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Le Yémen demande que soient intensifiés les « vols de secours » depuis l'aéroport de Sanaa

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Une jeune Yéménite arrive à l'aéroport international Reine-Alia, au sud d'Amman, la capitale jordanienne, après la deuxième évacuation médicale de Sanaa réalisée par les Nations unies le 8 février. [Khalil Mazraawi/AFP]

Les Yéménites demandent une augmentation des « vols de secours », le pont aérien médical ouvert la semaine dernière pour transporter les patients yéménites de Sanaa ayant un besoin vital d'être traités à l'étranger.

Le pont aérien médical a été ouvert le 3 février, lorsque sept jeunes patients et leurs proches ont quitté l'aéroport de Sanaa, fermé aux vols commerciaux depuis 2016, à bord d'un avion des Nations unies à destination d'Amman.

Un deuxième vol d'évacuation médicale transportant 24 Yéménites gravement malades depuis Sanaa est arrivé en Jordanie le 8 février, a fait savoir un photographe de l'AFP.

Cet appareil transportait des hommes, des femmes et des enfants ayant un besoin urgent de soins médicaux, ainsi que leurs compagnons, a déclaré un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le vol devait quitter Sanaa le 7 février mais a été reporté pour des « raisons techniques », selon l'OMS.

Les vols d'évacuation médicale sont le résultat de l'initiative humanitaire annoncée le 14 mai 2018, selon le colonel Turki al-Maliki, porte-parole de la Coalition arabe.

Cette initiative « s'inscrit dans le cadre des efforts humanitaires et de secours, et est solidaire du peuple frère du Yémen pour soulager la souffrance des patients et les conditions médicales graves », a-t-il déclaré dans un communiqué le 27 janvier.

Appels à l'intensification des vols de secours

Les parties prenantes appellent à une augmentation de la fréquence et de la capacité des vols de secours au départ de l'aéroport de Sanaa, et les Nations unies prévoient de transporter 32 000 patients à l'étranger pour qu'il y soient traités.

Mazen Ghanem, directeur général du transport aérien à l'Autorité générale de l'aviation civile, a appelé les Nations unies à tenir leurs obligations relatives à ce pont aérien médical.

Les Nations unies ont informé les autorités compétentes que quatre vols mensuels sont prévus transportant chacun 30 patients à bord d'avions privés affectés au transport de l'envoyé onusien, et non des avions spéciaux médicalement équipés, a-t-il précisé à Al-Mashareq.

« Les Nations unies n'ont pas établi de plan pour transporter les 32 000 patients enregistrés, et environ 300 000 patients qui attendent ces vols », a-t-il fait savoir.

Ghanem a souligné l'importance d'ouvrir complètement l'aéroport de Sanaa « et de permettre aux compagnies aériennes d'y faire transiter des patients pour soulager leurs souffrances, compte tenu de la guerre et du siège que subit le peuple yéménite depuis cinq ans ».

« Augmenter le nombre de vols en pont aérien pour transporter les patients yéménites est très important pour soulager leurs souffrances, car ils vivent dans ce qui équivaut à une grande prison », a déclaré l'économiste Abdoul Aziz Thabet.

« L'aéroport de Sanaa a été fermé pendant quatre ans, ce qui a aggravé la souffrance des patients, dont beaucoup sont morts en attendant le lancement du pont aérien pendant près de deux ans », a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

Thabet a appelé à « l'organisation d'au moins un vol par jour transportant entre 100 et 150 patients ».

Les Houthis perturbent les vols d'évacuation médicale

Les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran veulent perturber le pont aérien médical, « parce que l'ouverture de l'aéroport aux vols directs [au départ du Yémen uniquement] n'est pas dans leurs objectifs, car le premier vol transportait des patients à bord d'un avion des Nations unies, et non d'un avion commercial », a déclaré le vice-ministre des Droits de l'homme Nabil Abdoul Hafeez.

Il a déclaré à Al-Mashareq qu'il soutient l'ouverture complète de l'aéroport de Sanaa à condition qu'il ne gère que les vols locaux vers d'autres aéroports à l'intérieur du Yémen « pour s'assurer que la milice houthie n'utilise pas l'aéroport pour faire sortir les commandants houthis ou iraniens du Yémen ».

« Le gouvernement soutient toute action qui contribue à soulager la souffrance des citoyens, en particulier ceux qui vivent dans les zones contrôlées par les Houthis soutenus par l'Iran », a-t-il déclaré.

La position du gouvernement yéménite concernant le pont aérien médical est claire depuis les négociations de Stockholm en décembre 2018, a-t-il affirmé.

Lors des négociations, le gouvernement yéménite a stipulé que « l'aéroport de Sanaa serait entièrement ouvert afin de servir d'aéroport local uniquement pour le transport de patients et de passagers vers les aéroports de Seiyun ou d'Aden, où ils embarqueraient sur des vols internationaux », a-t-il déclaré.

Cela permettrait de s'assurer « que les Houthis ne font pas [sortir du Yémen] les militaires et experts de l'Iran et du Hezbollah, qui sont nombreux dans le pays », a-t-il ajouté.

La milice houthie n'a cependant pas accepté la proposition et a choisi de continuer à faire pression sur la communauté internationale et les Nations unies pour ouvrir l'aéroport de Sanaa aux vols directs « sous prétexte de transport de malades », a-t-il déclaré.

Entre septembre 2014 et mars 2015, deux vols par jour en moyenne ont fait venir des experts, des conseillers et des spécialistes militaires de l'Iran et du Hezbollah, ainsi que des armes, a fait savoir Abdoul Hafeez.

La milice houthie fait pression pour que l'aéroport de Sanaa soit ouvert afin de faire sortir ces personnes, « prouvant une fois de plus qu'elle ne cherche qu'à servir ses intérêts et ne se soucie pas de la souffrance du peuple yéménite », a-t-il conclu.

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