Éducation

Les crises du Liban posent problème pour l'année scolaire

Nohad Topalian à Beyrouth

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L'explosion survenue dans le port de Beyrouth a gravement endommagé 159 écoles de la capitale, dont l'école des Frères à Gemmayze, où l'explosion a causé de graves dégâts matériels dans les salles de classe et d'étude. [Photo fournie par l'école Frères]

La nouvelle année scolaire au Liban est confrontée à des défis majeurs, car la pandémie de coronavirus, la crise financière et les répercussions de l'explosion survenue le 4 août dans le port de Beyrouth mettent en péril l'accès des élèves à l'éducation.

L'explosion a détruit les maisons et les écoles de nombreux enfants, et un élève sur quatre risque de manquer l'école, selon le International Rescue Committee (IRC).

Dans le même temps, un récent pic d'infections au coronavirus (COVID-19) a entraîné le report de la rentrée scolaire du 28 septembre au 12 octobre.

Le ministre intérimaire de l'Éducation, Tarek al-Majzoub, a déclaré qu'étant donné que 8 % des tests de dépistage du coronavirus sont revenus positifs, il était nécessaire de reporter la rentrée pour éviter que la pandémie ne se propage dans le secteur de l'éducation.

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Peu après l'explosion survenue le 4 août dans le port de Beyrouth, qui a causé de graves dégâts matériels aux écoles, les élèves et anciens élèves de l'école des Saints-Cœurs Ashrafieh se sont précipités pour retirer les décombres et aider à la réhabilitation de leur école. [Photo fournie par Saint Cœurs Ashrafieh]

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L'école des Frères à Gemmayze a été gravement endommagée par l'explosion du port de Beyrouth le 4 août. Les travaux de déblaiement et de reconstruction ont été lancés quelques jours plus tard par des organisations de la société civile, des élèves actuels et anciens, ainsi que des ingénieurs bénévoles avec l'aide de la France et de financements européens, notamment du Vatican et de la France. [Photo fournie par l'école des Frères]

Alors qu'un grand nombre d'élèves suivront un enseignement à distance, beaucoup n'ont pas accès aux plateformes d'enseignement virtuel, comme c'est le cas des trois enfants de Salim Shamaa, dont la maison à Ashrafieh a été partiellement démolie par l'explosion du port.

« Nous avons presque tout perdu », a-t-il raconté à Al-Mashareq. « Mes enfants ne peuvent même pas poursuivre l'enseignement à distance, car nous n'avons pas accès aux outils nécessaires pour cela, parce que je suis au chômage depuis le début de l'année 2020. »

159 écoles endommagées par l'explosion

Selon l'UNICEF, 70 000 élèves sont concernés par les dégâts subis par 159 écoles suite à l'explosion dans le port, ainsi que 7 600 enseignants et 20 instituts d'enseignement technique et professionnel.

Le père Boutros Azar, secrétaire général du Secrétariat général des écoles catholiques au Liban, a qualifié la situation de l'année scolaire de « catastrophique ».

Les écoles sont confrontées à la difficulté de ne pas pouvoir payer les salaires des enseignants, étant donné l'incapacité de nombreux parents à payer les frais de scolarité à cause des crises financières et sanitaires écrasantes, a-t-il précisé, notant que les frais de scolarité restent les mêmes que ceux de l'année dernière.

Le ministre de l'Éducation a reporté l'ouverture au 12 octobre, « mais nous ne savons pas si nous pourrons commencer l'année scolaire même à cette date », a-t-il confié à Al-Mashareq.

« Nous avons pris des précautions contre la pandémie en mettant en place des mesures préventives pour protéger les enseignants, les élèves et les parents conformément au protocole établi par le ministère de la Santé et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) », a déclaré Azar.

De plus, le personnel administratif et les enseignants ont été formés pour travailler avec les élèves tout en respectant la distanciation physique, a-t-il ajouté.

« Nous avons formé les enseignants aux principes fondamentaux de l'enseignement à distance et les parents à la manière de faire travailler leurs enfants [à la maison] », a-t-il indiqué.

Mais de nombreux obstacles se dressent avec l'enseignement à distance, a-t-il fait savoir, notamment le manque d'électricité, une mauvaise connexion à Internet et le fait que les parents ne peuvent pas acheter d'ordinateurs ni de tablettes.

Les parents ne peuvent pas non plus superviser l'éducation de leurs enfants à domicile, parce qu'ils sont obligés de travailler, a-t-il ajouté.

Aide à l'enseignement à distance

L'UNICEF a travaillé avec le ministère de l'Éducation pour finaliser un plan de soutien à l'enseignement à distance en mettant l'accent sur la mise en place d'un accès à Internet dans les écoles et en équipant les salles de classe de matériel informatique et de communication pour permettre aux enseignants de dispenser un enseignement à distance, a déclaré Ghinwa Itani, spécialiste de l'éducation à l'UNICEF.

Ce plan fournira également aux élèves du matériel informatique et de communication selon un plan de priorités qui sera mis en œuvre sur plusieurs mois, a-t-elle déclaré à Al-Mashareq.

Ibrahim Haydar, rédacteur en chef de la section éducation du journal Annahar, a indiqué que le ministère de l'Éducation est confronté au défi de choisir entre l'enseignement à distance et un modèle d'éducation hybride si la situation sanitaire s'améliore.

« Les deux options présentent des problèmes, et cela a obligé le ministère à reporter le début de l'année scolaire », a-t-il expliqué à Al-Mashareq.

L'expérience d'enseignement à distance au Liban « n'a pas réussi » l'année scolaire passée, a-t-il rapporté, notant que les écoles ont essayé de terminer le programme au printemps, lorsque le coronavirus a frappé pour la première fois, mais sans succès.

Les élèves syriens sont parmi les plus vulnérables

Pendant ce temps, les élèves syriens réfugiés au Liban attendent toujours que le ministère de l'Éducation fixe une date pour leur inscription dans les écoles publiques, alors que les familles de réfugiés sont confrontées à une pauvreté toujours croissante.

« Je ne suis pas sûr que mes six enfants puissent aller à l'école, à cause du coronavirus, des conditions scolaires et du fait que nous ne pouvons pas acheter certaines fournitures scolaires si nous ne recevons pas d'aide », a fait savoir à Al-Mashareq Zohour al-Abdoullah, une réfugiée syrienne déplacée à Mazraat Yachouh.

Les élèves syriens « sont parmi les plus vulnérables du Liban, et ils ont été gravement impactés par les crises économique et sanitaire », a déclaré Itani, de l'UNICEF.

« Le nombre d'enfants syriens inscrits dans les écoles publiques devrait augmenter de 5 à 10 % par rapport à la dernière année scolaire, où le nombre s'élevait à environ 202 000 enfants », a-t-elle indiqué.

L'UNICEF apporte son soutien au ministère de l'Éducation pour garantir leur accès à l'éducation formelle et non formelle, a-t-elle fait savoir.

« Nous coordonnons nos efforts avec les acteurs du secteur de l'éducation, les autres agences des Nations unies, des organisations non gouvernementales (ONG) partenaires et des bailleurs de fonds afin d'aider les enfants syriens à aller à l'école », a-t-elle déclaré.

« Ils vont commencer progressivement [à retourner à l'école] en commençant par les classes supérieures, suivies des classes primaires et de la maternelle », a déclaré Itani.

Les élèves seront divisés en deux groupes, pour assurer la distanciation physique, et se relaieront pour aller à l'école toutes les deux semaines, tout en suivant un enseignement virtuel l'autre semaine, a-t-elle expliqué.

Les mesures de précaution en place comprennent l'utilisation de thermomètres, de masques et d'écrans faciaux fournis par l'UNICEF à tous les enfants, enseignants et administrateurs des écoles publiques, ainsi que des articles sanitaires nécessaires à la désinfection continue des écoles qui sont fournis par des organisations partenaires.

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