Politique

L’appel du patriarche en faveur de la neutralité gagne du terrain au Liban

Tamer Abou Zaid à Beyrouth

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Le patriarche maronite du Liban Bechara Boutros al-Rahi rencontre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à Bekerke le 23 juillet. [AFP]

Dans un message délivré lors des récents sermons dominicaux, et répété lors de rencontres avec divers législateurs, le patriarche maronite Bechara Boutros al-Rahi a appelé le Liban à revenir à sa politique de neutralité et à restaurer son unité nationale.

Son appel a trouvé un large soutien, mais a été vivement critiqué par le Hezbollah, car il a été globalement interprété comme une condamnation de l’implication continue du Hezbollah dans les conflits régionaux.

Le Hezbollah a déployé des forces pour combattre en Syrie en violation de la politique de dissociation adoptée par les gouvernements libanais successifs, et a également fourni un entraînement militaire aux Houthis (Ansarallah) soutenus par l’Iran au Yémen.

Dans leur réponse au message du patriarche maronite, des partisans du Hezbollah sont allés jusqu’à l’accuser de trahison, le décrivant comme un agent des puissances étrangères.

Par son message, al-Rahi cherche à attirer l’attention sur la politique de dissociation que le Liban a adoptée et à promouvoir l’unité nationale afin d’aider le pays à sortir de la crise économique et politique actuelle.

Un retour à ces valeurs aiderait le Liban à remplir les conditions qui l’empêchent d’accéder à une aide internationale complète.

Le Liban est au « point de rupture »

L’appel d'al-Rahi à la neutralité du Liban est approprié et opportun, car la crise financière a atteint un point de rupture, a déclaré Mohammed al-Hajjar, député libanais et membre du Courant du Futur.

« La situation du pays a atteint un point [au-delà duquel nous] ne pouvons plus continuer », a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

La communauté internationale ne s’engagera pas avec le Liban tant qu’il permettra au Hezbollah d’interférer dans les affaires des pays de la région sous la direction du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d’Iran, a-t-il déclaré.

Elle ne s’engagera pas non plus avec le Liban pour l’aider à sortir de sa crise actuelle tant que le pays ne mettra pas en œuvre les réformes nécessaires, a-t-il ajouté.

La politique de dissociation est importante, car elle garantit que le Liban ne devienne pas une arène pour les conflits régionaux, a déclaré al-Hajjar, notant que les factions libanaises ont adopté cette politique dans la Déclaration de Baabda de 2012, sur laquelle le Hezbollah est ensuite revenu.

Al-Hajjar a critiqué le Hezbollah pour avoir ignoré l’appel du patriarche, déclarant que le parti « n’a rien écouté », a-t-il indiqué.

« Nous, les Libanais, devons penser à notre intérêt national et nous distancer de tous ces conflits », a-t-il affirmé, ajoutant que le Hezbollah doit cesser d’intervenir dans d’autres pays, car ces actions finissent par nuire au Liban.

La neutralité est la solution

Tout espoir de sortir de la situation actuelle repose sur la reconnaissance internationale de la neutralité juridique du Liban, a déclaré la dissidente chiite Mona Fayyad à Al-Mashareq.

Le Hezbollah n’a pas le droit de garder ses armes, a-t-elle indiqué, accusant le parti de s’engager dans le terrorisme par « le recours illégal à la violence ».

Les Libanais « ont un ensemble de demandes simples », a fait savoir le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lors d’une conférence de presse le 15 juillet.

« C’est vraiment très simple », a-t-il déclaré. « Ils ne veulent pas de corruption. Ils veulent un gouvernement qui soit à l’écoute du peuple. Ils veulent un gouvernement qui ne soit pas soumis à l’influence d’un groupe terroriste désigné, le Hezbollah. »

« Ils veulent ce que les gens veulent dans le monde entier », a-t-il indiqué.

« C’est ce qu’ils réclament dans la rue ; ils veulent que l’activité économique de base soit restaurée ; ils veulent que les impôts soient perçus de manière équitable », a poursuivi Pompeo.

« Ce sont les choses que le peuple libanais réclame. Il devrait continuer à les exiger », a-t-il conclu.

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