Analyse

Le régime Poutine : un acteur nuisible permanent sur la scène mondiale

Caravanserai

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Le président russe Vladimir Poutine observe des manœuvres militaires lors des exercices Tsentr-2019 en septembre dernier. L’une des manifestations les plus claires des activités pernicieuses du Kremlin est son ingérence militaire directe dans des pays et des régions que Moscou considère comme stratégiques. [Kremlin]

Une analyse de l’activité de Moscou dans le monde laisse entrevoir la nature pernicieuse du régime dirigé par le président Vladimir Poutine, où des acteurs étatiques semblent s’efforcer de manipuler des sociétés étrangères, de déstabiliser certains gouvernements, de violer les traités internationaux, de propager de fausses informations et de s’en prendre aux droits de l’homme.

Pendant des années, le régime russe s’est illustré sur la scène internationale par ses mauvais desseins, de l’annexion illégale de la Crimée à ses tentatives de fomenter des agitations et la division en propageant de fausses informations et en se livrant à des actes de piratage dans l’intérêt du régime.

Mais aujourd’hui, cette influence pernicieuse va encore plus loin dans diverses parties du monde, entraînant misère, pauvreté et division dans son sillage, et préoccupant les observateurs sur ce qui pourrait s’ensuivre.

Aventurisme militaire

L’une des manifestations les plus claires de l’activité pernicieuse du Kremlin réside dans ses ingérences militaires directes dans des pays et des régions que Moscou considère comme stratégiques.

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Un soldat russe en patrouille dans l’est de la Syrie. Les bombardements délibérés de populations civiles, notamment des hôpitaux, par l’aviation russe ont tué plus de 6 500 civils et déplacé près d’un million de personnes, et les incursions de l’armée russe dans l’est de la Syrie perturbent les efforts mis en œuvre pour lutter contre « l’État islamique » (EI). [Ministre russe de la Défense]

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Une photo partagée sur les réseaux sociaux montre des mercenaires russes opérant en Syrie. Le Groupe Wagner, notoirement chargé de mettre en œuvre les visées du président russe Vladimir Poutine dans le monde sous le couvert d’un déni plausible, est présent dans plusieurs pays dans le monde, notamment en Syrie, au Soudan, au Venezuela, à Madagascar et ailleurs encore. [Archive]

L’exemple le plus récent en est la Libye, où Moscou soutient, par le biais de son armée de mercenaires du Groupe Wagner, l’homme fort du pays, Khalifa Haftar, contre le gouvernement reconnu par les Nations unies.

La tentative de mainmise du Kremlin sur le pays semble avoir échoué, alors que sortent plusieurs rapports faisant état de dissensions entre Haftar et ces mercenaires et d'une série de défaites de ses forces sur le terrain, mais ce carnage a fait des centaines de morts et déplacé plus de 200 000 personnes.

Les récentes révélations concernant la présence d’appareils russes basés en Libye suggèrent toutefois que le Kremlin pourrait avoir des visées à plus long terme sur ce pays au-delà de sa tentative avortée de coup d’État.

Le Groupe Wagner, notoirement chargé de mettre en œuvre les visées du président russe Vladimir Poutine dans le monde sous le couvert d’un déni plausible, est présent dans plusieurs pays dans le monde, notamment en Syrie, au Soudan, au Venezuela, à Madagascar et ailleurs encore.

Agissant en coordination avec l’armée russe, ce groupe est l’instigateur de la guerre civile dans l’est de l’Ukraine et a joué un rôle de premier plan dans l’annexion illégale de la Crimée en 2014.

Le soutien apporté par le Kremlin au président syrien Bashar el-Assad laisse dans son sillage une tragique traînée de sang.

Les bombardements délibérés de cibles civiles, notamment d’hôpitaux, par des avions russes ont fait au moins 6 500 victimes parmi les civils et ont déplacé près d’un million de personnes, et les incursions militaires russes dans l’est de la Syrie perturbent les efforts pour venir à bout de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

En Géorgie, les habitants sont confrontés à des ingérences russes manifestes. Le 8 août 2008, l’armée russe est entrée en Géorgie et occupe depuis lors de vastes régions du pays. Le Kremlin a reconnu l’Ossétie du Sud et une autre enclave séparatiste, l’Abkhazie, comme des États indépendants, puis a installé des bases militaires permanentes sur leur territoire.

La guerre entre la Russie et la Géorgie et l’occupation d’un cinquième de son territoire par la Russie ont suscité de fortes inquiétudes en Asie centrale, où dirigeants comme simples citoyens expriment de plus en plus leurs inquiétudes face aux ingérences russes.

Le Kirghizistan s’interroge sur les motifs réels du déploiement par la Russie de systèmes de défense anti-aérienne et antimissile sur son territoire, les autorités turkmènes sont de plus en plus irritées par les discours alarmistes des responsables russes concernant la sécurité des frontières du Turkménistan, et le Tadjikistan s’inquiète de voir le Kremlin agiter la crainte du terrorisme pour jouer un rôle dans le scénario selon lequel le pays « a besoin » de l’assistance militaire russe.

Au Kazakhstan, l'inquiétude est de plus en plus forte face aux récentes initiatives déployées par Moscou pour élargir la coopération dans le cadre de l’Union économique eurasienne (UEE) pour renforcer le contrôle du Kremlin sur ses voisins.

Non-respect des traités

Le régime de Poutine se comporte également comme un « violeur en série » des traités internationaux en matière de sécurité qui étaient destinés à prévenir les conflits militaires.

Récemment, Moscou a renoncé à se conformer au Traité Open Skies de 1992, qui permet aux 35 pays signataires, parmi lesquels les États-Unis et la Russie, d’effectuer des vols de surveillance non armés sur leurs territoires réciproques.

Le non-respect répété de ce traité par la Russie, notamment l’interdiction par Moscou des vols au-dessus de Kaliningrad et de la frontière entre la Géorgie et la Russie, ont poussé les États-Unis à envisager de se retirer de ce traité.

L’année dernière, Poutine avait suspendu la participation de la Russie au Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (Intermediate-Range Nuclear Forces- INF), qui interdit la possession, la production ou les essais de missiles sol-air pouvant voyager sur des distances comprises entre 500 et 5 500 kilomètres, ainsi que de leurs lanceurs.

Après des années de plaintes officielles et de tentatives de résolution diplomatique, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont conclu que la Russie « viole ouvertement » ce traité emblématique de la Guerre froide.

L’INF était considéré comme l’un des deux traités sur les armes signés entre la Russie et les États-Unis, l’autre étant le traité New START sur la réduction des armes stratégiques, qui maintient les arsenaux nucléaires des deux pays bien en deçà de leurs niveaux records de la Guerre froide.

Mais ce traité doit lui aussi expirer en 2021, et il semble qu’il n’y ait que peu de volonté d’en négocier une extension.

Désinformation, piratage

Le Kremlin est peut-être plus connu pour sa campagne de propagation et de discorde en ligne au travers de ses diverses organisations de trolls et d’unités de piratage.

Ses ingérences lors de nombreuses élections aux États-Unis et en Europe ont été révélées au grand jour, tout comme ses campagnes visant à alimenter les discordes en Occident, mais dernièrement, la pandémie de coronavirus COVID-19 a donné à Moscou encore plus d’occasions d’alimenter le chaos.

Des milliers de comptes de médias sociaux liés à la Russie ont lancé un effort coordonné pour propager des théories conspirationnistes sur le coronavirus alors que la pandémie s’accentuait dans le monde, et une enquête a révélé que ces efforts n’étaient que le dernier exemple en date de la campagne de long terme de Poutine visant à discréditer les systèmes de santé occidentaux.

Alors même que la Russie devait faire face à une pandémie à l’intérieur de ses propres frontières, le Kremlin a commencé à déployer des tactiques de désorientation et de confusion similaires sur son propre système de santé, provoquant la colère des personnels médicaux russes.

En mai, Facebook a supprimé des dizaines de comptes basés en Russie qui se livraient à des campagnes de grande ampleur visant à perturber les élections et la société en général dans le monde entier. En février, le réseau social a purgé des dizaines de comptes liés aux renseignements militaires russes qui tentaient d’aggraver les tensions ethniques.

Ce ne sont là que deux des nombreuses actions entreprises ces dernières années contre des comptes russes malveillants dans les médias sociaux.

Cela fait en réalité des années que les pirates russes ciblent les leaders et les groupes mondiaux, et pour rappel, l'agence allemande de renseignements a demandé en mai au Kremlin d’arrêter ses activités malveillantes.

Atteintes aux libertés

Le Kremlin porte également atteinte aux droits civils et aux droits de l’homme dans le pays et à l’étranger lorsque cela répond à ses intérêts.

Poutine poursuit activement ses « efforts pour contrôler l’internet, en utilisant des méthodes toujours plus élaborées », citant une loi qui permettrait au pays de déconnecter l’internet russe du reste du monde, et l’on pense qu’il met à profit la crise du coronavirus pour élargir cette loi.

Le régime est resté silencieux lorsque des immigrants originaires d’Asie centrale bloqués en Russie sans travail et avec de faibles ressources par suite de la pandémie de coronavirus ont vu leurs malheurs amplifiés par des persécutions policières illégales et une fraude généralisée.

Les organes de presse favorables au gouvernement en Russie tirent parti de la pandémie de coronavirus pour dépeindre les ouvriers migrants venus d’Asie centrale comme des bandits et des criminels, notent les observateurs.

Un environnement hostile, des conditions de travail très difficiles et un sentiment xénophobe qui s’exprime directement à l’encontre des migrants originaires d’Asie centrale en Russie, sanctionnés en apparence par Moscou, créent les conditions idéales pour que des recruteurs extrémistes s’intéressent à ces travailleurs en colère et en situation d’invulnérabilité.

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