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Les bahaïs du Yémen craignent de nouvelles persécutions par les Houthis

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Les acheteurs se pressent sur un marché de Sanaa, ville sous le contrôle des Houthis où la communauté bahaïe a été persécutée. [Mohammed Huwais/AFP]

La communauté internationale bahaïe s'est récemment inquiétée du fait que les bahaïs du Yémen, une minorité religieuse qui a été systématiquement ciblée par les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran, semblent être destinée à subir de nouvelles persécutions.

En septembre, un procureur des Houthis a demandé à une cour d'appel de confirmer la décision d'un tribunal inférieur de « déporter immédiatement » les bahaïs du Yémen, d'interdire leur retour et de les empêcher d'exprimer leurs croyances religieuses.

« Avec cette décision, il viserait et menacerait toute une communauté religieuse au Yémen, qui ne souhaite rien d'autre que contribuer au progrès de son pays », a déclaré Diane Alai, représentante de la communauté auprès des Nations unies.

Dans une déclaration, elle a prévenu que les bahaïs du Yémen pourraient être confrontés à « l'apatridie et l'expulsion, la confiscation des biens et la menace d'extermination dans le pays ».

En mai 2017, le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de croyance a mis en garde contre une « escalade de la persécution constante de la communauté bahaïe de Sanaa qui reflète la persécution subie par les bahaïs vivant en Iran ».

« De nombreuses familles bahaïes yéménites de Sanaa ont quitté leur foyer et vivent dans la peur constante », avait alors alerté Ahmed Shaheed, expert en droits de l'homme.

Le harcèlement contre les bahaïs équivaut à de la persécution religieuse, a-t-il déclaré, ajoutant qu'il est « inacceptable que quiconque, y compris les personnes appartenant à des minorités religieuses, soit pris pour cible ou victime de discrimination en raison de sa religion ou de ses croyances».

« Les autorités de facto des Houthis à Sanaa doivent cesser de convoquer ou d'arrêter les bahaïs et libérer immédiatement tous les bahaïs détenus arbitrairement », a-t-il déclaré.

Ses déclarations ont été faites peu après que les autorités de Sanaa ont convoqué 25 bahaïs pour qu'ils comparaissent devant un tribunal, les poussant à renoncer à leur foi, et suite à une précédente rafle de la minorité religieuse en 2016 au cours de laquelle 60 personnes avaient été arrêtées.

Six bahaïs sont toujours détenus à Sanaa, selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).

Parmi eux se trouve Hamid ben Haydara, leader de la communauté bahaïe emprisonné depuis 2013 et dont la condamnation à mort a été confirmée par une cour d'appel le 17 septembre.

Cela a fait naître de nouvelles craintes d'expulsion massive au sein de la communauté bahaïe.

Solidarité avec les bahaïs

Bien que les Houthis aient persécuté les communautés bahaïes dans les zones sous leur contrôle, le groupe minoritaire a trouvé le soutien et la solidarité des représentants du gouvernement yéménite et des militants des droits de l'homme.

« Les préoccupations de la communauté bahaïe sont factuelles et réelles », a déclaré à Al-Mashareq Nabil Abdoul Hafeez, vice-ministre yéménite des Droits de l'homme.

Toutes les organisations humanitaires doivent les soutenir, a-t-il affirmé, parce qu'ils ont subi de nombreuses persécutions, dont des emprisonnements, des arrestations arbitraires et des procès religieux par les Houthis.

Abdoul Hafeez attribue les actions des Houthis à une idéologie qui « n'accepte pas les autres » et à la stratification des classes que la milice tente d'établir, dans laquelle « ils se placent au rang de maîtres ».

La confiscation des biens et des propriétés est le moyen le plus facile pour les Houthis d'accumuler des richesses, a-t-il expliqué, « grâce à une décision de justice rendue par la milice contre quiconque s'y oppose ».

Les craintes des bahaïs que leurs biens soient confisqués et qu'ils soient expulsés sont réelles, a-t-il indiqué, soulignant que la milice a déjà commis de tels actes.

La communauté bahaïe du Yémen n'est pas active politiquement et ne constitue pas une menace pour les Houthis ou tout autre groupe, « il n'y a donc aucune justification réelle pour les abus commis contre eux par les Houthis », a déclaré Abdoul Hafeez.

Le ministère yéménite des Droits de l'homme s'est efforcé de mettre un terme aux persécutions dont les membres de la communauté bahaïe ont été victimes, a-t-il ajouté.

Le ministère « présente des rapports aux organisations internationales compétentes et demande aux Nations unies de faire pression sur les Houthis afin qu'ils mettent fin à ces simulacres de procès, puisqu'ils se font sous le règne et le contrôle d'un groupe hors-la-loi », a-t-il déclaré.

Violations des droits de l'homme

Les abus contre les bahaïs constituent une « violation des droits de cette communauté à la liberté de croyance et d'expression », a déclaré Ishraq al-Maqtari, porte-parole de la commission nationale chargée d'enquêter sur les infractions aux droits de l'homme au Yémen.

Le Yémen est « un pays de diversité culturelle, intellectuelle, religieuse et politique » où tous les groupes sont autorisés à pratiquer leurs activités religieuses, politiques et sociales, a-t-elle indiqué à Al-Mashareq.

Mais dans les zones contrôlées par les Houthis, la milice sert « d'autorité de facto qui ne reconnaît pas les droits de l'homme », a-t-elle poursuivi.

Les actions des Houthis contre la communauté bahaïe représentent « la perpétration de l'extrémisme intellectuel et religieux, parce qu'ils ne tolèrent pas la diversité, même si celle-ci est la marque d'une société civilisée », a-t-elle indiqué.

Al-Maqtari a déclaré que la commission nationale avait documenté les abus commis contre la communauté bahaïe et enquêtait sur d'autres allégations de persécutions.

Les Houthis commettent « l'injustice, l'oppression et la tyrannie les plus odieuses contre les membres de la communauté bahaïe sous des prétextes minces », a rapporté à Al-Mashareq Abdoullah al-Alafi, militant des droits de l'homme et bahaï.

Cela reflète la situation à laquelle le groupe minoritaire est confronté en Iran, a-t-il conclu, notant que l'Iran a procédé à des arrestations à grande échelle de membres de la communauté bahaïe dans plusieurs quartiers de Shiraz fin octobre.

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