Politique

Des militants yéménites demandent la résolution de la crise du Safer

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Cette photo prise le 14 juillet 2019 montre le navire sur lequel s’est tenue une réunion du Comité de coordination du redéploiement (CCR) des Nations unies au large de la ville portuaire yéménite d’al-Hodeidah. [AFP]

Des militants yéménites ont lancé jeudi 27 août un appel urgent pour permettre aux équipes des Nations unies d’accéder immédiatement au terminal Safer qui rouille, afin d’éviter une catastrophe écologique, humanitaire et économique en mer Rouge.

Le terminal flottant de stockage et de déchargement (FSO) Safer, amarré au large du port de Ras Isa dans la province d’al-Hodeidah contrôlée par les Houthis, contient près de 1,14 million de barils de pétrole brut. C’est une catastrophe écologique en attente.

Le Safer n’a subi aucune maintenance depuis cinq ans qu’il est sous le contrôle des Houthis, qui ont refusé à plusieurs reprises d’en accorder l’accès à une équipe d’experts des Nations unies pour effectuer une évaluation.

Les signataires de cet appel, plus de cent journalistes, militants et personnalités publiques du Yémen et d’autres pays de la mer Rouge, appellent à dissocier la question du Safer des considérations politiques et à le traiter comme une crise purement humanitaire.

La communauté internationale et les organisations environnementales mondiales doivent œuvrer pour empêcher une catastrophe en mer Rouge, ont-ils déclaré dans un communiqué. Si les Houthis « continuent à retarder la résolution de la crise, la communauté internationale devra s’en charger ».

Si le pétrole du Safer est vendu, les recettes devront être allouées aux opérations d’aide à Tihama, et au versement des salaires des employés des secteurs de la santé et de l’éducation, a ajouté la déclaration.

« La communauté internationale et les Nations unies doivent faire tout leur possible pour empêcher que des questions humanitaires ou la vie de civils et leurs droits soient utilisés comme outils de pression dans la guerre en cours », a-t-elle précisé.

Dans une déclaration faite au quotidien Al-Sharq al-Awsat jeudi, l’ambassadeur du Royaume-Uni au Yémen Michael Aron a indiqué que les Houthis refusaient de décharger la cargaison du Safer.

« À ce stade, les Houthis veulent réparer le pétrolier Safer [...] sans décharger le pétrole qui se trouve à son bord », a-t-il fait savoir, notant que les ingénieurs de l’ONU n’avaient pas encore reçu la permission d’y accéder des Houthis et se trouvent toujours à Djibouti.

« Nous attendons un accord entre les Nations unies et les Houthis », a-t-il déclaré, et bien que les Houthis aient exprimé des doutes sur le plan de l’ONU, « je pense que certains progrès ont été réalisés ».

Le secrétaire général des Nations unies a demandé le 14 août aux Houthis d’accorder aux experts techniques des Nations unies un « accès inconditionnel » au Safer « sans délai » afin de procéder à des réparations d’urgence.

« Chantage politique »

Les Houthis utilisent le pétrolier déserté Safer comme « un moyen de chantage politique pour atteindre leurs objectifs et réaliser le programme de l’Iran dans la région », a affirmé le politologue Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

Le 12 juillet, ils ont accepté d’accorder aux inspecteurs onusiens la permission d’inspecter le pétrolier, avant de revenir ensuite sur leur promesse.

Les Houthis ont l’intention d’utiliser la crise comme une « bombe à retardement » qu’ils peuvent menacer de faire exploser au cas où l’armée yéménite agirait pour libérer al-Hodeidah, a expliqué Ahmed.

Ils ignorent les dangers d’une marée noire depuis le pétrolier rouillé, bien qu’ils sachent que cela risque de se produire, a-t-il ajouté, et c’est pourquoi ils l’utilisent comme une arme politique pour « maintenir leurs acquis sur le terrain ».

« Le gouvernement yéménite a accepté sans condition toutes les solutions proposées par les Nations unies concernant l’entretien du pétrolier, mais les Houthis acceptent de laisser les experts de l’ONU à bord pour ensuite faire marche arrière », a déclaré Ahmed.

« Cela s’est produit l’année dernière, et à nouveau le mois dernier avant la session du Conseil de sécurité des Nations unies », a-t-il rappelé en conclusion.

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