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Un incendie dévaste l'unique porte-avions russe, dernier événement d'une série de problèmes militaires

Caravanserai et AFP

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Un incendie majeur s'est déclenché le 12 décembre sur l'Amiral Kuznetsov, l'unique porte-avions russe, mettant en exergue les inquiétudes croissantes concernant le matériel militaire vieillissant du pays. [Lev Fedoseyev/TASS]

L'armée russe, dont la réputation a été ternie par une série d'accidents mortels, a subi un autre revers après qu'un incendie se fut déclaré jeudi 12 décembre sur son unique porte-avions.

L'Amiral Kuznetsov est en réparation depuis plus de deux ans à Mourmansk et avait déjà subi des dégâts en octobre 2018 lorsqu'une grue s'était écrasée sur son pont.

L'agence de presse étatique RIA Novosti a cité une source du chantier naval de Zvezdochka rapportant que l'incendie s'était déclaré pendant des opérations de soudage.

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Cette image, extraite d'une vidéo YouTube, montre les séquelles d'un incident survenu le 8 août dans la province russe d'Arkhangelsk. Cette catastrophe s'est produite lors de l'essai d'un missile nucléaire, entraînant la mort de cinq membres du personnel et libérant des niveaux de radiation élevés.

Les autorités ont signalé au moins douze blessés, dont six en soins intensifs, selon les médias russes. Elles ont indiqué qu'une personne était décédée jusqu'à présent.

Plus de 400 personnes étaient à bord lorsque l'incendie s'est déclenché, a déclaré un porte-parole de Zvezdochka dans des propos rapportés par l'agence de presse étatique TASS.

L'incendie s'est propagé sur une superficie d'environ 600 mètres carrés, selon Interfax.

L'Amiral Kuznetsov, lancé en 1985 et navire amiral de la marine russe, est en réparation majeure pour la première fois depuis 1997.

Les réparations devraient être terminées avant la fin de l'année 2020, et le bâtiment devrait rejoindre la marine en 2021.

Les récents déploiements du navire ont aidé des clients controversés de la Russie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Le Kremlin a envoyé le navire en Méditerranée en 2016 et début 2017 pour attaquer des cibles en Syrie, sous la direction du président Bashar el-Assad, allié de Moscou.

Le navire était à la tête d'un groupe naval au large des côtes syriennes, où des chasseurs du porte-avions avaient frappé plus de 1200 cibles au cours de cette mission.

Les opérations militaires russes en Syrie ont causé la mort de plus de 6500 civils depuis 2015, selon un rapport publié le 30 septembre. Parmi ces morts figurent 1928 enfants et 908 femmes, d'après les témoignages recueillis par des militants syriens sur le terrain.

Il s'est également arrêté au large des côtes libyennes en janvier 2017 et a embarqué Khalifa Haftar, une importante figure militaire que la Russie aurait soutenu dans la longue guerre civile du pays.

Le navire a connu plusieurs incidents au cours de sa mission, parmi lesquels le crash d'un avion de chasse Soukhoï dans la mer après qu'il ait tenté d'atterrir sur le porte-avions.

Les réparations et les améliorations, dont le coût s'élèverait à 62 milliards de roubles (1 milliard de dollars), devaient être axées sur la centrale électrique du navire et les systèmes électroniques embarqués.

L'effondrement l'an dernier d'une grue sur le pont du navire, qui avait tué un travailleur et causé d'importants dégâts, a fait craindre que les travaux soient retardés et que le porte-avions soit mis hors service jusqu'après l'échéance de 2021.

La marine russe est aux prises avec des problèmes de financement public, des chantiers navals vieillissants et des retards dans l'exécution des commandes de nouveaux navires.

Au cours des six dernières années, trois incendies ont été signalés à bord de sous-marins en réparation.

L'Amiral Kuznetsov devait être le premier d'une nouvelle flotte de porte-avions soviétiques, mais la marine russe a dû faire face à une baisse massive du financement depuis la chute de l'Union soviétique en 1991.

À son apogée, l'Union soviétique possédait cinq porte-avions.

Une multitude de catastrophes militaires

L'incendie du 12 décembre s'inscrit dans une histoire de catastrophes et d'accidents qui ont touché l'armée du pays, alimentant des inquiétudes croissantes sur les systèmes de défense de la Russie.

Le 8 août, une explosion a eu lieu dans la ville fermée de Sarov, dans la province de Nijni Novgorod, à environ 500 kilomètres à l'est de Moscou, lors de l'essai d'un missile nucléaire, causant la mort de cinq membres du personnel et libérant des niveaux élevés de radiation.

Plus tôt en août, la ville d'Achinsk, dans la province de Krasnoyarsk, a connu des explosions durant plusieurs jours dans un dépôt de munitions.

La première explosion, le 5 août, a tué une personne. Plusieurs explosions le 9 août lors d'une opération de déminage sur le même site ont fait au moins neuf blessés, selon Euro News.

Entre-temps, le 1er juillet, quatorze sous-mariniers russes ont été tués dans un incendie à bord d'un sous-marin à l'extrême nord du pays, selon le ministère de la Défense.

Sur les quatorze victimes, sept étaient des officiers supérieurs de la marine, ce qui suggère que ce sous-marin ne menait pas une mission ordinaire. On ignore combien de marins se trouvaient à bord du bâtiment.

Le journal Novaya Gazeta a cité des sources indiquant que l'accident s'était produit à bord d'un mini sous-marin nucléaire AS-12, également appelé Losharik, capable de plonger à des profondeurs extrêmes.

En août 2000, le sous-marin Koursk a coulé dans la mer de Barents, entraînant la perte de ses 118 occupants. Une enquête a révélé qu'une torpille avait explosé, déclenchant toutes les autres.

Le président russe Vladimir Poutine, qui est resté en vacances pendant plusieurs jours après la catastrophe, avait été critiqué pour sa réaction.

Dans une décision controversée, Moscou avait rejeté les offres d'aide étrangères pour le sauvetage.

Lors d'un autre accident survenu en 2008, 20 Russes, trois officiers et 17 civils, avaient été victimes de gaz toxiques après que le système d'extinction d'incendie d'un navire eut été accidentellement activé pendant des essais en mer du Japon.

Puis, en 2011, l'un des plus gros sous-marins nucléaires russes, l'Ekaterinbourg, avait pris feu alors qu'il était en réparation en cale sèche dans la région de Mourmansk.

On appris plus tard que le sous-marin était armé de missiles nucléaires à longue portée lorsqu'il a pris feu.

« Des pièces de musée »

Les pays d'Asie centrale, qui entretiennent depuis de longues années des liens historiques et politiques avec la Russie, possèdent des équipements militaires de seconde main du Kremlin.

« Le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan utilisent principalement de vieux équipements soviétiques, qui ressemblent aujourd'hui à des pièces de musée », a déclaré en avril Ruslan Nazarov, spécialistes des relations internationales vivant à Nur-Sultan.

Les armes désuètes que la Russie a livrées aux pays d'Asie centrale ont peu de chances de les aider en cas d'urgence nationale, a averti Yuri Poyta, directeur de la section Asie-Pacifique du Centre d'études de l'armée, de la conversion et du désarmement à Kiev.

« Ces armes peuvent être utilisées plus ou moins efficacement dans des combats limités et d'intensité moyenne contre les forces armées d'États faibles ou contre des groupes armés illégaux », a fait savoir Poyta, toujours en avril.

Mais les pays occidentaux ont l'avantage au regard des critères militaires modernes, a expliqué Poyta, citant le besoin de « [systèmes] modernes de moyens de renseignement, de commandement et de contrôle, d'éclairage des cibles, d'ensembles robotisés sans pilote et d'armements de haute précision ».

Pour combler ses lacunes, l'armée russe s'appuie souvent sur des déclarations de grandeur hyperboliques.

Ce fut notamment le cas lorsque Poutine s'est vanté l'année dernière dans son discours à la nation que la Russie avait mis au point une nouvelle génération d'armes « invincibles ».

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1 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire
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Un commentaire irréaliste sur une superpuissance connue pour son armement moderne avec ses faibles ressources financières.

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