Terrorisme

Les familles de Kobani inquiètes pour leurs proches détenus par l'EIIL

Par Waleed Abu al-Khair au Caire

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Des adolescents de Kobani enlevés par « l'État islamique en Irak et au Levant » en 2014 posent pour une photo après leur libération. [Photo provenant de la page Facebook de « Rendez-nous les habitants de Kobani enlevés »]

Des centaines de familles de la région de Kobani en Syrie se disent de plus en plus inquiètes quant au sort réservé à leurs proches détenus par « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

Ces familles ont expliqué à Al-Shorfa qu'elles craignent que l'EIIL n'exécute leurs proches pour se venger de la série de défaites qui lui a été infligée, notamment dans les régions entourant Kobani, Manbij et le barrage de Tishreen.

Quelque 200 habitants de la région de Kobani ont été emprisonnés ou enlevés par l'EIIL ces deux dernières années, a expliqué Ahmed Mohammed, originaire de Kobani, qui administre la page Facebook baptisée « Rendez-nous les habitants de Kobani enlevés ».

Cette page rassemble les informations sur les prisonniers détenus par l'EIIL et communique avec leurs familles, a-t-il expliqué à Al-Shorfa.

Les noms de beaucoup de ces prisonniers ont pu être obtenus grâce à l'aide d'anciens détenus libérés des prisons de l'EIIL à al-Raqa, al-Tabqa, Jarablus, al-Bab et Manbij, a-t-il ajouté.

Tous ces prisonniers sont des civils « dont le seul crime est d'être d'origine kurde et originaires de la région de Kobani », a-t-il précisé, ajoutant que la plupart ont été capturés dans des régions contrôlées par l'EIIL alors qu'ils tentaient de fuir la région de Kobani.

Nombre d'entre eux ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de fuir vers Damas ou Alep, tandis que d'autres ont été encerclés dans la ville de Manbij.

Sur la base des informations disponibles, a-t-il poursuivi, ces prisonniers ont été envoyés dans les centres de détention du groupe à Manbij, al-Bab et al-Raqa.

Aujourd'hui, a ajouté Mohammed, les familles de ces prisonniers souffrent.

« Leur situation est rendue très difficile par le manque d'informations qui leur parviennent sur leurs proches ou leurs parents, dans la mesure notamment où beaucoup de ces prisonniers sont des pères ou des frères qui subviennent aux besoins de leurs familles », a-t-il ajouté.

Alors que les Forces démocratiques syriennes (FDS) et leurs factions alliées progressent en direction de Manbij, l'EIIL a transféré plusieurs prisonniers originaires de la région de Kobani vers ses prisons à al-Tabqa, Maskanah et al-Ghandoura, a expliqué Adnan al-Hussein, journaliste syrien et militant de la région d'Alep.

Au vu des nombreuses difficultés que connaît l'EIIL, a-t-il poursuivi, il est à craindre que le groupe ne procède à des exécutions sur place pour se décharger de ses prisonniers.

Professeurs et élèves parmi les détenus

Saleh Muslim Mohammed, militant dans les médias et natif de Kobani, a expliqué à Al-Shorfa que son beau-frère, Abdul Qadir Zito, est l'un de ces prisonniers.

« Zito était l'un des professeurs enlevés par le groupe en 2014 dans les faubourgs de Manbij alors qu'ils revenaient d'Alep avec un grand nombre d'élèves », a-t-il précisé.

L'EIIL avait enlevé 153 élèves kurdes, la plupart âgés de 13 à 15 ans, le 29 mai 2014, alors qu'ils revenaient à Kobani après avoir passé leurs examens de fin d'année à Alep, a indiqué Mohammed.

Avant cet enlèvement, a-t-il ajouté, le groupe avait enlevé son petit-neveu dans la région rurale de Kobani, et depuis lors, la famille est sans nouvelle de ses deux membres.

La plupart des prisonniers de l'EIIL ont été enlevés alors qu'ils partaient ou rentraient du travail, où « ils devaient se rendre, malgré la détérioration de la situation sécuritaire et les dangers qui les attendaient, pour toucher leur salaire », a-t-il ajouté.

Dans l'attente de nouvelles de leurs proches, a-t-il ajouté, ces familles sont hantées par des « sentiments horribles » et s'inquiètent beaucoup de ce que le groupe pourrait leur faire en représailles pour les pertes qu'il subit.

Aucune information fiable

C'est un climat de grande incertitude qui règne parmi ces familles, qui suivent chaque développement sur le terrain et la moindre information susceptible de leur fournir des indications sur le lieu de détention de leurs proches, a expliqué Mohammed.

« Elles n'ont reçu aucune information fiable, aucun rapport depuis les emprisonnements », a-t-il précisé, soulignant que les seules informations dont elles disposent proviennent d'anciens détenus qui sont en mesure de confirmer la présence de prisonniers dans de nombreuses régions, sans toutefois pouvoir donner des noms.

Hisham Hussein, un habitant de Kobani, a expliqué à Al-Shorfa que son frère, Farhad Imam Mahmoud Hussein, âgé de 32 ans, avait été enlevé le 19 février 2014 à Tel Abyad alors qu'il se rendait de Turquie en Irak pour chercher du travail.

Son frère « a été enlevé dans la région d'Alia en compagnie de 151 autres personnes, dont 60 ont été libérées par le groupe et le reste demeure en captivité », a expliqué Hussein, ajoutant qu'un ancien prisonnier de l'EIIL à al-Raqa lui a assuré que son frère avait été emprisonné à al-Raqa.

La femme et les deux fils de son frère ont déménagé dans la province kurde d'Irak, a expliqué Hussein, précisant qu'il subvient à leurs besoins malgré ses faibles revenus.

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