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Droits de l'Homme |

Les combats à Aden gâchent l'Aïd al-Adha pour les civils

Fatema Hassan, une native d'al-Hodeidah déplacée, a expliqué à Al-Mashareq qu'elle campait à l'extérieur d'un abri fait de cartons à Sanaa parce qu'elle n'avait pas trouvé un meilleur endroit pour vivre. [Haitham Mohammed/Al-Mashareq]

Les affrontements armés à Aden, la capitale provisoire du gouvernement yéménite, ont entraîné une nouvelle dégradation de la situation humanitaire, avec des morts et des blessés civils et une interruption des services, ont expliqué des responsables et des habitants.

Au moins 40 personnes ont été tuées dans la ville, dont des civils, depuis que les affrontements ont éclaté jeudi entre le Conseil de transition du Sud et les forces loyales au président Abdrabbo Mansour Hadi, ont indiqué les Nations unies dimanche 11 août.

Près de 260 autres ont été blessées, a indiqué dans un communiqué le Bureau des Nations unies de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Lors des combats dans cette ville portuaire du sud, les magasins ont fermé leurs portes, les habitants sont restés chez eux et les services de l'eau et de l'électricité ont connu des perturbations.

Samedi, la coalition arabe a appelé à un cessez-le-feu, toutes les parties déclarant dimanche soutenir une telle initiative.

Dimanche toujours, la vie a lentement commencé à reprendre dans les rues au début de l'Aïd al-Adha.

« Le réseau d'eau a recommencé à fonctionner partiellement à l'aube de l'Aïd, mais il a de nouveau été interrompu. L'électricité elle aussi fonctionne par intermittence », a expliqué Anhar Salem, une habitante d'Aden.

« Durant les quatre jours précédant l'Aïd, Aden était une ville fantôme », a-t-elle déclaré à Al-Mashareq. « Les gens ont peur et n'ont pas préparé l'Aïd comme ils le font habituellement. Leur plus grand espoir est que les affrontements cessent pour que la vie puisse revenir à la normale. »

« La vie a commencé à reprendre à Aden au matin de l'Aïd après qu'un cessez-le-feu eut été annoncé », a-t-elle poursuivi. « Les magasins ont commencé à rouvrir, mais les gens se déplacent encore avec d'extrêmes précautions et beaucoup d'appréhension. »

Les civils doivent faire face aux blessures et aux conditions de vie difficiles

Selon Médecins sans frontières (MSF), près de 119 personnes blessées ont été admises à l'hôpital en moins de 24 heures, 62 d'entre elles dans un état critique.

La plupart des blessés sont des civils, selon Caroline Séguin, directrice du projet Yémen de MSF.

L'hôpital ne peut faire face au grand nombre d'admissions, a-t-elle ajouté, soulignant que certains personnels médicaux ont été dans l'impossibilité de rejoindre le centre « en raison de la violence des combats et des blocages de rues ».

Des centaines de familles ont été déplacées d'Aden lorsque les affrontements entre les forces gouvernementales yéménites et celles du Conseil de transition du Sud ont embrasé la ville.

Ces affrontements armés ont exacerbé les souffrances de la population, a expliqué à Al-Mashareq le politologue Faisal Ahmed.

Les corps s'entassent aux bords des rues de la ville, a-t-il ajouté.

« Le ministère de la Santé a demandé que soient ouverts des passages sûrs pour permettre de secourir les blessés et d'évacuer les morts, tandis que la société d'électricité a indiqué qu'elle suspendrait ses services en raison d'un arrêt des fournitures en pétrole nécessaires pour alimenter ses centrales », a-t-il ajouté.

« De plus, l'aéroport d'Aden est hors service pour quatre jours, affectant les patients qui viennent à Aden d'autres provinces pour aller se faire soigner à l'étranger », a-t-il poursuivi.

« La compagnie Yemen Airways a informé ses passagers que les vols étaient annulés pour replanifier les vols via Say'un », a-t-il indiqué, soulignant toutefois qu'il faut une journée entière par la route pour atteindre Say'un.

Certains habitants d'Aden ont fui vers les provinces voisines pour échapper à ces combats, a poursuivi Ahmed, précisant que certaines organisations humanitaires avaient suspendu leurs opérations.

L'aide alimentaire reprend à Sanaa

Dans l'intervalle, les Nations unies ont annoncé vendredi qu'elles reprendraient la distribution de l'aide alimentaire après l'Aïd Eid al-Adha dans les régions contrôlées par les Houthis (Ansarallah) soutenu par l'Iran, après que ceux-ci se furent engagés à donner des garanties sur les bénéficiaires.

Le Programme alimentaire mondial a suspendu son aide alimentaire à 850 000 personnes à Sanaa le 20 juin après avoir découvert que les Houthis avaient détourné la nourriture destinée à la population.

La reprise de l'aide, que ce soit en nature ou en espèces, aux civils affectés par la guerre et aux personnes déplacées à Sanaa aidera à soulager leurs souffrances, a indiqué à Al-Mashareq l'économiste Abdoul Aziz Thabet.

De nombreuses personnes ont été poussées de force à la mendicité, a-t-il expliqué.

Fatena Hassan, native d'al-Hodeidah déplacée, a raconté à Al-Mashareq qu'elle campait dans la rue à Sanaa avec ses enfants dans un abri fait de cartons.

« Je n'ai pas trouvé de meilleur endroit pour vivre », a-t-elle expliqué, précisant que son abri était vulnérable aux éléments et qu'elle survit en demandant de l'aide aux passants.

Les habitants des zones contrôlées par les Houthis doivent composer avec des prix alimentaires élevés, que les négociants et les fournisseurs ont augmentés en réponse aux prix que les milices leur ont imposés, a expliqué Thabet.

« Ces conditions n'ont pas permis aux habitants de ces zones de répondre aux besoins minimums de leurs familles », a-t-il indiqué, ajoutant que le blocage des salaires dans le secteur public et les taux de change élevés avec le dollar des États-Unis les impactent également.

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