Sécurité

Le Liban va rouvrir un passage frontalier essentiel vers la Syrie

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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La construction est en cours au passage de Jussiye, à la frontière entre le Liban et la Syrie, qui devrait bientôt rouvrir. [Photo fournie par la municipalité d'al-Qaa]

Cinq ans après la fermeture du passage de Jussiye sur la frontière libano-syrienne, la Direction générale de la sûreté générale (DGSG) du Liban et l'Administration des frontières se préparent à le rouvrir.

Ce passage frontalier se situe dans les faubourgs d'al-Qaa, où l'opération Fajr al-Juroud (Aube d'al-Juroud) a récemment permis de chasser « l'État islamique » (Daech).

Des habitants ont déclaré à Al-Mashareq qu'ils espèrent que la réouverture du passage frontalier mettra fin à la contrebande illégale, permettra aux Syriens d'entrer au Liban légalement et revitalisera l'économie de la région.

Le maire d'al-Qaa, Bashir Matar, a indiqué à Al-Mashareq que le passage de Jussiye, appelé passage d'al-Qaa du côté libanais, sera rouvert « dans un délai n'excédant pas deux mois ».

Le rythme des travaux s'accélère pour que l'infrastructure soit prête pour le retour de la DGSG et de l'Administration des frontières, a-t-il précisé, ajoutant que ces agences prendront le contrôle du côté libanais du passage.

La DGSG s'occupe de terminer les tâches de construction du poste, qui a été déplacé de douze kilomètres par rapport à son emplacement initial aux abords de la ville d'al-Qaa vers la zone de Masharei al-Qaa, a-t-il fait savoir.

Cela place le passage intégralement dans la sphère de contrôle de l'État et met fin aux déplacements non réglementés, a-t-il poursuivi.

« La décision de déplacer le poste est une mesure souveraine qui endiguera grandement la contrebande », a-t-il affirmé. « Il reste seulement à l'État à prendre la décision de fermer tous les passages illégaux restants afin de contrôler la contrebande et l'arrivée illégale des Syriens. »

La réouverture du passage créera des emplois pour les habitants d'al-Qaa et améliorera les relations avec les Syriens, a-t-il indiqué, car cela facilitera les déplacements des réfugiés qui souhaitent revenir chez eux, et l'entrée de ceux qui veulent venir au Liban.

Les Syriens pourront entrer au Liban légalement en passant par le passage plutôt que clandestinement en échange quelques centaines de dollars, a-t-il ajouté.

Les plans avancent rapidement

« Les préparatifs pour la réouverture du passage avancent rapidement », a déclaré Matar. « La municipalité prend en charge une partie du coût et des travaux. »

Le ministère des Travaux publics a goudronné 600 mètres carrés de route, et la municipalité a commencé à poser des fondations en béton pour que la DGSG puisse installer des salles préfabriquées au passage, a-t-il rapporté.

La municipalité s'occupe également des camions amenant le sable et les graviers sur le site, a-t-il ajouté.

Matar a ajouté qu'il espère que la réouverture du passage officiel permettra à al-Qaa « de tourner la page, et que la sécurité sera sous contrôle », rappelant l'attentat meurtrier de juin 2016 mené par huit kamikazes de Daech.

« La réouverture du passage frontalier est d'une importance capitale, car il rend à l'État le contrôle de la frontière à al-Qaa », a-t-il affirmé, ajoutant qu'elle offre également des débouchés économiques.

« Nous espérons qu'il ressemblera peu ou prou au passage d'al-Masnaa en termes d'attraction du trafic de transit, et qu'il mettra fin à toutes les contrebandes », a-t-il déclaré.

Reprise du contrôle de l'État

La réouverture du passage de Jussiye ouvrira la voie à l'élimination des passages frontaliers illégaux avec la Syrie dans la vallée de la Bekaa, a fait savoir le général de brigade Naji Malaeb, spécialiste en stratégie de sécurité et officier militaire à la retraite.

Cette réouverture « limitera largement la contrebande organisée et illégale de biens », et mettra fin à l'entrée illégale des Syriens au Liban, a-t-il ajouté.

Le retour de la DGSG au poste frontière est d'une grande importance à plusieurs niveaux, a affirmé le journaliste Tony Wehbeh, qui possède des terres agricoles dans cette région.

Il aidera à imposer la sécurité et la stabilité, a-t-il expliqué, et à raviver l'activité économique, en particulier dans le secteur agricole, « qui est la source de subsistance principale pour beaucoup d'entre nous ».

Al-Qaa est situé à environ 40 kilomètres de la ville syrienne de Homs, et a traditionnellement connu des activités commerciales entre les deux régions.

« Pendant des décennies, le passage a été une voie pour l'exportation de notre production agricole de fruits et de légumes, en particulier d'abricots, vers la Syrie, et de là jusqu'aux marchés du Golfe », a-t-il indiqué.

« La fermeture du passage pour des raisons de sécurité a empêché l'exportation de nos produits et de ceux d'autres agriculteurs de la Bekaa », a rapporté Wehbeh, ajoutant que, comme d'autres agriculteurs, il attend impatiemment le retour du « commerce agricole légal et organisé ».

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