Économie

La crise du fioul s'aggrave et le Liban se prépare à des coupures de courant

Nohad Topalian à Beyrouth

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Le 3 novembre, Électricité du Liban a annoncé être contraint d'arrêter deux unités de production d'électricité des centrales de Zouk Mikael et de Jiyyeh, et de réduire la production de deux autres unités à la centrale de Jiyyeh. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

Le programme de production d'électricité du Liban est entré début novembre dans une phase de rationnement important, toutes les régions subissant des coupures de courant jusqu'à 21 heures par jour, ont fait savoir des citoyens et des responsables à Al-Mashareq.

Si des lignes de crédit supplémentaires ne sont pas ouvertes pour l'achat de fioul pour les centrales, le pays risque de plonger dans les ténèbres, ont-ils déclaré.

Électricité du Liban (EDL), l'entreprise énergétique du pays, a annoncé le 3 novembre qu'elle avait dû arrêter deux unités de production des centrales de Zouk et Jiyyeh, et réduire la production de deux autres unités à la centrale de Jiyyeh.

Cette décision, qui selon EDL est due au manque de fioul, va faire chuter la production d'électricité de l'entreprise d'environ 320 mégawatts.

L'augmentation du prix du pétrole a mené à une pénurie du fioul subventionné, a fait savoir la société.

Pendant ce temps, deux pétroliers algériens transportant du fioul sont ancrés au large depuis le 26 octobre, attendant la fin des problèmes de prix.

Malgré les appels lancés aux autorités algériennes par le Premier ministre désigné Saad al-Hariri, les navires n'ont toujours pas déchargé leur fioul.

Problèmes du secteur de l'énergie

Depuis les années 1990, le Liban souffre d'un problème chronique dans le secteur de l'énergie, en raison de son incapacité à réhabiliter ses centrales électriques.

Pour compenser le manque d'offre, les clients ont dû souscrire de coûteux abonnements pour être approvisionnés par des générateurs privés, lesquels échappent en majorité à la réglementation étatique.

Deux barges de production d'électricité louées à la Turquie aident également à répondre à la pénurie causée par le manque d'infrastructures fixes.

Le rationnement strict du fioul a eu un impact négatif sur l'économie et sur les Libanais, a affirmé Tony al-Mallah, de la ville de Mazraat Yachouh.

« Nous ne pouvons plus payer deux factures d'électricité pour alimenter nos maisons et nos entreprises », a-t-il déclaré à Al-Mashareq. « Il est temps que l'État trouve une solution permanente pour que les centrales génèrent de l'électricité, plutôt que de louer des bateaux pour le faire. »

« L'État a dépensé des sommes énormes en électricité depuis 1990, et tout ça en vain », a affirmé à Al-Mashareq Yousouf Homsi, un charpentier d'Antelias.

Le déficit budgétaire et l'endettement du Liban augmentent en raison du coût de l'électricité, a-t-il déclaré, et « les citoyens paient deux factures : une à l'État et l'autre aux fournisseurs d'électricité privés ».

« Ce qui est à la fois drôle et triste, c'est que l'on se dirige vers les ténèbres totales », a-t-il ajouté.

Manque de financement pour le fioul

Une source d'EDL qui a demandé à conserver l'anonymat a fait savoir que l'entreprise a été contrainte eu début de mois de « mettre à l'arrêt deux unités de production dans les centrales de Zouk Mikael et Jiyyeh par manque de fioul ».

Cela s'est produit « alors que nous avons plusieurs fois prévenu que l'EDL devrait arrêter les unités de production de toutes ses centrales, y compris les deux barges turques, à cause du manque de fonds pour acheter du fioul », a-t-il précisé.

« Plus tôt cette année, l'EDL avait demandé au ministère des Finances 2800 milliards de livres libanaises (1,86 milliard de dollars), mais il ne nous a accordé que 2100 milliards (1,4 milliard de dollars) », a-t-il déploré.

Il ne reste plus de cette somme que 250 milliards (166 millions de dollars), « ce qui nous permet de fournir sept heures d'électricité par jour », a-t-il poursuivi. « Nous demandons maintenant 700 milliards de livres (464 millions de dollars) pour acheter assez de fioul jusqu'à la fin de l'année ».

Sans cela, a-t-il déclaré, « le Liban sera plongé dans le noir ».

La pénurie « a été causée par l'augmentation du prix du pétrole, car l'EDL recevait ses fonds en avance, basés sur un prix de 60 dollars par baril, alors qu'il est aujourd'hui de 85 dollars », a-t-il expliqué. « En septembre, l'EDL a demandé une avance de 642 milliards de livres (426 millions de dollars) au lieu de 700 milliards pour couvrir le quatrième trimestre. »

Ceci aurait permis de fournir 21 heures d'électricité par jour à Beyrouth et 18 heures dans d'autres zones en dehors du district administratif de Beyrouth, a-t-il fait savoir.

La demande annuelle va augmenter de 3 %

« Toutes les solutions déployées à ce jour pour le secteur de l'énergie n'ont servi qu'à augmenter le rationnement et à aggraver la vétusté du réseau », a affirmé Roula Rached, professionnelle des médias spécialisée dans les affaires économiques.

Au lieu d'être relié à de nouvelles centrales ou unités de production électriques, le réseau a été réhabilité pour augmenter l'approvisionnement, a-t-elle rapporté à Al-Mashareq.

Deux barges turques amarrées aux centrales thermiques de Zouk Mikael et Jiyyeh ont été apportées pour combler le manque croissant de production, a-t-elle indiqué.

« Le coût total de ces bateaux dépasse un milliard de dollars par an, en plus du coût de leur approvisionnement en fioul, qui s'élève à un milliard de dollars et est payé grâce à des avances fournies à l'EDL par le Trésor », a-t-elle poursuivi.

Selon Rached, les chiffres officiels stipulent que « 40 % de la dette publique totale d'environ 85 milliards de dollars ont été dépensés dans le secteur de l'électricité, avec plus de 36 milliards de dollars dépensés de 1992 à 2018 ».

Dans le même temps, la demande en électricité devrait augmenter de 3 % par an, a-t-elle déclaré.

La demande annuelle moyenne est estimée à 2350 mégawatts, tandis que la quantité produite et achetée s'élève à 2300 mégawatts, dont 13 % disparaissent en pertes techniques lors de la transmission et de la distribution.

« Il est important de souligner que la consommation augmente chaque années jusqu'à 3450 mégawatts en heures pleines en juin, août et septembre », a-t-elle rapporté, ajoutant que le Liban doit produire 1500 mégawatts de plus pour répondre aux besoins du marché.

Chaque division du service d'électricité (production, transport, distribution et administration) a de nombreux problèmes, a affirmé Rached.

« Cependant, les complexités de la production restent le point le plus difficile à résoudre, en raison de la négligence flagrante dont ont souffert les anciennes centrales », a-t-elle poursuivi.

Elles n'ont pas été bien entretenues, a-t-elle indiqué, et les opinions politiques divergentes sur la construction de nouvelles centrales ou la location de barges ont également ralenti les choses.

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