Médias

Un rapport accuse les Houthis de cibler les journalistes à Sanaa

Par Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des journalistes yéménites portent des affiches pour soutenir leurs collègues détenus dans des prions Houthis au Yémen dans cette photo d'archive du 5 mai 2016 lors d'une conférence de presse au ministère de l’information à Koweït City. [Yasser al-Zayyat/AFP]

Les responsables yéménites et les militants des droits de l'homme accusent les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran de délibérément cibler les journalistes et les institutions des médias pour éliminer tous les témoins de leurs crimes contre les civils.

Dans un rapport publié à l'occasion de la Journée mondiale pour la liberté de la presse (3 mai), le Bureau des droits de l'homme à Sanaa documente plusieurs violations commises par les Houthis contre les journalistes au quartier administratif de Sanaa.

Le rapport intitulé « Assassinat du mot » énumère 6.291 violations commises par la milice contre des journalistes, des professionnels en médias et des institutions des médias à Sanaa durant la période entre le 21 septembre 2014 et le 30 avril 2020.

« La liberté des médias et de la presse au Yémen traverse la pire période de son histoire, commençant depuis le coup d'État mené par les Houthis soutenus par l'Iran», a annoncé le ministre de l'Information Muammar al-Eryani dans un communiqué le 3 mai.

« Nous nous rappelons des dizaines de martyrs, journalistes et professionnels des médias qui ont été assassinés » par les Houthis, poursuit-il.

La nation se rappelle aussi de ceux qui sont détenus dans des centres d'incarcération Houthis jusqu’à cinq ans, a-t-il indiqué, « pendant laquelle ils ont été soumis à la torture psychologique et physique et des procès illégaux ».

Quatre de ces prisonniersrisquent maintenant des peines de mort, a-t-il dit.

Les journalistes dans les zones contrôlées par les Houthis continuent de travailler dans un environnement que Reporters sans frontières a qualifié de « l'un des environnements les plus dangereux et les plus hostiles au monde », a-t-il affirmé.

'Pires moments' pour les médias à Sanaa

« Le journalisme traverse ses pires moments», à Sanaa en particulier, et dans les zones contrôlées par les Houthis en général, a affirmé le directeur général du bureau des droits de l'homme à Sanaa Fahmi al-Zubairi à Al-Mashareq.

« Les violations énumérées par le rapport sont divisées en 17 catégories», a-t-il expliqué.

Elles comprennent des exécutions extrajudiciaires, des tentatives de meurtre, l'enlèvement arbitraire, la disparition forcée, les procès politiques, blessures, torture, détention, assaut physique, assignation à domicile et pillage d'institutions des médias, a-t-il signalé.

Elles comprennent aussi l'exclusion, l'abus, licenciement, pillage de l'aide alimentaire destinée aux professionnels des médias et le déplacement forcé, a-t-il confié.

Al-Zubairi a précisé que les Houthis ont adopté une politique de « faire taire les voix pour effacer le rôle » des institutions des médias, qu'ils ont saisi par force et les font subjuguer à sont contrôle.

Les Houthis ont essayé d'éliminer « toute voix des médias qui expose leurs violations et actions contre les civils », a-t-il ajouté.

Des centaines de journalistes et professionnels des médias et leurs familles ont été déplacés de leurs maison à cause « de dangers, peur, persécution et menaces continues par les Houthis », a confié al-Zubairi.

Le rapport du 3 mai a été préparé par l'équipe de surveillance et de documentation du bureau des droits de l'homme de Sanaa.

« L'équipe de surveillance a travaillé dans des conditions très dangereuses pour obtenir les statistiques documentées, prouvant l'implication des Houthis dans les crimes commis contre des civils au quartier administratif à Sanaa», a-t-il affirmé.

L'équipe a suivi la « méthodologie d'enquête et d'interrogation, des visites sur le terrain, des interviews personnelles avec les victimes et leurs proches, la vérification de témoignages des témoins et le tri, analyse et confirmation de la véracité des donnés ».

Les journalistes ont été des cibles

L'avocat et le militant des droits de l'homme Abdoul Rahman Berman a noté le grand nombre de violations commises, signalant qu'elles sont concentrées à Sanaa.

La ville est la capitale du Yémen, a-t-il affirmé, et « il est naturel que les institutions des médias, les chaînes satellite, les stations radios locales, les journaux et sites d'informations y soient concentrés ».

Les Houthis ont envahi Sanaa en septembre 2014, et le gouvernement légitime a choisi plus tard Aden comme capitale temporaire du pays.

« Plusieurs journalistes ont été déplacés de Sanaa et certains ont commencé des activités différentes, pour assurer un revenu minium pour eux et leurs familles», a confié l'analyste politique Faissal Ahmed à Al-Mashareq.

Il a accusé les Houthis d'utiliser des équipes pour surveiller les publications sur les réseaux sociaux hostiles à la milice ou qui critiquent ses efforts à faire taire les voix de l'opposition.

« Les Houthis ont arrêté par force entre 250 et 300 journalistes dans les zones sous leur contrôle ces dernières années», a indiqué le membre du conseil d'administration de l'Union des journalistes yéménites Nabil al-Osaidi.

Les journalistes sont détenus « pour des périodes variées, et 14 d'entre eux sont toujours dans les prisons Houthis », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

Lorsque les Houthis ont envahi Sanaa, a ajouté al-Osaidi, ils ont saisi les institutions des médias et détenu les journalistes « pour ne laisser aucun témoin à leurs crimes et s'assurer qu'ils ne sont pas exposés au monde ».

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