Terrorisme

Selon des observateurs, des éléments au Qatar continuent de soutenir les extrémistes en Syrie et en Irak

Par Waleed Abu al-Khair au Caire

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Des éléments du Front Al-Nosra dans le quartier d'al-Qaboun à Damas, avant qu'ils se replient à Idlib lors de la seconde semaine de mai. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

Des éléments au Qatar continuent d'apporter une aide financière directe à plusieurs factions extrémistes agissant en Syrie et en Irak, sapant les perspectives de paix et de sécurité dans les deux pays, rapportent des experts et des militants à Al-Mashareq.

Ces factions incluent le Front al-Nosra (FAN), qui a tenté de changer son image pour apparaître comme une faction d'opposition modérée en Syrie en se renommant Front Fatah al-Cham et en mettant fin à ses relations avec al-Qaïda.

Des observateurs font savoir que le soutien aux groupes comme le FAN affaiblissent l'opposition modérée syrienne, les perspectives à long terme pour la paix en Syrie et la transition vers un gouvernement représentatif répondant aux aspirations de liberté et de dignité des Syriens.

Dans son travail, le militant des médias et travailleur humanitaire Faisal al-Ahmad, résidant à Alep, a déclaré que des individus basés au Qatar apportent depuis 2011 leur aide à plusieurs factions syriennes, dont certaines extrémistes.

Le financement est fourni à ces groupes, parmi lesquels le FAN, grâce à des organisations caritatives situées dans des régions contrôlées par l'opposition, a-t-il rapporté à Al-Mashareq.

« Beaucoup de ces fondations et associations sont actives au Liban et en Syrie, et cachent souvent [leur activité] », a-t-il ajouté.

Plusieurs de ces groupes reçoivent de l'aide d'individus résidant au Qatar, a-t-il poursuivi, et sont en communication directe avec ces éléments pour coordonner l'achat et le transport d'armes, de recrues, de salaires et de soutien logistique.

Selon Abdoul Nabi Bakkar, professeur à l'université de l'Al-Azhar et politologue, beaucoup d'individus et d'institutions au Qatar aident activement des groupes extrémistes combattant en Syrie.

Des fonds transférés par le biais « d'associations caritatives »

Des éléments au Qatar « ont profité des événements qui se sont déroulés dans la région depuis 2011 pour agir en prétendant soutenir les révolutionnaires, les réfugiés et les déplacés », a-t-il affirmé à Al-Mashareq.

Les groupes armés en Syrie sont souvent financés en se faisant passer pour des associations caritatives, a-t-il indiqué, citant Madad ahl al-Sham comme exemple d'un groupe qui pratique cette tactique.

Madad ahl al-Sham a réussi à récolter des millions depuis sa création en 2012, a-t-il raconté, notant que cet argent a été transféré vers la Syrie et distribué aux groupes armés qui y agissent.

Le journaliste égyptien Maher Farghali a déclaré à Al-Mashareq que les renseignements et les médias ont parlé de « rassemblements organisés entre [le chef du FAN] Abou Mohammed al-Joulani et certaines personnalités qataries », se poursuivant jusqu'en 2016.

Ils ont mené à la séparation du FAN et d'al-Qaïda, le FAN se rebaptisant Front Fatah al-Cham, a-t-il rapporté, décrivant cela comme une tentative par ses soutiens qataris de donner l'impression que le FAN et ses alliés faisaient partie de l'opposition modérée.

Mais en octobre dernier, le FAN a annoncé que Jund al-Aqsa, un groupe radical ayant ses propres liens avec al-Qaïda, allait rejoindre ses rangs.

Plus tard, le 28 janvier, le FAN et quatre factions d'opposition ont annoncé avoir formé une nouvelle alliance appelée Tahrir al-Cham (Libération de la Syrie), qui compte des membres approuvant l'idéologie des anciens leaders d'al-Qaïda Oussama ben Laden et Abou Moussab Al-Zarqaoui.

Les Qataris accusés de financer le terrorisme

Des organisations et des individus au Moyen-Orient ne sont pas les seuls à affirmer que le Qatar finance des groupes terroristes.

En 2013, le département américain du Trésor a désigné Abd al-Rahman ben Umayr al-Nuaymi, habitant au Qatar, comme « terroriste mondial spécialement désigné » à cause de son soutien à al-Qaïda. En 2014, l'ONU l'a ajouté à la liste des sanctions du comité sur al-Qaïda.

Selon le Trésor, al-Nuaymi a ordonné le transfert de près de 600 000 dollars vers al-Qaïda par le biais du représentant du groupe en Syrie, Abou-Khalid al-Suri, et comptait transférer encore 50 000 dollars.

Al-Nuaymi a aussi facilité d'importants soutiens financiers pour al-Qaïda en Irak ; il aurait supervisé le transfert de plus de deux millions de dollars par mois vers ce groupe pendant un certain temps, a rapporté le Trésor.

Toujours selon lui, al-Nuaymi a également servi d'interlocuteur entre les chefs d'al-Qaïda en Irak et les donateurs basés au Qatar.

En 2015, le Trésor américain a imposé des sanctions à Saad ben Saad Muhammad Shariyan al-Kaabi, un financier qatari du FAN, ainsi qu'à Abd al-Latif Ben Abdallah Salih Muhammad al-Kawari, facilitateur qatari d'al-Qaïda.

Ils ont tous deux été désignés comme « terroristes mondiaux spécialement désignés ».

« Ces sanctions visent deux facilitateurs importants du FAN et d'al-Qaïda », a fait savoir le sous-secrétaire par intérim au terrorisme et aux renseignements financiers Adam J. Szubin. « Le département du Trésor reste déterminé à utiliser nos informations financières et nos autorités pour découvrir et perturber les schémas de financement exploités par les groupes terroristes. »

Campagnes de dons au Qatar

Début 2014, al-Kaabi a fait savoir qu'il avait mis en œuvre des campagnes de dons au Qatar pour aider au financement en réponse à un associé du FAN demandant de l'argent pour acheter des armes et de la nourriture, a indiqué le Trésor.

À la même époque, un responsable du FAN a demandé à al-Kaabi d'agir comme intermédiaire pour toucher la rançon pour un otage retenu par le groupe, et il s'est efforcé de faciliter le paiement de la rançon en échange de la libération de l'otage.

Al-Kaabi apporte de l'aide au FAN en Syrie depuis au moins fin 2012,

Al-Kawari a également récolté un soutien financier pour al-Qaïda, a ajouté le ministère.

Début 2012, il a travaillé avec al-Qaïda pour coordonner la livraison du financement provenant de financiers qataris destiné à aider al-Qaïda, et à fournir des reçus confirmant qu'al-Qaïda avait reçu les fonds de la part d'extrémistes basés au Qatar.

Plus tôt dans la même année, il avait aussi facilité le déplacement à l'étranger d'un messager qui transportait des dizaines de milliers de dollars destinés à al-Qaïda.

Au début des années 2000, al-Kawari a travaillé avec l'agent d'al-Qaïda Moustafa Hajji Muhammad Khan, aussi appelé Hassan Ghul, et le facilitateur qatari d'al-Qaïda Ibrahim Isa Haji Muhammad al-Bakr pour transférer de l'argent vers al-Qaïda au Pakistan.

À cette époque, al-Kawari avait aussi obtenu un faux passeport pour Ghul, ce dernier l'ayant utilisé pour se rendre au Qatar avec al-Kawari et al-Bakr.

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