Énergie

L'Iran cherche à prolonger la guerre en Syrie pour son intérêt

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Le port syrien de Baniyas, où le pétrole iranien est réceptionné et traité pour être redistribué sur les marchés syriens. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Par l'intermédiaire de son Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et des milices affiliées, l'Iran tente de maximiser les avantages économiques qu'il récolte du conflit syrien qui dure depuis huit ans.

Prolonger la guerre est dans l'intérêt économique de l'Iran, affirment les experts, expliquant qu'il a perturbé l'approvisionnement intérieur et extérieur de la Syrie en marchandises pour envoyer ses propres cargaisons, dans le but final de prendre le contrôle du marché syrien.

Bien que le CGRI a affirmé sa présence en Syrie, il s'est efforcé de rester à distance des champs pétroliers, a déclaré Fathi al-Sayed, chercheur en affaires iraniennes au Centre Al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

Le CGRI et les milices alliées n'ont pas aidé les forces du régime syrien à sécuriser les champs pétroliers et les oléoducs d'approvisionnement, a-t-il indiqué à Diyaruna, pour tenter de toute évidence de maintenir son contrôle sur l'approvisionnement en pétrole.

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À Damas, des Syriens poussent leurs voitures pour aller chercher de l'essence, qui est devenue un produit rare sur les marchés. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

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Un stand iranien lors d'une exposition économique à Damas. L'Iran tente de s'installer en profondeur en Syrie par le biais de sociétés affiliées au CGRI. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Selon diverses informations, l'Iran a envoyé et continue d'envoyer de grandes quantités de pétrole brut en Syrie.

Cela est fait avec des pétroliers iraniens qui mouillent au port de Baniyas, où le pétrole est raffiné et redistribué à l'intérieur de la Syrie à un rythme moyen d'environ 60 000 barils par jour, a-t-il rapporté, selon les estimations des grands analystes mondiaux.

« Ce qui ressemble à de l'aide est en fait un outil puissant utilisé par le CGRI en Syrie, car le pétrole n'arrive pas en Syrie tant qu'il n'est pas payé directement par une ligne de crédit établie entre les deux pays », a-t-il expliqué.

Ces activités sont un défi flagrant par l'Iran aux sanctions européennes et américaines imposées au régime syrien, a-t-il affirmé, et l'aident à rester au pouvoir et à prolonger indéfiniment le conflit, avec des conséquences indésirables.

Le CGRI « a besoin de temps pour renforcer son contrôle »

Selon le chercheur Sheyar Turko, spécialiste des milices affiliées au CGRI, ce dernier cherche à gagner du temps pour consolider sa présence en Syrie en renforçant son influence idéologique et en créant des groupes affiliés dans plusieurs régions.

Il tente également de gagner du temps « pour renforcer son contrôle sur les zones de la province de Deir Ezzor proches de la frontière avec l'Irak, comme al-Mayadeen et Albou Kamal », a-t-il fait savoir.

Cela est nécessaire pour sécuriser les milices étrangères qu'il a déployées dans la région, parmi lesquelles les milices Zainabiyoun et Fatemiyoun, composées de combattants afghans et pakistanais, le Harakat al-Nujaba irakien et le Hezbollah libanais.

Le passage frontalier entre l'Irak et la Syrie est la principale voie d'approvisionnement pour ces milices, a-t-il précisé.

Turko a déclaré qu'il est possible que le CGRI utilise le point de passage d'Albou Kamal pour faire passer illégalement du pétrole par le biais de l'Irak, ou qu'il a l'intention d'utiliser la ligne ferroviaire proposée entre l'Iran et la Syrie pour approvisionner le régime syrien en pétrole brut.

Selon les estimations actuelles, l'Iran a dépensé près de six milliards de dollars par an en Syrie pour soutenir, financer et armer ses milices et mettre en œuvre les plans d'expansion du CGRI, a déclaré Shaher Abdoullah, économiste et professeur d'économie à l'université Ain Shams.

Cela s'ajoute au soutien apporté au régime syrien, a-t-il précisé à Diyaruna.

« L'Iran essaie de donner l'impression que ce soutien est une aide iranienne fournie au peuple syrien, a-t-il poursuivi, alors qu'en vérité la plupart de ces dépenses sont effectuées dans le cadre d'accords bilatéraux entre les deux parties. »

Le retour sur investissement se fera sous la forme de dettes syriennes envers l'Iran, en plus d'ouvrir tous les secteurs économiques et vitaux, tels que les secteurs des communications, de l'énergie et de la reconstruction, aux entreprises iraniennes affiliées au CGRI, a-t-il expliqué.

Cela ferait du CGRI la principale puissance contrôlant la Syrie, a-t-il indiqué.

La prolongation de la crise profite à l'Iran

Abdoullah a déclaré que rien ne peut changer cette situation, si ce n'est l'expulsion militaire de l'Iran hors de la Syrie, ou l'annulation juridique des accords avec l'Iran par un nouveau parlement ou un nouveau gouvernement.

En d'autres termes, il faudrait qu'il y ait un changement fondamental dans le régime en place en Syrie pour que la situation change, a-t-il déclaré.

Par conséquent, a dit Abdoullah, le temps est important pour le CGRI, car il est dans son intérêt de prolonger la crise afin d'achever la mise en œuvre de son plan.

Le pétrole est un outil essentiel grâce auquel le CGRI cherche à prendre le contrôle de la Syrie, a-t-il ajouté, le régime et les zones sous son contrôle étant déjà sous la coupe du groupe, car c'est lui qui fournit les dérivés de pétrole.

« Il n'est pas impossible que le CGRI ait retardé l'arrivée de certaines cargaisons pour inciter les loyalistes du régime syrien à faire pression sur le régime », a-t-il indiqué, notant que les tensions ont augmenté entre les deux parties à Deir Ezzor.

Cela est particulièrement évident dans les régions d'al-Mayadeen et d'Albou Kamal, où des affrontements et des combats ont éclaté entre les parties pour prendre le contrôle de la zone frontalière d'Albou Kamal, culminant avec la prise de contrôle totale de cette zone par les membres du CGRI et ses milices.

C'est devenu un couloir logistique important pour le CGRI et les milices stationnées dans la région, a-t-il conclu.

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