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Des religieux chiites dénoncent l'utilisation de recrues mineures par le Hezbollah en Syrie

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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Des enfants membres des scouts d'Imam al-Mahdi assistent à la procession funéraire de Mahdi Hassan Abou Hamdan, un adolescent qui combattait dans les rangs du Hezbollah avant d'être tué en Syrie.  [Photo tirée de la page Facebook de Sada al-Shohada, groupe affilié au Hezbollah]

Dans un entretien avec Al-Mashareq, des responsables religieux chiites modérés ont dénoncé la poursuite du recrutement d'adolescents libanais pour combattre en Syrie, indiquant que beaucoup de jeunes soldats sont renvoyés à leurs familles dans des cercueils.

Aucun parti ou groupe n'a le droit de les enrôler, ont-ils déclaré après une série de funérailles organisées par le Hezbollah pour cinq jeunes combattants, qui avaient débuté le 8 juillet.

La procession funéraire organisée pour Mahdi Hassan Abou Hamdan, seize ans, entre sa ville natale de Taalbaya dans la vallée de la Bekaa et les faubourgs sud de Beyrouth, a déclenché la colère des chiites modérés.

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L'adolescent Mahdi Hassan Abou Hamdan, tué en Syrie alors qu'il combattait dans les rangs du Hezbollah, est salué comme martyr sur un site du parti. [Photo tirée de la page Facebook de Sada al-Shohada, groupe affilié au Hezbollah]

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Des femmes chiites tiennent une photo du jeune Mahdi Hassan Abou Hamdan, une recrue du Hezbollah tuée en Syrie.  [Photo tirée de la page Facebook de Sada al-Shohada, groupe affilié au Hezbollah]

Le Hezbollah a annoncé sa mort sur la page Facebook du parti « Écho des martyrs » (Sada al-Shohada), qui montre de nombreuses photos de jeunes et d'adolescents tués en Syrie depuis que le Hezbollah a commencé à participer aux combats dans ce pays.

« Pas le droit de recruter des mineurs »

La conscription militaire « est le droit exclusif de l'État libanais, et le Hezbollah et d'autres groupes et partis n'ont pas le droit de recruter des adultes, et encore moins des enfants », a fait savoir le spécialiste en religion et universitaire Sayyed Ali al-Ameen à Al-Mashareq.

Les groupes armés qui recrutent des mineurs le font car ils ont besoin de combattants, a-t-il noté, non pas par décret religieux.

La préservation de la vie humaine « est un devoir divin », a indiqué al-Ameen, notant que la loi islamique interdit de tuer et de verser le sang.

Retirer les mineurs des champs de bataille pour les envoyer à l'école et à l'université sera une « renaissance pour eux et pour leurs communautés », a-t-il déclaré.

Responsables religieux et érudits peuvent aider à mettre fin à cette pratique en montrant qu'elle va à l'encontre des principes religieux et en mettant en garde contre les dangers et le mal que cela apporte, a-t-il ajouté.

Cependant, de nombreux érudits religieux gardent le silence face à ce problème, « parce qu'ils sont intimidés par la puissance des groupes responsables », a précisé al-Ameen.

In fine, c'est à l'État libanais qu'il revient d'empêcher ce recrutement, a-t-il indiqué, car c'est le seul organisme « qui a le droit de faire appliquer la loi sur son peuple et son territoire ».

Militarisation de la communauté chiite

Le Hezbollah envoie davantage de jeunes dans les batailles en Syrie « non pas parce qu'il est à court de combattants, mais parce que c'est le résultat logique de sa militarisation de la communauté chiite », a déclaré le militant politique Luqman Salim.

Après des années d'endoctrinement, la communauté « accepte désormais d'envoyer ses enfants et ses adolescents au combat, comme s'ils allaient accomplir un travail rémunéré », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

« Cela fait des années que nous répétons que le Hezbollah militarise la communauté chiite, car nous avons vu le recrutement d'enfants et de jeunes, et leur mort en Syrie », a-t-il déclaré.

Des enfants des scouts d'Imam al-Mahdi assistent à l'enterrement de Mahdi Hassan Abou Hamdan, où ils ont joué de la musique funéraire militaire et ont chanté des chansons du parti.

Ces enfants n'ont pas encore atteint la puberté, a noté Salim, « mais ils sont malheureusement déjà élevés dans la culture de la mort et des funérailles ».

Les parents qui laissent leurs enfants combattre dans les rangs du Hezbollah font généralement partie d'une de ces trois catégories : d'anciens soldats dont les enfants sont déjà militarisés, ceux qui sont motivés par la pauvreté financière et sociale, et ceux qui ne peuvent rien y faire, a expliqué Salim.

Selon lui, le recrutement des enfants ne vient pas d'un « manque de combattants, mais d'une culture spécifique, d'une logique particulière et du caractère litigieux que le parti veut propager ».

Le facteur économique, « qui contribue à ce que les parents acceptent l'enrôlement de leurs enfants pour 600 000 livres libanaises (398 USD), dans un pays où le taux de chômage est de 30 % », joue également un rôle important, a-t-il poursuivi.

Quant aux scouts d'Imam al-Mahdi, a-t-il indiqué, ce groupe sert « d'incubateur qui les prépare à la culture de la mort ».

Il faudra à la communauté chiite « des générations pour défaire ce que le parti a fait aux enfants », a-t-il affirmé.

Documents de martyrs

Beaucoup de parents de jeunes tués en Syrie « sont très en colère, mais ils ne peuvent pas exprimer leur colère et leur chagrin », a fait savoir Salman Souleiman, qui observe de près la question du recrutement des enfants, et a demandé à utiliser un pseudonyme par peur pour sa sécurité.

« Le fait de confier l'administration des affaires des chiites au Hezbollah et les conditions de misère dans lesquelles les parents vivent dans leurs villes ont permis au Hezbollah de recruter des enfants », a-t-il déclaré.

Ces jeunes sont recrutés pour combattre en Syrie pour des sommes allant de 400 à 1 000 dollars par mois, a-t-il rapporté, « et en échange, leurs parents doivent signer un document grâce auquel ils donnent la vie de leurs enfants en martyre ».

« Le plus triste dans tout cela a été de voir, à l'enterrement de l'adolescent Mahdi Hassan Abou Hamdan [...] des enfants y participer en uniformes militaires », a confié Souleiman.

« Ce sont eux qui sont envoyés en Syrie et ailleurs », a-t-il fait savoir.

Au lieu de « fêter l'obtention d'un diplôme d'éducation secondaire, [Abou Hamdan] a été ramené au Liban dans un cercueil », a-t-il déploré.

« Il suffit de regarder les réseaux sociaux du parti pour réaliser l'ampleur de la tragédie des enfants qui sont massacrés en Syrie. »

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Politique Commentaire
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Bonjour ... Apparemment, ces soi-disant clercs chiites modérés n'ont pas lu le Jihad et les versets de défense [dans le Coran.] ... Qu'en est-il des récits et des décrets religieux émis par les clercs précédents? [Ceux dans lesquels ils ont déclaré] que si les ennemis et les infidèles attaquent les territoires musulmans, mettent en danger les honneurs des gens, assassinent des personnes innocentes et pillent leurs biens, il est obligatoire pour tous les musulmans de se défendre. Faites attention à la clause "tout"! Cela signifie tous ceux qui ont la capacité de défendre, y compris les femmes, les hommes, les personnes âgées, les jeunes, les adolescents, etc. La littérature de votre article est anti-islam, et sans aucun doute, selon les caprices et les souhaits des étrangers, les colonisateurs , et les colonialistes. Voilà si nous ne voulons pas dire que vous êtes les mercenaires de l'ennemi!

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Malheureusement, ils critiquent la participation des jeunes qui sont à leur apogée et ne critiquent pas les vieux lâches qui ne font pas leur devoir national. Le problème n'a rien à voir avec l'âge; C'est un argument faible parce que les jeunes doivent prier, faire le pèlerinage et le djihad, d'après notre sainte religion. Le problème réside dans la méconnaissance de ceux qui critiquent. Quoi qu'il en soit, si la défense de notre existence nous oblige à offrir des enfants qui ne sont pas assez âgés selon la charia, nous n'épargnerons pas nos âmes et nos enfants!

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Hahahaha! Qui sont ceux qui parlent? Ceux-ci sont rejetés par les chiites. Et le martyr Amro a 18 ans, pas 16 (il est né le 17 mai 1999).

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