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Des contrebandiers iraniens apportent une aide mortelle aux Houthis du Yémen

Nabil Abdoullah al-Tamimi à Aden et Waleed Abou al-Khair au Caire

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Plus d'une centaine de pêcheurs yéménites ont manifesté début mai contre la présence du navire iranien Saviz dans la mer Rouge, déclarant qu'il mettait en danger leur moyen de subsistance et avait causé la mort d'une centaine de pêcheurs. [Photo diffusée sur internet]

Des pêcheurs yéménites manifestent contre la présence d'un bateau iranien dans la mer Rouge, au large du Yémen, affirmant qu'il avait causé la mort de plus d'une centaine de leurs camarades dans l'explosion de mines marines.

Le Saviz, un navire iranien enregistré comme cargo, est ancré en mer Rouge depuis deux ans et fournirait une aide militaire et logistique importante aux Houthis (Ansarallah) du Yémen.

Selon des médias iraniens, beaucoup d'armes remises aux Houthis par le régime iranien ont été transportées par des embarcations rapides partant de ce navire, a rapporté Al-Arabiya en août dernier.

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Des membres de l'équipage d'un navire iranien transportant des roquettes et des explosifs saisi dans les eaux territoriales du Yémen en janvier 2013 lors de leur procès au tribunal pénal d'Aden le 23 avril de cette année. [Gamal Noman/AFP]

Dernièrement, le travail de 30 000 pêcheurs yéménites a été perturbé, et des centaines de familles ont été privées de leur seule source de revenus à cause des mines et des pièges fournis par le Saviz, d'après une déclaration faite par des pêcheurs yéménites le 3 mai.

Les pêcheurs ont appelé le gouvernement, la coalition arabe et la communauté internationale à « intervenir immédiatement » pour les sauver du Saviz, qui a imposé sa présence face à la côte du Yémen, ont-ils fait savoir.

« La présence du navire iranien Saviz menace la vie des pêcheurs le long de la côte ouest du Yémen, avec la prolifération des mines et de navires piégés qui ont tué des dizaines de personnes », a précisé cette déclaration.

« Nous ne resterons pas indifférents face à ceux qui nous privent de notre droit de vivre dignement. Nous continuerons à intensifier nos manifestations [...] et nous appelons tous les camps du Yémen, la région et le monde à contraindre le Saviz à partir », a-t-elle ajouté.

« Les pêcheurs d'al-Mokha sont confrontés à des conditions très difficiles, car ils sont persécutés par le navire iranien Saviz, qui les empêche de pêcher », a déclaré Sadiq Abdo, habitant de la ville portuaire d'al-Mokha âgé de 30 ans.

Les pêcheurs sont victimes de mines marines posées par les Houthis, a-t-il fait savoir à Al-Mashareq, soulignant le fait que « la milice n'aurait pas pu le faire sans l'aide de ce navire iranien ».

Cargaisons illégales d'armes

Les forces yéménites annoncent régulièrement l'interception et la saisie de cargaisons illégales d'armes destinées aux Houthis.

La plupart de ces cargaisons, qui semblent provenir d'Iran, seraient transportées clandestinement au Yémen par terre ou par mer par deux unités spéciales du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), ont déclaré des experts à Al-Mashareq.

Le 2 novembre, l'armée yéménite a saisi une cargaison d'armes dans la province de Lahj, au poste de contrôle d'al-Sohabi dans le district d'al-Qubaita, qui était destinée aux Houthis et était chargée à bord d'un camion de transport en provenance d'Aden.

Lors d'une inspection approfondie, le personnel du poste de contrôle a découvert la cargaison illégale camouflée avec des paniers plastiques de poisson placés à côté de caisses d'armes et de munitions.

Quelques jours plus tôt, le 30 octobre, la police militaire yéménite avait saisi une cargaison illégale d'armes et de munitions à un poste de contrôle situé sur la route entre Marib et Sanaa et destinée aux Houthis.

Cette cargaison comprenait des missiles à tête chercheuse, des lance-roquettes et des fusils kalachnikov, a rapporté le général de brigade Naji Muneef, commandant de la police militaire de Marib.

Le 11 décembre, d'autres armes soupçonnées d'avoir été fabriquées en Iran ont été découvertes au Yémen, selon un rapport des Nations unies.

Ce rapport du bureau du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres indiquait que son personnel avait examiné deux unités de lancement pour missiles antichars guidés récupérés au Yémen par la coalition arabe.

« Le secrétariat a constaté qu'ils présentaient des caractéristiques de fabrication iranienne », a observé le rapport.

Il a également « examiné un missile sol-air partiellement désassemblé » saisi par la coalition arabe, a-t-il ajouté, « et a remarqué que ses caractéristiques semblaient correspondre à celles d'un missile iranien ».

Des experts iraniens supervisent la contrebande

« Le trafic d'armes à destination des Houthis par voie terrestre se fait par les régions de l'est du Yémen, à la frontière avec Oman, sous la supervision d'experts iraniens », a déclaré le journaliste Mounir Talal à Al-Mashareq.

Oman soutient fortement les efforts visant à amener les belligérants du Yémen à la table des négociations, mais les experts indiquent qu'il est possible que des trafiquants opèrent dans des zones isolées à l'insu du sultanat.

Des officiers et des experts iraniens ont été positionnés à des endroits stratégiques du Yémen pour s'assurer que les cargaisons d'armes sont livrées aux Houthis, pour superviser leur assemblage et assurer la formation à leur utilisation, a affirmé Talal.

Une fois les armes arrivées à Sanaa, le major général Qassem Suleimani, commandant de la force al-Qod (FQ), et d'autres experts iraniens « supervisent leur transfert et leur redistribution vers les champs de bataille actifs comme les provinces d'al-Hodeidah, d'Hajjah et de Saada », a-t-il expliqué.

Unités de contrebande du CGRI-FQ

L'Iran compte sur plusieurs unités pour faire entrer des armes clandestinement au Yémen, dont l'unité 400, l'unité 190 et l'unité 140 de la force d'élite al-Qod du CGRI (CGRI-FQ).

Les unités 190 et 140 sont « similaires dans leur travail, car elles sont spécialisées dans le trafic d'armes non conventionnelles à haut risque vers l'extérieur de l'Iran », a déclaré Sheyar Turko, chercheur spécialiste du CGRI et de ses méthodes de financement.

Alors que l'unité 190 effectue un trafic d'armes vers n'importe quelle partie du monde où le CGRI a besoin de cette technologie militaire, a-t-il précisé, « l'activité de l'unité 140 se limite à la région du Golfe et du Moyen-Orient ».

« Elle a été créée il y a plusieurs années par un groupe d'élite d'officiers du CGRI et de [milices] affiliées, dont [le leader décédé du Hezbollah] Imad Mughniyah, qui fut été responsable des opérations pendant un certain temps aux débuts de l'existence de l'unité », a raconté Turko à Al-Mashareq.

L'unité 140 effectue « des opérations dangereuses et non conventionnelles qui impliquent le transfert secret de personnes importantes depuis et vers les pays dans lesquels le CGRI essaie de s'implanter », a-t-il expliqué.

Elle est aussi chargée du transfert des « technologies dangereuses et sensibles, notamment des drones, des ogives de missiles balistiques et des appareils de surveillance et de détection », a-t-il poursuivi.

L'unité 140 est spécifiquement active dans la région du Golfe, et plus récemment au Yémen.

Elle mène des opérations de contrebande par la mer, y compris au large d'Oman, a-t-il indiqué. « Cette unité emploie des navires de transport pour ses déplacements, en utilisant des embarcations rapides ou des bateaux de pêche équipés de moteurs modifiés qui leur permettent de manœuvrer en mer et d'éviter la surveillance. »

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