Économie

Pénurie d'essence à Sanaa et marché noir florissant

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des véhicules font la queue devant une station d'essence qui fonctionne encore à Sanaa, ville contrôlée par les Houthis. [Nabil Abdoullah al-Tamimi/Al-Mashareq]

Alors que les stations d'essence de Sanaa et d'autres régions du Yémen sous le contrôle des Houthis (Ansarallah) appuyés par l'Iran sont à court de carburant, le marché noir des produits dérivés du pétrole est florissant, ont expliqué des habitants locaux à Al-Mashareq.

Depuis le 8 avril, les automobilistes forment de longues files d'attente devant les stations d'essence pour acheter les 40 litres autorisés par véhicule, ont rapporté des habitants de Sanaa.

Moussa Naji, chauffeur de taxi, a ainsi déclaré à Al-Mashareq qu'il avait dû attendre deux jours devant une station d'essence avant de pouvoir remplir le réservoir de son minibus « afin de pouvoir reprendre le travail, gagner ma vie et donner à manger à ma famille, qui dépend de ce que je gagne ».

Naji a indiqué avoir été surpris lorsque toutes les stations-service de la ville avaient fermé en même temps, tandis que d'autres refusaient de vendre de l'essence malgré le fait d'en avoir.

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Une station d'essence vide dans la ville de Sanaa contrôlée par les Houthis, où les pénuries d'essence ont contraint de nombreuses stations à fermer. [Nabil Abdoullah al-Tamimi/Al-Mashareq]

Mohammed Saleh, gérant d'une station-service, a expliqué à Al-Mashareq que sa station vendait de l'essence jusqu'à ce qu'elle soit à sec.

« Nous travaillons un jour à la station, puis nous arrêtons pendant au moins un ou deux jours jusqu'à ce qu'ils distribuent une nouvelle ration », a-t-il poursuivi.

Par suite des pénuries de carburant, les transports publics ont été pris d'assaut, car les gens ne peuvent plus conduire leurs voitures, ont indiqué les habitants de Sanaa.

Ces pénuries d'essence ont également entraîné une hausse des prix des produits alimentaires et d'autres biens, ainsi que des prix pratiqués par les fournisseurs d'électricité du secteur privé.

Le gouvernement appelle au respect des décisions

La commission économique du Yémen a mis en place un mécanisme d'importation des dérivés de pétrole, et a demandé le 9 avril que les négociants et les importateurs des régions contrôlées par les Houthis opèrent selon ce mécanisme.

Aux termes de celui-ci, le prix du carburant doit être déposé auprès de la banque centrale à Aden, ce qui permettra d'ouvrir des lignes de crédit et de s'assurer qu'une autorisation a bien été obtenue pour les produits pétroliers entrant dans les ports yéménites.

Cette mesure vise à « empêcher une baisse de la valeur du riyal yéménite et à rendre les fonctions bancaires aux banques plutôt que de les laisser au marché noir », a fait savoir la commission économique dans un communiqué.

Cette initiative est destinée à bloquer le marché noir, qui a fourni des devises fortes aux négociants pour qu'ils importent des dérivés du pétrole dans les provinces contrôlées par les Houthis.

Dans un communiqué publié le 12 mars, la commission économique avait indiqué que les Houthis « créent une crise des dérivés du pétrole dans le but de stimuler le marché noir qu'ils dirigent », aggravant ainsi la situation humanitaire.

Préserver la valeur du riyal yéménite

« Coupler l'importation de dérivés du pétrole au mécanisme utilisé par la banque centrale à Aden a pour but de préserver la valeur de la devise nationale », a expliqué l'économiste Abdoul Aziz Thabet à Al-Mashareq.

« L'importation de produits dérivés du pétrole dans les zones contrôlées par les Houthis compte sur le marché noir pour fournir les devises fortes nécessaires à l'importation de ces dérivés, ce qui a entraîné une hausse de la demande en devises fortes », a-t-il précisé.

Cela a entraîné une flambée des prix à des niveaux records, jusqu'à 800 riyals pour un dollar à la fin de l'année dernière, a-t-il rappelé.

La commission économique et la banque centrale à Aden « sont parvenues à stabiliser la valeur du riyal grâce aux mesures qu'elles ont imposées », a poursuivi Thabet.

Elles ont « pris sur elles de fournir aux négociants les fonds nécessaires pour importer des dérivés du pétrole, ce qui devrait alléger la demande en devises fortes sur le marché noir », a-t-il ajouté.

Par suite de ces mesures, la valeur du riyal yéménite est passée à moins de 500 riyals pour un dollar à la mi-avril, a-t-il noté.

Le non-respect de ces mesures de la part des négociants en dérivés de pétrole dans les provinces contrôlées par les Houthis « ne sert que les intérêts des Houthis », a expliqué Moustafa Nasr, président du Centre d'études et des médias économiques à Al-Mashareq.

L'essor du marché noir dans ces régions « en est la preuve manifeste », a-t-il poursuivi.

Le manquement des Houthis à prendre des mesures contre cette activité sur le marché noir « sert leurs intérêts, à la fois par le biais des importateurs qui leur sont affiliés et par le non-respect des décisions émises par la commission économique », a-t-il ajouté.

Et de conclure en expliquant que le non-respect de ces décisions ne fera que renforcer la crise des dérivés de pétrole et prolonger la crise humanitaire au Yémen.

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