Éducation

Les réfugiés au Liban explorent de nouvelles carrières

Par Nohad Topalian à Beyrouth

Mohammed Hassan, militant des droits de l'homme et réfugié syrien âgé de 25 ans, participe à une formation à la radio Voice of Lebanon. [Photo fournie par Mohammed Hassan]

Mohammed Hassan, militant des droits de l'homme et réfugié syrien âgé de 25 ans, participe à une formation à la radio Voice of Lebanon. [Photo fournie par Mohammed Hassan]

La guerre en cours en Syrie et l'incursion de « l'Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL) en Irak ont anéanti les rêves de plusieurs étudiants, mais certains ont pu trouver des possibilités malgré l'adversité.

Alors que beaucoup de réfugiés de Syrie et d'Irak espèrent pouvoir terminer leur éducation universitaire et commencer à démarrer leurs carrières au Liban, la plupart d'entre eux ont été forcés d'interrompre leurs études et d'entre dans la vie active.

Assez peu d'entre eux sont partis pour arriver à atteindre leurs rêves académiques.

Dalia Saad Boulos, Chaldéenne de 20 ans déplacée de la ville irakienne de Mossoul en 2014, a déclaré à Al-Mashareq qu'elle avait espéré devenir pédiatre.

Elle travaille désormais comme vendeuse dans un magasin de produits cotonniers dans le district de Sad el-Bouchrieh à Beyrouth, mais est toujours déterminée à réaliser son rêve, même si cela lui prend plus de temps que prévu.

« Nous vivions en paix dans la ville, Mossoul, et notre vie était normale jusqu'à ce qu'elle a été occupée par « l'Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL) », a-t-elle raconté.

« Nous avons dû partir, d'abord dans la région kurde, puis au Liban, où nous nous sommes installés dans une petite maison du district de Sabtiyeh », a-t-elle rapporté. « Nous avons connu la pauvreté et nous manquions de presque tout. »

Aujourd'hui, Boulos vit avec ses parents, ses trois frères et sa sœur, qui travaille dans le même magasin qu'elle pour aider leur famille à payer le loyer et le traitement d'un de leurs frères qui est malade.

Abandonner ses rêves

« J'ai laissé mon foyer, mon rêve et mon futur à Mossoul », a expliqué Boulos.

« Je venais de finir le lycée et je m'apprêtais à m'inscrire à l'université pour me spécialiser en médecine lorsque l'EIIL a envahi la ville », a-t-elle relaté.

Au Liban, la famille survit avec ce qu'elle peut gagner et grâce à l'aide alimentaire bimestrielle fournie par le diocèse chaldéen de Beyrouth, a indiqué Boulos.

Sa famille s'est inscrite auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dès son arrivée au Liban, mais « nous n'avons toujours pas reçu nos cartes », a-t-elle ajouté.

« Ma situation actuelle ne me permet pas de m'inscrire à une université spécialisée en médecine au Liban », a-t-elle précisé. « J'ai pensé le faire à plusieurs reprises, mais les frais d'inscription sont trop élevés pour ma famille. »

Boulos, est cependant déterminée à réaliser son rêve de devenir médecin et dit espérer pouvoir au moins se lancer dans un travail humanitaire une fois qu'elle aura son diplôme.

« Je cherche à obtenir une bourse pour me rendre à l'étranger pour terminer mes études et réaliser mon rêve », a-t-elle expliqué. « Je serai docteur, un jour. »

Changement de direction

Malgré les difficultés auxquelles ils font face, beaucoup de jeunes syriens ont réussi à atteindre certaines de leurs ambitions, comme le militant des droits de l'homme Mohammed Hassan.

« Je suivais ma spécialisation universitaire en programmation informatique à l'Institut technologique de Damas lorsque la révolution a éclaté », a indiqué Hassan, 25 ans, à Al-Mashareq.

« Les événements en Syrie m'ont obligé de partir pour Beyrouth en 2013 et à connaître des changements radicaux dans ma vie », a-t-il rapporté. « Mon rêve de décrocher un diplôme d'ingénieur a jusqu'ici échoué, malgré le fait que je sois venu au Liban à l'origine pour terminer mon éducation. »

Contraint d'abandonner ses études, Hassan a commencé à développer « mon loisir préféré, le journalisme, car je rêve depuis mon enfance de raconter les histoires des gens et de les transmettre au reste du monde ».

« La guerre a changé mes rêves », a-t-il confié. « Au lieu d'être ingénieur informaticien, je suis dans une profession complètement différente. »

« J'ai commencé en faisant le ménage dans des cafés, en faisant la vaisselle et en livrant de la nourriture tout en travaillant dans le secteur médiatique en tant que journaliste indépendant », a-t-il raconté. « J'ai couvert les actualités liées aux réfugiés et j'ai participé à des campagnes des droits de l'homme. »

Hassan a récemment reçu une bourse de la part d'une université privée libanaise pour poursuivre ses études de radio et de télévision, a-t-il fait savoir.

« Chaque situation peut avoir du bon », a-t-il déclaré, notant que devant cette nouvelle réalité, il n'avait pas d'autre choix que d'accepter le changement.

« Je devais prendre une décision ou gaspiller ma vie », a-t-il indiqué.

Documenter la guerre

La guerre syrienne a aussi modifié le cours de la vie de Jaafar Mousa, habitant d'Homs de 24 ans qui étudiait à l'université d'Homs lorsque la guerre a éclaté.

« Le déclenchement de la révolution m'a obligé à changer, et je me suis retrouvé tout près de mon rêve de devenir journaliste, mais d'une façon différente, c'est-à-dire en documentant par le biais des médias le début du militantisme en Syrie », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

Mousa a documenté l'escalade militaire à Homs, en particulier dans les districts de Baba Amr, du vieil Homs puis d'al-Waar, a-t-il rapporté. « Je documentais les événements avec mon téléphone portable et j'ai été arrêté trois fois. »

« J'ai ensuite commencé à documenter le déplacement forcé et le changement démographique à Homs », a-t-il fait savoir, ajoutant que les circonstances l'ont plus tard mené à fuir sa patrie pour aller au Liban.

« Je suis parti pour le Liban et je m'y suis installé, et après six ans à y travailler dans les médias, j'ai enfin pu m'inscrire [à une université] et poursuivre une spécialisation dans la radio et la télévision », a raconté Mousa.

« Malgré la situation autour de moi, j'ai pu poursuivre mes études et travailler dans le métier que j'aime », a-t-il affirmé.

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