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L'Iran doit mettre fin aux 'aveux forcés' télévisés des prisonniers selon les groupes humanitaires

Par l'AFP

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Des iraniens, dont la plupart portant des masques, sont photographiés dans la capitale Téhéran le 16 juin face à la crise de la pandémie du coronavirus Covid-19. [ATTA Kenare/AFP]

L’Iran doit mettre fin aux « aveux forcés » de prisonniers diffusés par la télévision publique, ont annoncé deux groupes des droits de l'homme jeudi 25 juin, précisant que cela remontait à la torture et les auteurs risqueraient des conséquences juridiques à l'étranger.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) basée à Paris et son organisation membre Justice pour l'Iran (JFI), un groupe de responsabilisation, ont indiqué que leur analyse a démontré qu'entre 2009 et 2019, les médias publics iraniens ont diffusé des aveux forcés d'au moins 355 individus.

Ils ont également diffusé un contenu diffamatoire contre au moins 505 individus, ont-elles ajouté.

« Le recours aux aveux forcés diffusés par les médias publics a été systématiquement utilisé par les autorités iraniennes pour réprimer la dissidence depuis des décennies», a affirmé le secrétaire-général de la FIDH Adilur Rahman Khan.

« Il est temps que la communauté internationale fasse pression sur l’Iran pour mettre un terme à cette pratique, qui est la source de plusieurs violations graves des droits de l'homme», a-t-il ajouté.

Ce rapport a précisé que les aveux forcés ont été « systématiquement diffusés » par les médias publics iraniens « pour inspirer la peur et réprimer la dissidence ».

« Les victimes ont révélé que non seulement elles été soumises à la torture et au mauvais traitement pour les forcer à confesser -- souvent de fausses déclarations -- devant la caméra, mais que la diffusion de ces confessions leur a causé une énorme peine et souffrance», ont indiqué les deux organisations.

Le rapport a présumé que les méthodes à forcer les aveux y compris la « torture physique » y compris la flagellation, la suspension par les bras et l'électrocution.

Mais elles ont souligné qu'il y avait aussi la « torture psychologique » à travers l'isolement pendant de longues périodes, les simulacres d’exécution, les menaces de viol et l'exposition délibérée à de mauvaises conditions de détention.

'Moyen de répression de masse'

Les cibles de ces diffusions comprennent des défenseurs des droits humains, des journalistes, des militants des minorités ethniques, des dissidents politiques et des personnes ayant la double nationalité.

Dans les « aveux forcés », le détenu ou le suspect est mis devant la caméra et avoue des faits.

Une autre tactique utilisée par les programmes diffusés par la télévision iranienne est de faire des allégations sensationnelles sur les suspects détenus, considérées diffamatoires par les groupes des droits humains.

Le rapport a accusé l’Organisme de radiodiffusion de la République islamique d’Iran (IRIB) d'être « activement impliqué dans la production systématique et la diffusion d'aveux forcés » et le vol de données personnelles et la publication de contenu diffamatoire.

« L'IRIB a perdu depuis longtemps sa fonction d'organisation médiatique et est devenu un moyen de répression de masse», a martelé le rapport.

Le rapport a pointé du doigt la chaîne internationale de l'IRIB Press-TV -- diffusée en français et en anglais -- en tant que « producteur et diffuseur d'un grand nombre d'aveux forcés et de programmes diffamatoires contre les militants iraniens et la société civile ».

La JFI a enregistré ces dernières années la diffusion d'au moins 70 aveux forcés de détenus iraniens par Press TV, a-t-il précisé.

Le codirecteur de la JFI Mohammad Nayyeri a appelé l'union européenne à suspendre l'entrée en Europe des fonctionnaires et journalistes affiliés à l'IRIB ainsi que leurs activités jusqu'à cessation de la pratique.

« L'impunité de l'Iran face aux aveux forcés a trop duré», a-t-il confié.

« Au moment où la télévision publique iranienne diffuse constamment des programmes qui sont le produit de la torture et de l'intimidation, les journalistes de l'IRIB voyagent librement et sont actifs en Europe sans aucune conséquence», a-t-il ajouté.

La FIDH et la JFI réclament que la communauté internationale doit reconnaître que la diffusion d'aveux forcés devrait constituer une forme de torture et ont exhorté les pays étrangers à adopter des lois pour poursuivre les responsables sous le principe de compétence universelle.

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