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Les Houthis ciblent des anciens de tribus pour étendre leur contrôle

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden

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Des Yéménites armés de fusils Kalachnikov lors d'une réunion tribale à Sanaa le 21 septembre, alors que des membres de tribus distribuent des rations de nourriture et des fonds aux combattants fidèles aux Houthis sur les différents fronts. [Mohammed Huwais/AFP]

Les Houthis (Ansarallah) soutenus par l'Iran ont détenu des chefs tribaux lors d'une opération destinée à prendre le contrôle de leurs ressources, ont rapporté des observateurs yéménites à Al-Mashareq.

Le prétendu Service de sécurité préventive des Houthis a effectué une rafle à grande échelle en décembre et en janvier, arrêtant des dizaines d'anciens de tribus dans le district administratif de Sanaa et dans les provinces de Sanaa et d'Amran.

Cheikh Atef, un chef de la tribu Bani Sareeh à Amran, faisait partie des détenus, avec huit chefs d'autres tribus des trois provinces, a fait savoir le journal Asharq Al-Awsat le 4 janvier.

Cette rafle a eu lieu après que les Houthis ont accusé certains chefs tribaux, même ceux qui avaient auparavant soutenu la milice, de ne pas mobiliser de combattants pour leur cause ou de ne pas approvisionner leurs fronts en argent et en nourriture.

Les Houthis se sont d'abord retournés contre leur ancien allié politique et militaire, l'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh, a déclaré à Al-Mashareq Abdoul Salam Mohammed, directeur du Centre Abaad d'études et de recherche.

Maintenant, ils ciblent les chefs et les anciens des tribus, a-t-il indiqué, malgré le fait que la plupart des membres de tribus qui étaient loyaux à Saleh et à son Congrès général du peuple (CGP) aient fermement soutenu les Houthis.

« Il semble que les arrestations soient le dernier mécanisme utilisé par les Houthis pour asservir et contraindre les tribus, après l'utilisation d'autres techniques pour dompter la société tribale », a déclaré Mohammed.

Les Houthis ont accaparé les ressources humaines et financières des tribus yéménites pour servir les ambitions de l'Iran et les ont gravement épuisées, a-t-il fait savoir.

Comme il devient de plus en plus évident que les Houthis servent l'agenda iranien et sont dirigés par son Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), les anciennes alliances politiques, militaires et sociales de la milice ont commencé à se dissoudre, a-t-il expliqué.

Les Houthis travaillent avec l'Iran

Les Houthis travaillent de concert avec le CGRI pour mettre en œuvre le programme du régime iranien, sapant la sécurité et la stabilité du Yémen et de la région, a déclaré le chercheur Nabil al-Bakiri à Al-Mashareq.

« L'objectif des Houthis est également d'interférer avec toutes les ressources du Yémen, en particulier les ressources humaines, pour servir les desseins de l'Iran et renforcer le contrôle de leurs dirigeants sur l'ensemble du Yémen », a affirmé al-Bakiri.

Après avoir pris le contrôle de nombreuses institutions et ressources de l'État, les Houthis essaient maintenant de prendre le contrôle des ressources des tribus, a-t-il indiqué, précisant que celles-ci constituent la principale source de combattants de la milice.

Selon al-Bakiri, les conflits internes entre les différentes groupes de la milice ont joué un rôle dans le ciblage récent de certains chefs tribaux.

L'objectif est d'affaiblir les dirigeants houthis qui soutiennent certains chefs de tribus, a-t-il expliqué, et ainsi de marginaliser les dirigeants houthis qui viennent d'autres provinces que Saada, qui est le cœur de la milice.

« L'utilité des [chefs tribaux ciblés] a pris fin après que les Houthis ont atteint leur objectif de prendre le contrôle de l'État et de ses revenus », a-t-il noté.

Pression sur les chefs de tribus

Les Houthis comprennent l'importance des tribus et le rôle que leurs ressources humaines et financières jouent pour soutenir la milice sur les champs de bataille, a déclaré l'analyste politique Faisal Ahmed à Al-Mashareq.

« Dès le premier jour du coup d'État, les Houthis s'en sont pris aux chefs des tribus et à leurs fils » pour contrôler leurs tribus, a-t-il rapporté, ajoutant qu'ils « y sont parvenus ».

Après que Saleh a été tué, les tribus sont devenues plus vulnérables, a-t-il expliqué.

Les Houthis ont commencé à faire pression sur les chefs tribaux, leur demandant de se battre sous leur bannière ou d'envoyer leurs fils intégrer les rangs de la milice.

« Souvent, les combattants tribaux trouvent la mort, ce qui permet à des chefs tribaux affiliés ou fidèles aux Houthis de prendre le contrôle des tribus », a-t-il ajouté.

Dans certains cas, a-t-il poursuivi, les Houthis se sont retournés contre des chefs tribaux influents, même s'ils avaient totalement soutenu le coup d'État de la milice, en leur faisant élire un nouveau chef.

C'est ce qui est arrivé à Ali Maqsaa, chef de la tribu Sinhan, au début du mois de janvier.

Maqsaa a été destitué lors d'un coup d'État sans effusion de sang mené par les Houthis, et a été remplacé par « un nouveau chef de la même tribu loyal à la milice », a fait savoir Ahmed.

Selon Ahmed, les Houthis ont déjà provoqué des affrontements entre leurs propres dirigeants pour se débarrasser de certains au profit d'autres venus de la province de Saada.

« C'est ce qu'il s'est passé avec l'assassinat du vice-gouverneur de la province d'Ibb, Abdoul Qader Sufian, dont les assassins continuent d'agir dans les postes de commandement qu'ils occupent » dans la milice, a-t-il déclaré.

En agissant de la sorte, a conclu Ahmed, les Houthis ont « infiltré les tribus et renforcé leur contrôle sur elles », et les utilisent pour servir leurs propres ambitions, qui à leur tour servent le programme du régime iranien.

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