie, le canal de Suez en Égypte et le détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden.

« Le blocage d'un point d'étranglement, même temporaire, peut entraîner une augmentation substantielle du coût total de l'énergie et des prix mondiaux de l'énergie », a fait savoir l'EIA dans un rapport de 2017.

« Ces points d'étranglement rendent également les pétroliers vulnérables au vol par les pirates, aux attaques terroristes, aux troubles politiques sous forme de guerres ou d'hostilités, et aux accidents maritimes qui peuvent entraîner des marées noires désastreuses. »

Alexander Booth, responsable de l'analyse de marché chez Kpler, a indiqué que les pétroliers sont habitués à naviguer avec un risque de piraterie, en particulier dans les zones comme le détroit de Malacca et le golfe d'Aden, près de la Somalie.

« Historiquement, la plus grande menace militaire ou terroriste est la piraterie », a affirmé Booth. « Au large des côtes de la Somalie, par exemple, lorsqu'ils traversent certaines zones, ils font souvent circuler l'information qu'ils ont des gardes à bord. »

Booth a déclaré que des attaques comme celles soupçonnées jeudi sont « très rares ».

« L'Iran pourrait causer des dégâts »

Les incidents de jeudi surviennent environ un mois après les attaques contre quatre navires, dont trois pétroliers, ancrés au large du port de Fujairah aux Émirats arabes unis. Comme pour les incidents de jeudi, ces attaques de mai ont ravivé les tensions entre les États-Unis et l'Iran.

Anthony Cordesman, analyste de sécurité nationale au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), a expliqué que l'Iran pourrait causer d'énormes torts.

L'Iran « n'a pas à déclencher de guerre majeure », a écrit Cordesman dans un commentaire sur le site du CSIS. « Il peut lancer des attaques sporadiques de bas niveau ne provoquant pas nécessairement une forte réaction américaine ou arabe, mais causant l'augmentation du prix du pétrole à cause des risques et étant l'équivalent d'une guerre d'attrition. »

Un autre risque est la décision de l'Iran de fermer le système d'identification automatique (SIA) pour aider les pétroliers à échapper aux sanctions américaines sur le pétrole brut iranien, a rapporté Matt Smith de ClipperData.

Le SIA est utilisé par les services de trafic maritime et permet aux navires de savoir si d'autres vaisseaux se trouvent à proximité.

« Un nouveau danger est le risque accru de collisions dû au fait que les navires coupent leur SIA », a prévenu Smith.

En janvier 2018, le pétrolier iranien Sanchin, qui transportait 136 000 tonnes de pétrole brut léger, a ainsi pris feu après avoir heurté un vraquier dans un accident mortel.

Les compagnies maritimes sont conscientes de ces risques et peuvent changer de cap en conséquence, selon Booth, précisant que les routes peuvent être modifiées pour réduire les distances, mais aussi en raison de l'activité des raffineries, des spécifications des produits et des facteurs économiques.

« Une cargaison de produits pourrait faire demi-tour au milieu de l'Atlantique une demi-douzaine de fois avant d'atteindre sa destination », a-t-il fait savoir.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, environ 94 000 bateaux cargos naviguent dans le monde.

Les navires transportant des matières premières solides comme le charbon ou les céréales représentent la plus grande part des marchandises maritimes mondiales en tonnage, à savoir 42,5 %. Ceux qui transportent du pétrole brut ou des produits transformés représentent 30 %.

De plus, 5,6 % du trafic maritime est constitué de navires-citernes contenant du gaz naturel liquéfié et des produits chimiques.

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