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Dans une prison surpeuplée de l'EIIS en Syrie

AFP

Un prisonnier soupçonné d'être affilié à l'EIIS regarde à travers l'ouverture d'une cellule dans le quartier syrien d'al-Hasakeh le 26 octobre. [Fadel Senna/AFP]

Des membres présumés de l'EIIS dans une cellule de la prison d'al-Hasakeh le 26 octobre. Cinq mille détenus se trouvent dans cette prison, sur un total estimé de 12 000 combattants de l'EIIS détenus dans des prisons administrées par les Kurdes dans le nord de la Syrie. [Fadel Senna/AFP]

Un membre des Forces démocratiques syriennes monte la garde dans une prison du nord-est du pays où sont détenus des hommes soupçonnés d'être affiliés à l'EIIS. [Fadel Senna/AFP]

Les autorités kurdes indiquent que plus de 50 nationalités sont représentées dans les prisons qu'elles gèrent, où plus de 12 000 personnes soupçonnées d'appartenir à l'EIIS sont détenues. [Fadel Senna/AFP]

Derrière une porte métallique, la cellule est remplie de prisonniers maigres et hagards portant des combinaisons oranges, couchés tête-bêche sur chaque centimètre carré d'espace du sol.

Une équipe de l'AFP a bénéficié d'un accès rare à l'un des centres de détention surpeuplés de la province d'al-Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, où les forces kurdes détiennent des suspects de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

Le groupe extrémiste est accusé d'avoir commis des atrocités généralisées sur un territoire qu'il contrôlait autrefois en Irak et en Syrie, notamment des exécutions massives, des viols, de l'esclavage et de la torture, dont une grande partie a été filmée pour la propagande.

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Des membres présumés de l'EIIS dans une cellule de la prison d'al-Hasakeh le 26 octobre. Des sources kurdes indiquent qu'environ 12 000 combattants de l'EIIS, dont des Syriens, des Irakiens et des étrangers originaires de 54 pays sont détenus dans les prisons kurdes dans le nord de la Syrie. [Fadel Senna/AFP]

Avec 5000 détenus, dont certains sont adolescents, la prison déborde des restes de l'armée internationale d'extrémistes de l'EIIS créée il y a cinq ans.

Leurs matelas gris en mousse se chevauchent pour recouvrir le sol froid, et un seul coin de la cellule est occupé par une latrine basique à demi entourée de murs.

La puanteur est étouffante dans l'infirmerie proche, où les visiteurs reçoivent des masques chirurgicaux à l'entrée.

Les prisonniers n'ont pas entendu dimanche 27 octobre le président des États-Unis Donald Trump annoncer la mort du dirigeant de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi lors d'un raid américain dans le nord-ouest de la Syrie.

« Ils n'ont absolument aucun contact avec le monde extérieur », a déclaré le directeur de la prison, qui dit s'appeler Serhat et a demandé à ce que l'emplacement exact de l'établissement ne soit pas révélé.

Regrets d'un prisonnier

La plupart des prisonniers n'ont que la peau sur les os, et certains présentent des moignons suite à une amputation ou des plaies bandées.

La clinique de la prison est aussi bondée que les autres cellules.

L'état des blessés témoigne de l'intensité des combats qui ont conduit à la défaite territoriale finale de l'EIIS face aux Forces démocratiques syriennes (FDS) en mars.

Il montre également les conditions difficiles vécues par les derniers habitants du « califat » de l'EIIS, qui a résisté une dernière fois à al-Baghouz, à 200 kilomètres plus au sud.

La plupart des hommes qui ont été entassés dans ce centre de détention à al-Hasakeh et dans au moins six autres en territoire kurde sont ceux qui se sont rendus en boitant il y a quelques mois, affamés et mutilés.

« Je veux quitter la prison et rentrer chez moi pour retrouver ma famille », a déclaré Aseel Mathan, un détenu de 22 ans qui avait quitté son pays de Galles natal à 17 ans pour rejoindre son frère dans la ville irakienne de Mossoul, ancien bastion de l'EIIS.

Lorsque son frère a été tué, il a traversé la frontière syrienne pour se rendre à al-Raqqa, l'autre centre principal du proto-État extrémiste désormais disparu.

« Je veux revenir en Grande-Bretagne », a déclaré Mathan, ajoutant qu'il aurait préféré ne pas avoir répondu à l'appel aux armes lancé par al-Baghdadi en 2014.

Extrémistes en fuite

Les autorités kurdes indiquent que plus de 50 nationalités sont représentées dans les prisons administrées par les Kurdes, où plus de 12 000 personnes soupçonnées d'appartenir à l'EIIS sont actuellement détenues.

Mais des cellules clandestines de l'EIIS toujours en liberté dans la région continuent de mener des attaques sporadiques.

Certains jours, explique le gouverneur Serhat, des extrémistes fugitifs « s'approchent de la prison et ouvrent le feu, juste pour dire aux détenus qu'ils sont toujours là ».

Il ajoute que certains détenus ont déclenché une émeute lors de la distribution du repas il y a un mois, attaquant des gardiens après qu'un prisonnier les eut attirés en simulant un problème de santé.

Guidant les journalistes de l'AFP à travers les couloirs de la prison, un garde hésite même à soulever la trappe de la porte de la cellule.

« Ceux-là sont dangereux », dit-il.

Plus loin, une cellule est réservée à ce que la propagande de l'EIIS appelait « les lionceaux du califat », des enfants enrôlés et formés au combat.

Certains enfants ont été rapatriés, mais le sort des hommes reste incertain.

Malade et repentant

Près d'un tiers des prisonniers sont malades et ont besoin de traitements pour diverses blessures et maladies, dont l'hépatite et le sida.

Seulement 300 d'entre eux environ peuvent passer la nuit dans l'infirmerie, dont Aballah Nooman, un Belge de 24 ans qui soulève son T-shirt pour montrer une blessure ouverte.

« Mes organes sortent », dit-il, expliquant qu'il a été blessé par un autre extrémiste qui lui a accidentellement tiré dessus en nettoyant son arme.

Bassem Abdel Azim, un Égypto-Néerlandais de 42 ans, a été blessé lors d'une attaque aérienne et a perdu l'usage de sa jambe droite.

Il raconte comment il a piégé sa femme pour qu'elle vienne au « califat » en lui promettant des vacances en Turquie.

« Je ne lui ai rien dit, je ne voulais pas qu'elle ait peur », raconte Abdel Azim, expliquant n'avoir aucune idée de l'endroit où elle et leurs cinq enfants se trouvent aujourd'hui.

« J'aimerais la revoir. Ils peuvent me pendre après ça, je veux juste lui dire que je suis désolé de les avoir entraînés dans un pays en guerre. »

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