Réfugiés

Un jeune syrien handicapé retrouve espoir grâce à la musique

Par Nohad Topalian à Beyrouth

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Bassel Mokdad, 17 ans, blessé par suite de la guerre en Syrie, joue du violon lors d'une conférence de presse de l'UNICEF organisée le lundi 12 mars à Beyrouth. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

Bien que la guerre en Syrie l'ait laissé partiellement paralysé, Bassel Mokdad, 17 ans, qui se déplace en fauteuil roulant, a pu réaliser son rêve de devenir violoniste.

Mais cette transformation n'a pas été sans difficulté, a-t-il expliqué, jouant de son instrument et partageant son expérience à l'occasion d'une soirée organisée le lundi 12 mars par l'UNICEF à Beyrouth et destinée à montrer l'impact dévastateur de la guerre en Syrie sur les enfants.

Bassel avait été blessé en juin 2013 alors qu'il jouait avec deux amis dans les ruelles de Daraa. Ses blessures ont nécessité une opération chirurgicale, ce qui l'obligea à partir pour Beyrouth, où il se coupa des autres pour échapper aux questions concernant son état de santé.

L'année dernière, il s'est résolu à faire face à sa situation et à apprendre à jouer du violon.

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Après des années d'isolement volontaire à cause de blessures contractées en Syrie, le jeune Bassil Mokdad, 17 ans, a décidé d'apprendre à jouer du violon. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

L'Observatoire syrien des droits de l'homme a enregistré la mort de 19 811 enfants depuis le début de la guerre en mars 2011.

Trois millions de personnes ont été blessées dans ce conflit, a indiqué lundi l'association française Handicap International, et un million et demi souffrent d'un handicap permanent, dont 86 000 ont nécessité une amputation.

L'année dernière, plus de 360 enfants syriens ont été blessés ou handicapés par des explosifs et des attaques aveugles contre des zones densément peuplées, a fait savoir l'UNICEF, soulignant qu'il ne s'agit là que du seul nombre que les Nations unies ont été en mesure de vérifier.

Ce conflit est désormais « la principale cause de décès chez les adolescents en Syrie », selon Geert Cappelaere, directeur régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Chez les réfugiés syriens au Liban et en Jordanie, a-t-il ajouté, 80% des blessures sont une conséquence directe de la guerre.

Accepter son sort avec humour

« J'ai été blessé au dos en 2013, et mon ami a été tué devant mes yeux alors que nous jouions dans mon quartier à Daraa », a expliqué Bassel.

À l'époque, il avait douze ans.

« J'ai déménagé au Liban et y ai subi plusieurs opérations, mais elles n'ont pas réussi à restaurer la motricité de mes pieds », a-t-il poursuivi. « Je suis passé par des années de souffrance psychologique entre les quatre murs de ma maison à Beyrouth, où je refusais de voir quiconque. »

« J'évitais de sortir pour ne pas avoir à supporter les regards de pitié, et mon handicap affectait fortement mon mental », a-t-il poursuivi.

« Mais il y a à peu près un an et demi, j'ai décidé d'accepter mon sort avec humour et de poursuivre mon rêve de devenir violoniste », a raconté Bassel.

Il s'est alors inscrit à l'institut Rahma pour les personnes ayant des besoins spéciaux, et a entamé un nouveau chapitre de sa vie.

Il avait toujours rêvé de jouer du violon, et s'est alors lancé dans cette nouvelle voie avec passion, apprenant à jouer sans crainte devant un public.

« Cherchez à réaliser vos rêves »

Bassel a exhorté les autres enfants souffrant de handicaps par suite de la guerre à ne pas avoir honte de leurs fauteuils roulants ou de leurs prothèses.

« Sur la base de ma propre expérience, je les appelle à affronter le monde, à compter sur eux-mêmes, à développer leurs compétences, et à chercher à réaliser leurs rêves », a-t-il expliqué.

Nazek Fawwaz, la mère de Bassel, a expliqué à Al-Mashareq que l'expérience de son fils avait été « extrêmement difficile, mais qu'il avait rejeté la pitié et s'était présenté au monde armé de ses ambitions ».

Alors que la guerre en Syrie entre dans sa huitième année, l'UNICEF s'inquiète de « la manière d'aider ces enfants à jouir de leurs droits et à préserver leur dignité », a expliqué Juliette Touma, directrice régionale des communications de l'UNICEF pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

L'UNICEF dispose de programmes pour aider les enfants en matière de soins de santé, de médecine, d'éducation et de services de base, a-t-elle précisé. L'organisation possède également des programmes spécialisés destinés à traiter les blessures physiques, en collaboration avec des organisations libanaises et jordaniennes.

« Nous travaillons avec l'UNICEF et l'INARA depuis le déclenchement de la guerre en Syrie », a expliqué le Dr Ghassan Abou-Sitta, chirurgien plasticien et reconstructeur à l'Université américaine du centre médical de Beyrouth.

« L'année dernière, nous avons réalisé plus d'une centaine d'opérations », a-t-il indiqué à Al-Mashareq. « Nous souhaitons étendre nos capacités médicales pour réaliser autant d'opérations que possible. »

Abou-Sitta a fait part de son inquiétude concernant le sort de milliers d'enfants blessés par la guerre « dont le traitement, les opérations et la rééducation sont retardés parce qu'ils n'ont pas accès aux traitements ».

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