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Dégradation des services dans les zones contrôlées par les Houthis à cause des conflits internes

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des combattants yéménites fidèles aux Houthis armés de Kalachnikov lors d'une réunion tribale à Sanaa, le 21 septembre. [Mohammed Huwais/AFP]

Alors que les conflits internes entre les dirigeants des Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran font rage, les citoyens yéménites en paient le prix par la détérioration des services publics dans les zones sous le contrôle de la milice.

Les luttes intestines dans les rangs de la milice au sujet de l'influence et de l'accès aux financements ont eu un impact négatif sur le fonctionnement des institutions publiques, car les dirigeants des Houthis ont placé des responsables qui leur sont fidèles à des postes clés, afin assurer un flux ininterrompu de revenus dans les caisses de la milice, expliquent des experts.

Le conflit entre les dirigeants houthis a éclaté au grand jour en mai 2019, lorsque Sultan al-Sameie, membre du conseil politique suprême autoproclamé des Houthis, a ouvertement attaqué Ahmed Hamed, le directeur du bureau du président du gouvernement contrôlé par les Houthis.

Al-Sameie a accusé Hamed, qui est loyal envers le président du conseil suprême, Mahdi al-Mashat, de corruption et de détournement de plusieurs milliards.

Il a également accusé les dirigeants houthis d'abus et de corruption généralisés aux plus hauts niveaux.

Peu après, Hamed a riposté, accusant al-Sameie de collaboration avec des entités étrangères, de corruption, de pots-de-vin et de contrebande lui ayant rapporté des millions.

Des affrontements armés ont éclaté ces derniers mois entre les dirigeants houthis dans les provinces d'Ibb et d'Amran, ont rapporté les médias locaux.

Les dirigeants de la milice à Ibb et à Amran ont également été renvoyés pour corruption et remplacés par des leaders de la province de Saada.

Impact direct sur les citoyens

« Les affrontements armés qui ont éclaté entre les dirigeants houthis concernaient les revenus des institutions locales dans leurs provinces », a fait savoir Abdoul Rahman Barman, avocat et défenseur des droits de l'homme.

Plusieurs dirigeants locaux ont trouvé la mort dans ces affrontements armés, a-t-il indiqué à Al-Mashareq.

La corruption a également conduit certains leaders houthis de ces provinces à confisquer des propriétés privées, « car leur but principal est d'amasser de l'argent ».

Par conséquent, les services fournis par les institutions génératrices de revenus dans les provinces contrôlées par les houthis diminuent, a-t-il déclaré, ajoutant que ce sont devenues « des institutions dont le but est de percevoir de force l'argent des habitants ».

Le conflit entre les dirigeants houthis s'est étendu à des agents subalternes, a précisé Barman, « entraînant des luttes pour des postes administratifs et une compétition pour des institutions génératrices de revenus à tous les niveaux ».

L'attention des dirigeants houthis « ne porte pas sur l'amélioration des performances, mais sur l'augmentation des revenus », a-t-il souligné.

Cela a aggravé les souffrances des habitants en raison de la détérioration des services fournis par ces institutions, en particulier dans les secteurs de la santé, de l'eau et de l'éducation, a-t-il poursuivi.

Les Houthis nomme des « leaders loyaux »

« Les Houthis utilisent l'accusation de corruption pour se débarrasser des dirigeants locaux dans certaines provinces et nommer des dirigeants qui leur sont plus loyaux, » a expliqué l'analyste politique Waddah al-Jalil à Al-Mashareq.

Cette tendance s'est accentuée après la mort du dirigeant houthi Saleh al-Sammad, ancien dirigeant du conseil politique suprême, lors d'une frappe aérienne en 2018, et la nomination d'al-Mashat pour le remplacer, a déclaré al-Jalil.

Al-Mashat a essayé d'apporter des changements en accord avec les intérêts des dirigeants qui lui sont proches, a-t-il ajouté.

La milice a renvoyé plusieurs gouverneurs adjoints dans les provinces d'Ibb et d'Amran pour corruption et les a remplacés par des loyalistes houthis de la province de Saada, au lieu de Sanaa ou Dhamar, a-t-il rapporté.

Les leaders houthis de Saada sont au sommet de la hiérarchie de la milice, jouissant d'un statut supérieur à celui des chefs de Sanaaa, Dhamar ou d'autres provinces sous contrôle houthi.

Parmi les personnes renvoyées figuraient les responsables des institutions de service, ce qui a eu un effet sur leurs performances, a-t-il précisé.

Hausse des impôts

Les dirigeants houthis se sont concentrés sur l'augmentation des impôts locaux et des redevances, et sur l'imposition d'autres taxes pour payer la guerre, et qui sont perçus par la force, a déclaré à Al-Mashareq l'économiste Abdoul Aziz Thabet.

Cela a conduit à une augmentation des violations commises contre les citoyens, leurs intérêts et leurs biens, a-t-il poursuivi.

« L'Autorité de la circulation a triplé les frais de renouvellement des immatriculations et des permis de conduire, alors que les habitants sont confrontés à la perte de leur emploi, à la suspension des salaires et à l'augmentation de la pauvreté et du chômage », a-t-il déclaré.

Cela porte nettement atteinte aux droits et aux intérêts des habitants, a affirmé Thabet.

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